Naval Group/Fincantieri : une alliance a minima lancée en catimini

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À travers la société commune, les deux groupes prévoient notamment de préparer conjointement des offres pour des programmes binationaux et les marchés export,
À travers la société commune, les deux groupes prévoient notamment de préparer conjointement des offres pour des programmes binationaux et les marchés export, (Crédits : Naval Group)
La France et l'Italie ont donné leur accord à une alliance a minima entre les chantiers Naval Group et Fincantieri. Les deux industriels vont créer une société commune à parité.

Sans tambour, ni trompette, la France et l'Italie ont donné leur accord à une alliance a minima entre les chantiers Naval Group et Fincantieri, qui vont créer une société commune à parité. On est très loin de l'apothéose qui avait été imaginée il y a quelques mois encore pour célébrer un partenariat stratégique censé donner des ailes aux deux groupes dans le domaine des bâtiments de surface. Car cette alliance s'effectuera sans prise de participations croisées, contrairement à ce qui avait été envisagé dans un premier temps. En dépit de leurs divergences profondes du moment, les deux pays ont quand même tenu à sauver les apparences en assurant un service minimum.

Ainsi, deux communiqués ont été publiés après 21h30, l'un par les deux industriels, l'autre par les ministres français et italiens : Elisabetta Trenta, ministre de la Défense, Luigi Di Maio, vice-premier ministre italien et ministre du Développement économique ainsi que Florence Parly, ministre des Armées, et Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances. Il y a mieux pour célébrer une alliance. A croire que plus personne ne voulait d'une opération pourtant ardemment voulue à sa genèse et portée à bout de bras par le PDG de Naval Group, Hervé Guillou, et son homologue italien, Giuseppe Bono.

"Les deux gouvernements soutiennent les initiatives-clé que Fincantieri et Naval Group ont l'intention de mettre rapidement en œuvre, et, plus particulièrement, la mise en place, dès 2019, d'une joint-venture à parts égales, dont l'objectif est de mettre en œuvre des synergies commerciales et industrielles", a expliqué un communiqué commun des quatre ministres.

Une société commune à 50-50

Fincantieri et Naval Group sont donc prêts à lancer cette alliance dans les bâtiments de surface (1 à 1,2 milliard de chiffre d'affaires environ chacun). Elle doit se concrétiser par la création d'une société commune contrôlée à parts égales. À travers cette entreprise, les deux groupes prévoient notamment de préparer conjointement des offres pour des programmes binationaux et les marchés export, de déployer une supply chain plus efficiente (achats croisés, meilleurs rapports qualité-prix, effets volume, etc.), de mener conjointement des projets de recherche et d'innovation, et d'encourager "la fertilisation croisée entre les deux sociétés, avec le partage de centres et moyens d'essais ainsi que des réseaux d'experts". Mais pas de participations croisées.

"Ça a toujours du sens" à propos de la prise de participations croisées, avait fait valoir la semaine dernière Hervé Guillou mais "la joint-venture peut se faire sans participation" même si "elle sera beaucoup plus efficace s'il y a des participations". Selon lui, cela "nécessite une discussion approfondie au niveau politique qui n'a pas encore eu lieu".

Dans la corbeille des fiancés, les invités ont été plutôt chiches. Seule la France a apporté une commande de quatre pétroliers ravitailleurs (430 millions par bâtiment) livrés en 2023, en 2025, en 2027 et enfin  2029 à la Marine nationale. Le programme FlotLog (Flotte Logistique) se fera en coopération avec l'Italie. Les navires seront développés sur un design de conception italienne (Vulcano), mais sous maîtrise d'ouvrage du groupe français. A compter de 2019 et avec le soutien des deux ministères de la Défense, Fincantieri et Naval Group examinent aussi la possibilité de présenter une offre commune pour les premières études de la refonte à mi-vie des frégates françaises et italiennes de classe Horizon, avec un combat management system (CMS) commun.

Puis à moyen terme, ils visent le développement et la conception d'une frégate légère de 3.000 tonnes. Ainsi, les deux groupes visent à termes le remplacement des cinq frégates de type Lafayette (3.200 tonnes) et des six de type Floréal (2.950 tonnes) en France et, en Italie, celui des OPV de la classe Comandante. La marine italienne compte remplacer ce type de frégates en 2025 tandis que le besoin de la Marine nationale est attendu à l'horizon de 2030.

Vers un accord de gouvernement à gouvernement

Les deux gouvernements ont initié des discussions portant sur l'élaboration d'un accord de gouvernement à gouvernement. Ce document permettra "de fluidifier la collaboration entre les industriels italiens et français, et donner un cadre clair et simple aux opérations de l'alliance, tant sur le plan national qu'à l'export", a précisé le communiqué. Pour autant, la France et l'Italie restent très prudentes sur l'avenir de cette alliance industrielle entre Naval Group et Fincantieri. Elle "ne doit avoir aucun impact sur la capacité de chacun des gouvernements à maîtriser les capacités et les ressources stratégiques de chacune de ces sociétés", ont écrit les quatre ministres.

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Commentaires
a écrit le 24/10/2018 à 9:04 :
Eh bien voilà on y est, le loup vient de rentrer dans la bergerie. Quand on négocie face à des" petits comptables" qui font preuve de superbe, il suffit d'avoir en tête le Renard et le corbeau et de leur vendre une baisse de cout. Chez Fincantieri et CSSC on a dû faire sauter les bouchons de Lambrusco et Baijiu !

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