Aviation de combat du futur (SCAF) : une clarification s'impose entre la France et Airbus

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Le patron d'Airbus Defence & Space, Dirk Hoke, considère aujourd'hui que les programmes de système de systèmes seront demain des programmes générant beaucoup d'activité.
Le patron d'Airbus Defence & Space, Dirk Hoke, considère aujourd'hui que les programmes de système de systèmes seront demain des programmes générant beaucoup d'activité. (Crédits : DR)
Le ministère des Armées souhaite rester le maître des horloges et du contenu du programme SCAF, le système de combat aérien du futur. Ce que conteste Airbus sur le volet système de systèmes.

C'est clair et net. Dans l'interview que le patron d'Airbus Defence & Space a accordé à La Tribune, Dirk Hoke revendique "le leadership du SCAF" (Système de combat aérien du futur), ou en tout cas d'une partie de ce programme, avec l'assentiment de Dassault Aviation, qui développera et concevra quant à lui la plateforme de combat. En résumé, les deux industriels majeurs de ce projet très ambitieux se sont partagés le programme : à Dassault Aviation le leadership sur le futur avion de combat, à Airbus le leadership sur le système de systèmes, qui connectera toutes les plateformes aériennes de SCAF. Sauf qu'au ministère des Armées et à la direction générale de l'armement, on grimpe au rideau, selon des sources concordantes. "C'est grossièrement faux, assure-t-on à Paris, et ce partage n'engage que les industriels".

Cette "vision binaire" du programme dans laquelle les industriels veulent entraîner Paris, irrite en premier lieu le ministère. "La réalité du programme SCAF est bien plus complexe que ce partage des industriels", affirme-t-on à La Tribune. "Le leadership sur la totalité du périmètre SCAF a été donné à la France et pas à Dassault Aviation", affirme-t-on par ailleurs. A cet égard, la ministre de la Défense allemande Ursula Von der Leyen avait précisé en avril dernier lors du salon aéronautique de Berlin (ILA) que Paris prenait le pilotage du SCAF. "Quand il y a coopération (industrielle), les nations doivent décider, il y a toujours une nation leader (...) pour le SCAF ce sera la France", avait-elle confirmé. Les Allemands prenaient quant à eux le pilotage du futur char de combat et du drone Male européen... à deux moteurs.

Airbus sort du bois

Ces différences d'appréciation méritent certainement une explication claire de la ministre des Armées, Florence Parly. Car déjà à Berlin, lors du salon aéronautique, elle aurait interdit aux deux industriels de communiquer sur leur accord, selon nos informations. Ce qui avait alors provoqué une mini-crise, aujourd'hui effacée, entre la ministre et Dassault Aviation, qui s'était fait taper sur les doigts sur le thème : "vous n'avez pas à donner quoi que ce soit à Airbus sans notre autorisation". D'où l'impression d'une communication très curieuse à Berlin. Aujourd'hui, tous les industriels, qui sont susceptibles de participer au programme SCAF, attendaient donc le feu vert de la France pour communiquer sur leurs accords. Airbus est sorti du bois. Ce qui a une nouvelle fois irrité en France. Jusqu'à l'Elysée ? Pas sûr, souffle-t-on à La Tribune.

"Tant que Paris ne communique pas officiellement sur le projet en précisant quelle est l'équipe de France, quels sont les différents packages du SCAF, le sindustriels français attendent l'arme au pied", assure-t-on de source proche du dossier. Certains estiment que la situation pourrait se clarifier d'ici à la fin de l'année. "Il ne faut pas s'exciter car on parle d'un sujet qui verra le jour en 2035/2040", note un observateur. Mais Airbus, qui s'appuie sur l'accord de haut niveau (HL Coord) signé en avril à Berlin, a décidé de sortir du bois en mettant les pieds dans le plat.. et en mettant la pression sur Thales, qui se verrait bien lui aussi maître d'oeuvre du système de systèmes, explique-t-on à La Tribune.

Airbus plaide pour un équilibre

Pour Airbus, et donc pour l'Allemagne, il est logique qu'il y ait un juste partage entre les industriels français et allemands. "Dans une coopération, il y a la notion de partage", rappelle-t-on au sein du groupe européen. Cette réciprocité doit être également le cas dans les programmes pilotés par les Allemands (char de combat). Très clairement, tous les industriels concernés par le SCAF revendiquent la place où ils aimeraient être. Mais, à la fin des fins, ils devront s'intégrer tant que bien mal dans une vaste coopération où tout le monde aura sa place, a rappelé le patron d'Airbus DS. En outre, au sein du groupe européen, on plaide énergiquement pour un pilotage vertical afin d'éviter les mêmes erreurs que dans le passé (A400M notamment).

Faute de quoi, a averti Dirk Hoke, le projet va droit dans le mur. "Si dans un an ou deux ans, Paris arrive avec une proposition franco-française pour le projet SCAF, qui va atteindre la somme de 100 milliards d'euros, voire peut-être plus, l'Allemagne, qui va mettre beaucoup d'argent, ne l'acceptera pas", a-t-il expliqué lors de l'interview accordée à La Tribune. Dès lors, une clarification et une négociation s'imposent. Une clarification entre le ministère des Armées et Airbus, une négociation entre Thales et Airbus. Cela explique peut être cette sortie du patron d'Airbus DS... D'autant qu'on assure au sein du groupe européen, on ne pourra pas faire sans Thales.

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Commentaires
a écrit le 21/10/2018 à 19:20 :
Le programme SCAF est un accords entre francais et Allemad "... Les Allemad sont responsable dû chars de demain, alors que les francais Ons la responsabilité du programme SCAF .... Donc Airbus, ou toute autre societe n'a rien avoir avec cette histoire.
Maintenant Dassault à montrer un savoir faire certain sur se type de programme ...
a écrit le 21/10/2018 à 14:17 :
Ce sont aussi les americains qui ont tiré partie des transformées de Laplace en automatique..
a écrit le 20/10/2018 à 17:31 :
Fourier était français, la transformée en z était connue de Laplace, la représentation d'état peut se rattacher à Kalman qui était hongrois d'origine, l'école russe d'automatique n'est pas pal non plus...il n'y apas que les US dans la vie...

"L'industrie francaise est une indigenisation des découvertes du système anglo saxon (elie cohen) et non la france n'est pas allée sur la lune "

A part les US il n' y a pas grand monde qui y est posé le pied.... Ceci dit les US n'ont jamais posé une sonde sur une comète....


"et oui les US surpasse de très loin la France", Voulez vous l'adresse de l'ambassade des USA? Donc, Airbus vend des avions juste pour le fun et vous pensez sans doute que les ingénieurs de chez Airbus appellent leurs homologues de chez Boeing pour résoudre leurs problèmes.....

"les oeillères c'est pour les chevaux !" Pas que.....
a écrit le 19/10/2018 à 18:06 :
Les ecoles d'ingé soit disant de haut niveau n'enseignait meme pas la systemique fin des années 90, inventée aux us en 1950 ! La dynamique des systèmes.
Je vous parle meme pas de la logique floue, de la Z transform, des filtres de kalman.
Meme les séries de fouriers ont été mis en application par les anglo saxon, pourtant decouvertes par un francais...
Réponse de le 19/10/2018 à 19:52 :
Tout faux. Je suis sorti d'une école d'ingénieur (correcte sans être prestigieuse, groupe 2) au milieu des années 90. La transformée en z et les filtres de Kalman étaient étudiés en cours de traitement du signal et d'automatique. Je les ai mis en oeuvre en milieu industriel dès ma sortie se l'ecole, dans des domaines aussi divers que les industries ferroviaire (algorithmes de contrôle vectoriel de flux de moteurs électriques de traction) et aéronautique (observateur de Kalman intégré dans le pilotage de turbomoteurs d'aéronefs). Quant à la 'dynamique des systèmes' c'est un terme fourre-tout à la Science & Vie, on peut y mettre n'importe quoi derrière. .. mais l'ingénierie des systèmes complexes est effectivement très à la mode, j'ai eu 3 semaines de formation sur ce thème il y a 2 ans;mais ce n'est jamais que de l'analyse fonctionnelle évoluée. Bref, je vois mal ce que l'on pourrait envier aux anglo-saxons, globalement dans le milieu de la recherche scientifique et industrielle
nous utilisons les mêmes concepts à un niveau esuivalent...
Réponse de le 19/10/2018 à 19:54 :
Nous n'avons pas du fréquenter les mêmes....Tout cela était déjà enseigné dans les années 80 par pas mal d'écoles. Merci de ne pas dire n'importe quoi. Pour votre information, la transformée en Z et les transformées de Fourier sont enseignées depuis bien longtemps et ce même en BTS/IUT....Pour Kalman et les systèmes dynamiques (Kalman en utilisant le formalisme si l'on parle de la représentation d'état) il y a bien longtemps que cela est enseigné dans les écoles ad'hoc.
Réponse de le 19/10/2018 à 20:42 :
Ils ne faut pas chercher longtemps sur google pour comprendre la difficulté qu'on les grandes écoles et universités à faire reconnaitre l'ingénierie système en tant que VRAI discipline ! Le livre blanc de l'AFIS (association française d'ingénierie système) pointe bien le manque de reconnaissance de la recherche en ingénierie système.

Ces écoles sont souvent obligées de les accoler à d'autres disciplines comme l'automatique ou les systèmes embarqués...

Pourtant le marché français de l'emploi manque terriblement d'ingénieurs systèmes !
Réponse de le 20/10/2018 à 9:32 :
Vous utilisez les concepts qu'ils ont découvert c'est une énorme différence et encore heureux qu'ils vous en fassent bénéficier, s'ils étaient aussi ouvert que le système francais vous n'en connaisseriez toujours rien.

L'industrie francaise est une indigenisation des découvertes du système anglo saxon (elie cohen) et non la france n'est pas allée sur la lune et oui les US surpasse de très loin la France, les oeillères c'est pour les chevaux !
Réponse de le 20/10/2018 à 11:30 :
"Pourtant le marché français de l'emploi manque terriblement d'ingénieurs systèmes !', je ne sais pas si le manque est terrible mais l'expérience montre que l'on ne devient pas ingé système en lisant le jargon de la 'discipline' mais en connaissant en profondeur le système sur lequel on travaille, ce qui ne se fait pas en sortant de l'école. Dans les années 80 la mode était aux travaux de Betalanffy (biologiste au demeurant) dont j'ai rarement eu besoin, ou vu l'utilité, dans la vie réelle.
a écrit le 19/10/2018 à 16:13 :
Les allemands eux ont une industrie, une économie florissante ils sont beaucoup plus légitime, ils maitrisent les technologies des plus petits détails aux méthodes d'organisation à une échelle industrielle, ce ne sont pas des artisans bricoleur adaptateurs de solutions US...
a écrit le 19/10/2018 à 14:24 :
L'état français cherche sans doute à avoir une connaissance complète des 2 sujets Scaf et Char avant de donner un accord qui couvrira les 2 sujets et cela lorsque la part de chacun dans ces sujets sera claire et équilibrée ?

La déclaration d'Airbus DS qui veut être le grand chef et accéder ainsi à tout justifie cette prudence.
a écrit le 19/10/2018 à 11:30 :
Eviter les "erreurs du passé" c'est tout simplement d'empêcher les teutons d'obtenir les workpackages qu'ils souhaitent alors qu'ils ne savent pas faire. La pluparts des retards de l'a400m concernent des WP confiés à Airbus DS (fadec, autoprotection ...) , car c'est précisément le Fadec allemand qui a planté un a400m de test en espagne.
Réponse de le 19/10/2018 à 19:59 :
Le FADEC du TP400 n'est absolument pas de la responsabilité d'Airbus DS mais de celle du consortium qui a conçu le moteur TP400, Europrop International (Safran, MTU, ITP, Rolls Royce).
a écrit le 19/10/2018 à 11:17 :
Ce qu'il faut comprendre, c'est que les Allemands veulent TOUT.
Si l'on remet en perspective le programme SCAF avec l'autre grand projet européen d'armement du futur, on s'aperçoit qu'il est déjà acquis (et même "normal") par les deux partis que nos voisins aient la maîtrise quasi complète de la conception et de la fabrication du prochain char lourd de combat. Du fait notamment qu'ils soient les seuls actuellement a en produire un. J'imagine la part congrue laissée aux entreprises françaises dans ce programme.
Selon cette logique, il semblerait donc tout aussi normal que la France, seul constructeur d'avions de combat modernes en Europe et maîtrisant tous les aspects techniques, ait le même rôle en ce que concerne le SCAF.
Gageons aussi que, le moment venu du partage industriel (selon la règle du prorata) et selon leur habitude, les Allemands gonfleront leur prévision de commandes pour ensuite les dégonfler drastiquement...
Espérons que nos dirigeants ne sombreront pas dans l'angélisme et feront preuve, pour une fois, de fermeté et du pragmatisme.
Réponse de le 19/10/2018 à 19:17 :
@Hironoda, je ne veux pas vous faire de peine mais vous allez déchanter.
Dans tous les domaines l'Allemagne défend ses intérêts alors que la France promeut l'Union Européenne et sera donc prête à lâcher le jour venu. Les Allemands l'ont bien compris depuis longtemps.
a écrit le 19/10/2018 à 10:17 :
Je signe un accord, mais je ne le respecte que si ça m' arrange.
a écrit le 19/10/2018 à 9:39 :
Article rempli d amalgame qui entretien volontaire la confusion entre Airbus et Airbus DS. Donc Airbus DS est une entité indépendante, qui ne rend aucun compte et n autorise pas son actionnaire a avoir le moindre regard sur ses décisions et orientation ! M. Cabirol, n'auriez vous pas un petit problème avec la Teutonnis et Airbus ?
Réponse de le 21/10/2018 à 15:16 :
Bonjour, Je ne peux pas vous laisser dire cela. Je respecte profondément la puissance allemande et je souhaiterai que la France s'en inspire pour défendre aussi bien ses intérêts technologiques et industriels. Malheureusement par idéal européen, la France donne, souvent trop. Ce qui n'est pas le cas des Allemands. Par ailleurs, je ne vois pas d'amalgame dans cet article entre Airbus et Airbus DS (cf premier paragraphe).

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