De la Pologne à l'Italie, de l'Espagne à la Roumanie, en janvier et février, la colère agricole a déferlé dans quasiment toute l'Europe. À plusieurs reprises, les tracteurs ont convergé jusqu'à Bruxelles pour signifier que le mécontentement des agriculteurs portait non seulement sur les politiques des Etats membres, mais aussi sur celles de l'Union européenne. Accusée de noyer l'esprit d'initiative des agriculteurs dans une mer de contraintes environnementales et de paperasse administrative, l'UE était même pointée du doigt comme la principale source de leur détresse.
Preuve du pouvoir de frappe des 9,4 millions d'agriculteurs du Vieux Continent (4,5% de la population), à deux semaines des élections européennes, ces revendications ont déjà été suivies d'effets. En moins de quelques mois, la Commission européenne, le Parlement européen et les Etats membres se sont accordés autour d'un allègement des critères environnementaux pour obtenir les aides de la Politique agricole commune (PAC) 2023-2027, dont l'élaboration avait pourtant pris des années.
Dans le même laps de temps, les principaux textes concernant l'agriculture issus du Pacte vert européen (le « Green Deal », présenté par l'exécutif européen en décembre 2019 pour réduire les émissions de gaz à effet de serre), en cours de discussion, ont été retoqués, mis en suspens, voire clairement abandonnés. Un changement de cap qui produira vraisemblablement ses effets au moins jusqu'à la fin de 2027.