New Space : comment Prométhée veut devenir l'un des futurs Titans de l'observation de la Terre

Une nouvelle start-up déboule sur le marché de l'observation de la Terre. Prométhée a bouclé sa première levée de fonds de 2,2 millions d'euros. Trois groupes (Hemeria, Groupe ADF et COMAT) ainsi que des investisseurs privés, ont participé à cette opération.
Michel Cabirol
L'objectif de Prométhée est de déployer à terme 80 nanosatellites optique d'observation de la Terre avec une précision submétrique, basés sur des technologies d'Hemeria, pour une revisite inférieure à 30 minutes.
L'objectif de Prométhée est de déployer à terme 80 nanosatellites optique d'observation de la Terre avec une précision submétrique, basés sur des technologies d'Hemeria, pour une revisite inférieure à 30 minutes. (Crédits : Reuters)

Tout le bien que l'on peut souhaiter à Prométhée, c'est de devenir l'un des Titans du marché de l'observation de la Terre. Créée en janvier dernier, la toute dernière start-up française du New Space, Prométhée a bouclé sa première levée de fonds de 2,2 millions d'euros. Trois groupes bien connu du secteur spatial et aéronautique (Hemeria, Groupe ADF et COMAT) ainsi que des investisseurs privés individuels, soutiennent le projet en participant à cette opération. Avec cette rentrée de cash, Prométhée va mettre au point sa plate-forme digitale de valorisation de données spatiales et mettre en orbite. La start-up va également lancer le développement d'une offre innovante de services souverains en matière d'observation de la Terre environnementale et stratégique à partir de l'agrégation de données issues de plusieurs sources (imageries optiques et radar, Internet des objets, capteurs terrains).

"Prométhée est un précurseur dans le segment du "Space Data asa Service" (SDaaS) en permettant à des utilisateurs sans aucune expertise en télédétection ou machine learning, d'accéder à des applications à fort impact local grâce à des algorithmes fusionnant des données issues de diverses sources", explique le communiqué de Prométhée.

Cette levée de fonds permettra de développer les démonstrateurs, dont des satellites pour des besoins militaires tactiques. Ils valideront les concepts de Prométhée, tant pour l'infrastructure satellitaire que pour l'environnement de fusion et de valorisation des données. Une nouvelle levée de capitaux est planifiée en 2021 en vue de financer le déploiement à l'horizon 2023 de la première constellation de 24 nanosatellites "positionnant ainsi Prométhée comme un acteur majeur du New Space européen", explique la nouvelle start-up dans un communiqué. L'objectif de Prométhée est de déployer à terme 80 nanosatellites optiques d'observation de la Terre (infrarouge, télédétection par laser ou lidar...) avec une précision submétrique, basés sur des technologies d'Hemeria, pour une revisite inférieure à 30 minutes. Un objectif ambitieux mais Prométhée souhaite marcher dans les pas de Kinéis, qui pour le moment réussit un sans-faute.

Quelle ambition ?

L'ambition de Prométhée est triple : diviser par un facteur quatre le coût des données spatiales et donc démocratiser l'observation de la Terre ; tirer pleinement profit de la dynamique du New Space français pour réaliser des constellations de satellites permettant d'obtenir des informations mises à jour à des fréquences (taux de revisite) inégalées ; et, enfin, garantir l'intégrité de ces informations en opérant ses propres satellites et en fournissant aux pays partenaires les moyens souverains d'infrastructures spatiales et digitales. Prométhée vise comme marchés les pays émergents en quête de souveraineté spatiale et les ministères de la Défense pour des services opérationnels novateurs. Toutefois, les clients de Prométhée seront dans un premier temps français et occidentaux.

"A terme, ce seront tous les acteurs soucieux de leur autonomie d'accès à des services souverains, qui souhaitent maitriser le développement de leurs territoires ou organisation et atteindre à l'horizon 2030 les objectifs de développement durables fixés par l'ONU", explique Prométhée.

Les offres de Prométhée ont pour ambition de se démarquer des concepts "boîtes noires" vendus par les Chinois et les Américains. Ainsi, chaque pays client maîtrisera sa propre plateforme d'applications digitales, dotée du savoir-faire français en big data, intelligence artificielle, deep learning et blockchain. En outre, face au dérèglement climatique, facteur de tensions sociales, de déstabilisation politique et de pression migratoire, "les pays les plus vulnérables sont aussi les moins bien dotés en moyens technologiques appropriés. Leur incapacité à prévoir, à estimer puis à réagir en temps réel aux désastres naturels, alourdit fortement la gravité des bilans", explique Olivier Piepsz. En dépit des besoins importants des pays émergents en matière d'observation de la Terre, ils sont "quasi exclus" de ce marché, estime-t-il. C'est dans ce cadre que Prométhée a commencé à initier un dialogue avec des pays émergents des continents latino-américains et africains, notamment les pays du G5 Sahel.

Prométhée vise naturellement une part du marché mondial de l'observation de la Terre estimé à 80 milliards de dollars par an avec une croissance annuelle moyenne de l'ordre de 8%. Dans ce contexte, le champ d'application des services proposés par Prométhée est vaste : la gestion de l'urbanisme, les smart-cites, la protection des ressources hydriques, de la faune et de la flore, les infrastructures critiques, la lutte contre la déforestation, la pêche illégale ou encore de l'efficience écologique de l'agriculture.

Une équipe expérimentée

A la tête de Prométhée, deux "vieux routiers" de l'industrie aérospatiale : Olivier Piepsz (Safran), qui a pris la présidence de la start-up, et Giao-Minh Nguyen, qui est passé par Sodern, Airbus Space et ArianeGroup et la société britannique Open Cosmos. La start-up est composée d'une équipe technique regroupant une vingtaine d'ingénieurs et collaborateurs ayant en moyenne plus de 20 ans d'expérience dans le spatial et ses applications. Elle va construire un centre "de classe mondiale" dans le développement numérique (IA, big data, traitement d'image...) dans la région parisienne.

Michel Cabirol

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