Terrorisme : les avertissements prémonitoires du chef d'état-major des armées

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Des attaques suicides ? Qui peut dire qu'ils ne viendront pas demain jusqu'à nous ?, avait estimé le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers
Des attaques suicides ? "Qui peut dire qu'ils ne viendront pas demain jusqu'à nous ?", avait estimé le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
Tout est dit dans les propos tenus le 15 octobre dernier par le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers : "les menaces augmentent et se rapprochent. Nous n'avons pas le droit de détourner le regard. Demain il sera trop tard; nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !".

Il y avait urgence, selon le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers. Il avait malheureusement raison. Beaucoup trop au regard des attaques terroristes simultanées du 13 novembre à Paris. Quand le 15 octobre - soit moins d'un mois avant les évènements tragiques de vendredi -, le général Pierre de Villiers se présente devant la commission de la défense de l'Assemblée nationale, il a préparé une intervention alarmiste et grave.

Certains estimeront, comme le secrétaire d'Etat au Budget, Christian Eckert, trop obnubilé par le respect des critères de Maastricht, que "l'armée a toujours besoin d'argent ! On ne vous dit pas pour quoi faire, c'est secret-défense", selon des propos rapportés par "Le Canard Enchainé". Comme quoi les leçons d'un passé pourtant encore récent (Charlie) sont vite oubliées...

"Un niveau de menace inédit"

Le chef d'état-major des armées avait estimé devant la commission de défense que "le contexte sécuritaire est marqué par la gravité, l'urgence et la complexité des crises géopolitiques, ainsi que par un niveau de menace inédit depuis de nombreuses années. (...) Les menaces augmentent et se rapprochent. Daech au Levant, AQMI au Sahel, Boko Haram au Nigeria : nous n'avons pas le droit de détourner le regard. Demain il sera trop tard ; nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !" Un mois plus tard, la guerre est effectivement entrée dans Paris. Par effraction et par surprise bien sûr comme tous les experts s'y attendaient.

Pour le général de Villiers, "le phénomène du terrorisme international dessine une deuxième ligne de force. Incarné par Al-Qaïda, Daech et leurs affidés, il renvoie à la radicalisation djihadiste et répond à une stratégie délibérée : la recherche de la rupture par une surenchère de terreur". Et Daech a les moyens de transposer cette terreur en France. Ainsi il estimait que 20% environ des combattants étrangers présents au Levant, sont francophones, dont environ 500 Français.

La propagande de Daech est "de grande qualité" avec 2.700 comptes Twitter

Le général Pierre de Villiers avait d'ailleurs pointé du doigt la propagande, véhiculée par les réseaux sociaux et orchestrée par Daech. Il estimait qu'elle était "offensive et de grande qualité technique". Et d'assurer que le bilan de cette propagande est "efficace et, ne nous leurrons pas, elle exerce une attractivité certaine sur une partie de notre propre population, notamment sur notre jeunesse".

"En cela, elle menace notre société et elle place la violence au cœur de notre démocratie. La menace est sérieuse. Il suffit de regarder quelques faits pour s'en convaincre : 2 700 comptes Twitter pro-Daech en langue française relaient la propagande djihadiste".

Il constatait également que l'avance technologique des armées occidentales, qui donnait jusqu'ici "d'office l'ascendant, se réduit sous l'effet des modes d'action qui visent à la contourner". Des modes d'action qui limitent les avantages liés à la technologie. Il s'agit des cyber-attaques, des engins explosifs improvisés, des snipers, des attaques suicides, des actions dans les champs de l'influence et de la perception. "Nous les avons affrontés en Afghanistan, au Mali, et maintenant nous les affrontons au Levant. Qui peut dire qu'ils ne viendront pas demain jusqu'à nous ?", avait-il expliqué de façon prémonitoire. C'est dans ce cadre que les armées réfléchissent "à la façon d'adapter nos équipements à cette tendance". Car "la technologie reste indispensable, mais elle n'est pas suffisante".

La gestion du temps court et la nécessité d'inscrire l'action dans le temps long

Enfin, le chef d'état-major des armées avait pointé l'une des très grandes faiblesses des démocraties occidentales plus enclines à traiter les problèmes complexes sur un temps trop court en oubliant les actions de long terme, souvent en dehors des mandats politiques. C'est ce qu'il appelait "la contradiction de plus en plus flagrante entre la gestion du temps court et la nécessité d'inscrire l'action dans le temps long". "Avec l'information instantanée et continue, la pression pour une réponse immédiate s'applique partout et à tous alors que l'histoire nous montre que la résolution d'une crise demande en moyenne une quinzaine d'années d'endurance, de constance et de persévérance", avait-il expliqué.

Et selon lui, le risque est grand de se tromper au regard des enjeux sur le long terme. "En réagissant sous le coup de l'émotion à un événement circonstanciel, nous courrons le risque de la précipitation et du micro-management, qui peuvent provoquer des réponses inappropriées au regard des enjeux réels et au regard de nos objectifs stratégiques. Plus grave encore, nos perceptions biaisées pourraient conduire à des décisions hâtives quant à nos aptitudes militaires, comme l'abandon de telle ou telle composante sous prétexte qu'elle serait mal adaptée à la menace la plus proche.

"Nous ne devons pas baisser la garde, ni adapter notre outil de défense aux seuls combats d'aujourd'hui. Gardons le juste recul pour appréhender l'avenir incertain et «penser l'impensable», pour reprendre les termes du stratège et diplomate que fut François de Rose ! L'histoire est parfois cruelle sur ce plan. Les choix du PLF pour 2016 s'inscrivent aussi dans cet esprit d'attention au temps long et à la complétude de notre spectre des capacités, aujourd'hui et demain".

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Commentaires
a écrit le 21/11/2015 à 16:59 :
Oui le chef d'état-major des armées a raison !
Mais comme d'habitude les hommes politiques se méfient des militaires ! C'est comme avec De gaulle combien d'année lui at-il fallut avant d'accèder au poste suprême. Ce n'est pas pour rien s'il a instauré la cinquième république avec le septéna : permettre au président de s'inscrire sur un temps long ! Afin d'apréhender l'avenir sur la base d'une politique de long terme pour le bien des Français et la France éternelle.
Depuis 40 ans ils n'ont cessé de détricotter tout cela pour leurs petits intérêts personnels. A aucun moment ils n'ont souhaités écouter les alarmes. C'est tellement mieux de faire l'autruche plutôt que de prendre les vraies décisions qui s'imposent.
A quant enfin aurons-nous un homme politique digne de ce nom qui ne pense pas qu'à son propre intérêt et dirige notre pays en pensant vraiment à l'avenir des français dans la continuité des grands hommes qui l'ont construit.
a écrit le 21/11/2015 à 16:47 :
C'est extraordinaire si cela n'était pas pathétique ; le Peintre de mon village aussi avait des "prémonitions" depuis des années .... A son poste "on" n'attend pas de cet étoilé de nous " avertir " ou d'avoir des " prémonitions" ....générales comme chacun d'entre nous, on lui demande d'agir non ? cela me fait pense à la haute hiérarchie militaire des années 30......
a écrit le 20/11/2015 à 11:08 :
“Il ne faut pas compter sur ceux qui ont crée les problèmes pour les résoudre.” Albert Einstein
a écrit le 20/11/2015 à 11:05 :
Dans les années 70, il n'y avait pratiquement pas de musulmans en France, pratiquement pas de chomage, de pauvres et de dette. Les Français vivaient en sécurité dans leur pays (ce qui est tout à fait normal). Quels partis politiques ont dirigé la France depuis 40 ans ? Quelles ont été leurs décisions ? Pourquoi ont-ils pris ces décisions ? Ce sont eux les premiers responsables de la situation actuelle de la France.
a écrit le 17/11/2015 à 8:36 :
Bonjour à tous et toutes , Je suis triste et en plus , effaré pour ceux qui ont perdue des proche, que les obsèques sont à leurs charge , je suis triste effaré.
a écrit le 16/11/2015 à 15:24 :
Traquer EI avec forces de bombes???? pour quel Tonnage???
Pour quel résultat,si l’ébranlement des sites n'est pas achevé par des attaques au sol???


Pour cela,il faut que ces interventions soient coordonnées et financées par l'Europe ,TOUTE l'EUROPE,et il est bien évidemment qu'il faudra se fier aux effectifs militaires des Pays aidés.


L'Europe seule,peut-elle financer cet effort?????,La France à moins de recourir à des impôts catastrophes de Guerre,est peu solvable,
.
Alors l'aide encore et toujours Etats unis est à solliciter,car la Russie Elle defend son seul pre carre.
a écrit le 16/11/2015 à 0:58 :
il faut sortir de l'orthodoxie budgétaire imposé par l'Europe.
Peut on sérieusement traité cette situation avec les boulets réglementaires et politiques de l'Europe actuelle.
A défaut d'une forte inflexion réglementaire et une mobilisation de notre continent pour combattre nos ennemis communs , je ne vois pas d'autre possibilité que de conseiller à nos politiques de reprendre les reines de la destinée de notre pays.
a écrit le 16/11/2015 à 0:32 :
Quel cirque à part passer des images d'hommages en boucle sur toutes les chaines. Rien pas un mot sur les blésés pas un mot pas une photo sur les morts, aucun témoignage des familles ou des amis des victimes qui ont été touché dans leur âme et dans leur chair. Tout est aseptisé, pour ne pas nous faire voir les horreurs qui nous attendent dans les jours prochains. On nous prend vraiment pour des demeurés
Réponse de le 16/11/2015 à 8:17 :
que dites-vous là, vous ne regardez pas la télé ?
on va vous prendre pour de mauvaise foi ou d'aveugle...
Réponse de le 16/11/2015 à 9:19 :
Votre dernière phrase ...Vous prouver qu'ils ont raison avec ce commentaire de mauvaise foi !
a écrit le 15/11/2015 à 20:26 :
Vous auriez pu citer le juge Marc trevidic interview du 30/10 ou aussi bauer ou le general laportes ancien directeur de l école de guerre

Il n y a que nos politiciens du gouvernement qui passent leur temps à communiquer sans prendre de mesure qui n étaient pas au courant

Pire !!! entendre le juge Marc trevidic spécialiste du terrorisme déclarer le 30-10-2015 que faute de moyen on ne suis que la moitié des gens qui ont une fiche S et pas tout ceux rentre de Syrie donne une idée du de nos forces

Cazeneuve doit démissionner !!!
a écrit le 15/11/2015 à 20:01 :
L'islamisme existe depuis des lustres. Mais, sans remonter aux calendes grecques, seulement depuis l'avènement du F.I.S et du G.I.A. Donc, environ une quinzaine d'années. Depuis ce temps là, les états, et la France en fait partie, ont vécu dans un déni conscient de la montée de l'islamisme et du terrorisme de par le monde. Aujourd'hui, nous sommes confronté à une guerre totale que livrent ces terroristes à l'ensemble du monde "mécréant". A qui a profité et profite ce déni? Quels sont les responsables de cette situation? Est ce ces pseudo fous de dieu ou ceux qui se sont voilés la face depuis des décennies et qui tergiversent encore quant à l'attitude à adopter face à ce fléau.........?????????
a écrit le 15/11/2015 à 19:10 :
oublié (sans s)
a écrit le 15/11/2015 à 19:08 :
"Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts" bon, oui, je sais c'est du réchauffé mais ça fait du bien de se remémorer l'Histoire, ce que beaucoup ont oubliés.
a écrit le 15/11/2015 à 19:01 :
Si ce texte est prémonitoire à mon avis tous les cafés du commerce de France et de Navarre abritent des opinions formidablement prémonitoires. Quelqu'un pourrait il m'expliquer en quoi cette opinion du général permettait de contrer ce qui s'est passé malheureusement vendredi soir…
Je suis sûr que moi même, sans me vanter, j'ai tenu ces derniers temps des propos de même qualité au niveau prémonitoire. Je vais même en émettre un nouveau à ce niveau de titrage, l'information va continuer à baisser dans l'intérêt que lui porte le lectorat en général...
a écrit le 15/11/2015 à 18:48 :
Le "gouvernement" français est beaucoup plus compétent dans la protection de la haute finance et des banques, la défense des intérêts du patronat etc. que dans le domaine de la sécurité des citoyens.
a écrit le 15/11/2015 à 18:32 :
Pourquoi voudriez-vous qu'on écoute les militaires sous prétexte qu'ils sont les seuls à savoir de quoi ils parlent ....
a écrit le 15/11/2015 à 18:07 :
"Etre en guerre" Pour ceux qui savent ce que ça veut dire nous verrons si nous sommes réellement en guerre comme le disent nos politiques. L'anticipation n'est pas leur point fort...!
a écrit le 15/11/2015 à 17:29 :
Il semble que la très grande partie du personnel politique n'a pas aujourd'hui le niveau intellectuel, et sans doute éthique, nécessaire à la conduite d'une nation. Il est loin le temps de De Gaulle.
Une série passée sur LCP, enfin je crois, racontait l'histoire de nos service secrets : concernant la lutte contre le terrorisme, elle était accablante pour les Mitterand et Jospin. La réorganisation faite par le couple Sarkozy-Fillon semble avoir été extraordinairement contre-productive...
a écrit le 15/11/2015 à 17:16 :
C'est l'ensemble de l'Europe qui va devoir réarmer et remuscler sa défense et sa police. Avec les politiques d'austérité, l'ensemble des Etats, sauf peut être le France et la Pologne, ont taillé dans leurs dépenses militaires. Résultat nous sommes à poil!
a écrit le 15/11/2015 à 13:42 :
Cela fait des années et des années que les politiciens de droite comme de gauche ont abandonné les sujets de stratégie de défense et de protection du territoire au profit de réactions épidermiques dans les médias et de mesure temporaire inutile de force brute déployées en dépit de toute analyse approfondie et de tout ciblage des menaces. Les services de renseigement du ministère de l'intérieur ont-ils vraiment évolué depuis les attentats de 1995, perpétrés en plein Paris par le groupe islamique armé algérien ? Vingt ans après, l'arrogance, le sentiment de supériorité et d'invulnéabilité couplé à une profonde incompétence priment-ils encore dans les services du ministère de l'intérieur ? Nous constatons que "OUI !" et qu'il va falloir que tout ce petit monde d'amateurs adopte rapidement les méthodes, la rigueur et l'efficacité militaires !
Réponse de le 15/11/2015 à 15:30 :
Ils feront beaucoup de Déclarations " nous serons impitoyables face au terrorisme, nous affirmons notre détermination sans faille et absolue "
" discours compassionnels, et marches d'un jour (lesquelles impressionnent Daech pour voir ces Politicards français rire entre eux, le lendemain "
Aucun pouvoir n'a été élu ou battu sur les moyens de La Défense, et de l'Attaque : lesquels moyens sont ruinés. Donc la France accentuera sa vulnérabilité. Les politiques à peine élus, sont en campagne de ré-élection. La cause Nationale : " c'est pour les discours "

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