"Un peu plus de maturité de l'Etat grec lui aurait évité ces déboires" (Iskandar Safa, Privinvest)

ENTRETIEN- A la suite du délibéré de la Cour suprême grecque en sa faveur, le milliardaire franco-libanais Iskandar, dans une interview accordée à La Tribune, somme l'Etat grec de lui remettre le chantier naval Hellenic Shipyard "dans l'état où il était le jour où en 2017 nous en avons été illégalement expropriés".
Michel Cabirol

4 mn

C'était irresponsable, voire juvénile, de la part des ministres de la Défense qui se sont succédés depuis le moment où l'état grec a fait défaut, de gérer ce dossier de cette façon (Iskandar Safa, PDG du groupe Privinvest).
"C'était irresponsable, voire juvénile, de la part des ministres de la Défense qui se sont succédés depuis le moment où l'état grec a fait défaut, de gérer ce dossier de cette façon" (Iskandar Safa, PDG du groupe Privinvest). (Crédits : Privinvest)

Selon le PDG de Privinvest Iskandar Safa, la Cour suprême grecque a rendu en février un délibéré, qui doit mettre fin au "déni" de l'Etat grec sur ses torts juridiques dans "l'expropriation illégale" de Privinvest du chantier naval grec Hellenic Shipyard (HSY), acheté en 2010 et détenu majoritairement par la société d'Iskandar Safa. Dans son jugement rendu public le 23 février dernier à Athènes, la Cour suprême grecque a adressé un KO définitif à l'État grec en confirmant que ce dernier avait déjà été condamné lors de procédures grecques et internationales et qu'il ne pouvait pas faire appel.

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LA TRIBUNE- La Cour suprême grecque vous a donné raison dans le conflit qui vous oppose à l'Etat grec. Que demandez-vous à la Grèce ?

ISKANDAR SAFA- En effet, la cour suprême a rejeté l'appel que l'état grec avait interjeté contre la sentence arbitrale de 2017 en faveur de notre filiale Hellenic Shipyards (HSY). Nous avons donc sommé le gouvernement grec ainsi que l'administrateur nommé, à mauvais escient, pour gérer HSY, de nous le remettre dans l'état où il était le jour où en 2017 nous en avons été illégalement expropriés, de payer les dommages et intérêts qui sont dus à HSY de par la sentence arbitrale et d'activer le contrat pour la construction de deux sous-marins. Très clairement, la sentence arbitrale de 2017 ainsi que la décision récente de la Cour Suprême confirment que l'état grec a fait défaut à ses engagements à notre égard, défaut qu'il s'est arrangé à gérer en l'aggravant.

Quel est le montant du préjudice subi pour votre société Privinvest ?

A ce jour, l'Etat grec doit à notre filiale HSY 250 millions d'euros plus les intérêts. Il doit en outre réactiver le contrat portant sur la construction de deux sous-marins à hauteur de 850 millions d'euros environ (prix de 2010 qui doit bien entendu être revu). Nous avons aussi engagé une procédure contre l'état grec, qui est toujours en cours, devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements bilatéraux) pour notamment "le non-respect de l'obligation de Traitement Juste et Equitable", dans le cadre de ses engagements à l'égard de notre groupe. Il y a deux ans une première sentence a été rendue en notre faveur. Vers la fin de cette année, le CIRDI devrait décider du montant de la compensation y afférant.

Au final, le droit a prévalu...

... Absolument. C'était irresponsable, voire juvénile, de la part des ministres de la Défense qui se sont succédés depuis le moment où l'état grec a fait défaut, de gérer ce dossier de cette façon. Au lieu de reconnaître leur défaut et d'en discuter franchement pour trouver le moyen d'y remédier, ils se sont repliés dans le déni total, allant jusqu'à nous attaquer, voire nous diffamer, à plusieurs reprises, devant leur parlement. Un peu plus de maturité de leur part, au lieu de jouer les va-t-en guerre, en sachant pertinemment qu'ils avaient tort, leur aurait évité ces déboires.

Pourtant aujourd'hui, il faut reconstruire l'avenir du chantier mais aussi des relations avec l'Etat grec. Est-ce une mission impossible ?

Je vais être objectif et pragmatique. Je vous ai dit ce que je pensais de cette affaire. C'est le passé. Il faut savoir tourner la page puisque la cour suprême grecque a remis aujourd'hui les pendules à l'heure.

Comment l'État grec peut-il réagir ?

Conformément au jugement de la cour suprême, il doit exécuter très vite les conclusions de la sentence arbitrale.

Pour tourner la page, il y a effectivement un appel d'offres international sur les corvettes qui seront construites par un chantier naval grec. Comment évaluez-vous la situation ?

Je procède par étapes. La première est de nous retourner le chantier dans l'état où il était lorsque nous en avons été frauduleusement expropriés, être payés de ce que l'état grec nous doit de par la sentence arbitrale et réactiver tout de suite le contrat des deux sous-marins. HSY regardera alors quels sont les prospects, dont, bien entendu l'appel d'offre concernant les corvettes de la marine grecque.

Mais comment analysez-vous la méconnaissance de ce dossier par les industriels qui avaient commencé à discuter avec l'acquéreur pressenti pour le rachat de votre chantier dans le cadre de l'appel d'offres sur les corvettes ?

Soit ils n'étaient pas concernés, soit n'ont pas suivi l'affaire de près.

Michel Cabirol

4 mn

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Commentaires 4
à écrit le 19/05/2022 à 18:53
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il n'a pas tort, et au passage ca evite que la chine mette la main dessus pour 3 euros quand l'europe aura finace au passage 5 milliards ou plus pour remttre tout ca en place, dans un grand cadre de jsutice juste...........la grece devrait commencer ...

à écrit le 19/05/2022 à 9:43
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Ou bien l état grec est un escroc ou bien un amateur: condamnations de tribunaux internationaux et jusqu à ses propres juridictions… l état grec serait bien inspiré de faire le ménage chez lui: virer les chinois du Pyree qui captent tous les trafics ...

à écrit le 19/05/2022 à 7:18
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"milliardaire franco-libanais " et si il allait donner de son temps et surtout de ses rares compétences, aux libanais, de laisser la Grèce vivre sa vie ?

le 19/05/2022 à 17:10
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Attention aux propos antisémites...

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