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"Aux Etats-Unis, la Food Tech est présente tout au long de la chaîne de valeur"

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 11 juillet 2017 à 05:20

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Presque 3 milliards de dollars d'investissement dans les startups de livraison de repas, plusieurs centaines dans celles facilitant la vie des consommateurs ou élaborant carrément des nouveaux aliments. La Food Tech américaine est florissante, analyse Matthieu Soule, analyste stratégique de l'Atelier BNP Paribas qui a consacré une étude au phénomène. Mais, pour l'instant, elle se concentre sur la conquête du marché domestique.

LA TRIBUNE -  Leaders en matière d'innovation disruptive, les Etats-Unis sont pourtant loin d'être un modèle en termes d'alimentation pour les Français. Qu'est-ce qui guide l'essor de cette nouvelle industrie?

MATTHIEU SOULE - Aux Etats-Unis comme en France, le grand public prend de plus en plus conscience des enjeux de l'alimentation en matière de santé et d'environnement. Des études récentes montrent que si pour les Américains le premier critère de choix d'un aliment est le goût, suivi par le prix, en troisième place figurent les bienfaits de santé. 85% de la population juge essentiel que les aliments soient sain et 35% s'inquiète de la présence de produits chimiques. 75% est même favorable à une production durable. Le seul frein pour de nouveaux produits et services reste donc le pouvoir d'achat. Et le marché est juteux, puisque chaque Américain dépense 6.700 dollars par an pour s'alimenter.

Quels visages y prend la Food Tech naissante? Quels en sont notamment les principaux secteurs et quel est leur poids?

Outre-Atlantique, l'innovation au service de l'alimentation -qu'il s'agisse d'appareils connectés, de nouvelles technologies, de data ou de nouveaux usages- est aujourd'hui présente tout au long de la chaîne de valeur, de la production à l'assiette. Le boom d'investissement dans les startups de la Food Tech a d'ailleurs concerné l'ensemble de ces segments.

50%, soit 2,9 milliards de dollars depuis 2015, a pourtant été concentré  dans la distribution, où de nombreuses nouvelles entreprises de livraison ont fleuri grâce à la simplicité du business model et à la possibilité d'une croissance facile. Le boom de ce secteur est bien représenté par la toute récente entrée en Bourse de Blue Apron, qui livre sur abonnement des kits d'ingrédients frais pour la préparation de plats: fondée en 2012, elle a déjà livré des dizaines de millions de repas. Dans ce cadre, les circuits courts sont aussi souvent mis à l'honneur.

Avec 506 millions de dollars depuis 2015, le deuxième segment en termes d'investissements a été celui de la consommation. L'innovation y est mise au service du quotidien des gens. La société Nima, par exemple, a développé une petite machine qui permet de détecter la présence de gluten dans un aliment en quelques minutes. Les réseaux sociaux ont aussi beaucoup de succès: Yummly, qui permet de sélectionner des recettes de cuisine en fonction de ses goûts, allergies etc., compte déjà 20 millions d'utilisateurs -et a conclu un partenariat avec la startup de livraison Istacart.

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L'offre de nouveaux aliments -tels que les burgers végétaux fabriqués par Impossible Burger, ou les blancs d'œuf faits en laboratoire proposés à l'industrie agro-alimentaire par Clara Food, en passant par la farine d'insectes de Bitty- a aussi attiré 423 millions de dollars d'investissements.

Par qui est-elle soutenue? Et comment les grands industriels regardent-ils notamment le phénomène?

Les investissements viennent surtout de sociétés de capital-risque intéressées par les retours monétaires. Mais le grands industriels, attirés par la possibilité d'acquérir des informations sur les usages de leurs appareils, ainsi que par celle de doubler leurs produits d'une offre de services adaptés, commencent aussi à montrer un certain intérêt. En mai, Yummly a par exemple été acheté par la société d'électroménager Whrilpool. Nova, qui commercialise un instrument de cuisson de précision, a été acquis par Electrolux.

Le boom concerne-t-il tout le pays?

La Food tech au sens strict est sans doute particulièrement florissante en Californie, où est concentré le capital risque, qui constitue le premier Etat agricole des Etats-Unis et qui est pionnière en matière de nouvelles cultures de consommation. D'autres Etats, comme le Missouri et le Kansas, voient toutefois aussi l'essor d'accélérateur dédiés à l'agriculture digitale.

Comment va évoluer la Food Tech américaine selon vous?

Le secteur de la distribution, caractérisé par un très grand nombre d'acteurs, a déjà commencé à se consolider et va continuer en ce sens. On s'y attend à un plateau. Les entreprises qui ont misé sur la livraison de repas préparés par elles-mêmes sont d'ailleurs d'ores et déjà confrontées à la difficulté de leur modèle. En revanche, un autre segment va sans doute se renforcer: celui des startups au service des industriels de la transformation, qui depuis 2015 a déjà récolté 90,4 millions de dollars d'investissements. Les exigences de transparence et de traçabilité, de la ferme jusqu'à l'assiette, constituent un défi croissant, que la technologie aide à relever.

Dans un monde globalisé, comment les entrepreneurs français du secteur doivent-ils aborder le risque d'une concurrence des Américains?

Evidemment, si les startups américaines devaient franchir l'Atlantique, elle bénéficieraient d'un avantage compétitif, en raison notamment de leurs accès plus facile aux financements: 60% des investissements en capital-risque au monde se font aux Etats-Unis.

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Mais aujourd'hui, en France comme là bas, les acteurs travaillent surtout dans la perspective de conquérir le marché domestique. Peu d'entre eux ont atteint la taille critique pour aller au-delà -à l'exception, bien sûr, d'Amazon qui s'est implanté en Angleterre et en Allemagne. Les deux marchés, américain et français, évoluent donc en parallèle. Et en matière d'alimentation, la possibilité de répliquer ailleurs les modèles testés sur un certain marché pose question.

Giulietta Gamberini

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