LA TRIBUNE- L'opération entre ECA Group et iXblue semble être un tournant stratégique pour le groupe Gorgé. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous jeter dans la compétition pour la reprise d'iXblue ?
RAPHAËL GORGÉ- iXblue est déjà une société qu'on connaît bien depuis très longtemps. iXblue et le groupe Gorgé sont deux sociétés qui sont proches l'une de l'autre par leur ressemblance : ce sont deux entreprises entrepreneuriales de la même taille, possédées par des personnes physiques et drivées par un moteur qui est la technologie. Hervé Arditty et moi sommes convaincus de l'importance de la R&D, par le développement de nouveaux produits et par le fait de rester à la pointe de la technologie. Cela crée une réelle proximité entre les deux sociétés. Elles ont su également combiner à la fois de la croissance externe et une forte croissance organique. Enfin, nous avons accueilli des anciens d'iXblue chez nous, et inversement.
Mais quel est l'intérêt de cette opération ? Avoir la taille critique ? Un projet industriel prometteur ? Les deux ?
L'intérêt de réunir les deux sociétés va permettre de faire jouer un certain nombre de complémentarités. Aujourd'hui, notre filiale ECA Group, qui va se rapprocher d'iXblue, occupe des positions fortes dans le domaine de la défense et travaille avec un grand nombre de marines dans le monde. Nous devrions pouvoir ouvrir cet accès à iXblue pour leur permettre de vendre un certain nombre de leurs produits à ces marines, qui ne sont pas déjà clientes chez eux. De son côté, ECA Group va pouvoir vendre ses produits, notamment dans l'hydrographie ou les géosciences, des marchés où iXblue est bien meilleur. Nous ne sommes pas exactement sur les mêmes segments de marchés...
Donc cela va faire gagner du temps aux deux sociétés en termes d'investissements...
... Effectivement, ce sont des marchés sur lesquels nous aurions sans doute fini par nous croiser. Une fois que nous avons développé et conçu des systèmes de drones pour la guerre des mines, les développer pour l'hydrographie aurait été naturel. iXblue a développé dans son chantier de La Ciotat un drone de surface pour des applications hydrographiques, le DriX. Nous pouvons raisonnablement le vendre en complément de nos robots sous-marins tout comme leurs centrales inertielles et leurs sonars. Ces synergies produits sur des marchés très proches sont intéressantes. En termes de couverture géographique, nous sommes aussi assez complémentaires. Ils sont présents en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe du Nord, là où nous avons plutôt un ancrage en Asie, notamment en Asie du Sud-Est, et au Moyen-Orient. Nous allons pouvoir mettre en commun nos réseaux commerciaux. Le fait de mutualiser les ressources de nos deux sociétés, qui réalisent une grande partie de nos chiffre d'affaires à l'export, va nous apporter un plus. Ce sont des investissements très coûteux qui vont nous être plus facilement accessibles grâce à notre taille critique, en tout cas, notre taille plus importante.