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Chute inexorable de la consommation de lait : Sodiaal condamnée à se restructurer

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 02 février 2022 à 16:22 - Mis à jour le 02 février 2022 à 16:22

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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La coopérative fermera plusieurs sites et licenciera plusieurs centaines de personnes. L'objectif: améliorer sa rentabilité, en faisant face au déclin de la consommation de lait conditionné et de lait infantile, et en misant sur les produits de grande consommation et sur la nutrition spécialisée.

Deux usines et quatre ateliers fermés, ainsi que 316 postes en CDI supprimés. La coopérative Sodiaal, qui collecte 20% du lait français et est surtout connue pour sa marque Candia, a annoncé mardi son "plan d'adaptation" à un "contexte de marché difficile". Il affectera plus de 3% de ses quelque 10.000 salariés, et impliquera une nouvelle réduction de son parc industriel, déjà affecté par une restructuration en 2013 et 2014 La coopérative explique au Figaro vouloir améliorer sa rentabilité, ses comptes étant aujourd'hui "juste à l'équilibre".  Elle veut ainsi s'attaquer à deux "foyers de pertes", détaille le communiqué de presse: les marchés du lait UHT et des ingrédients laitiers infantiles, "qui souffrent d'une baisse continue des ventes et de surcapacités".

La consommation de lait structurellement en baisse

La consommation de lait conditionné -qui ne représente toutefois que 10% des débouchés globaux de la collecte de lait française- ne cesse en effet de baisser en France. Depuis 10 ans, les ventes (en volume) baissent de 3% par an en moyenne, Syndilait, l'organisation professionnelle regroupant les fabricants de laits liquides. Une "tendance structurelle" due à la déstructuration des repas des Français comme à leur abandon progressif des fourneaux, explique Gérard You, responsable du service économique des filières à l'Institut de l'élevage. Si le confinement de 2020 avait marqué un rebond, 2021, avec -6% de litres vendus qu'en 2020, a douché les espoirs:

"La décroissance de la consommation depuis 20 ans ne montre pas de signe de retournement",estime le directeur général de Sodiaal, Jorge Boucas, interrogé par Le Figaro.

La coopérative subit aussi la plus récente crise du lait bio, sur lequel une partie de l'industrie laitière avait misé afin de compenser en valeur le déclin en volumes du lait conditionné. Alors que la production, portée par la croissance du marché les dernières années, augmente (+11% en 2021 selon FranceAgriMer), la consommation du lait bio commence en effet aussi à stagner, voire à régresser: en 2021, les ventes en volumes ont baissé de 8% selon Syndilait. Sodiaal, qui se trouve obligé à déclasser en lait conventionnel 20% de ses volumes, a arrêté les conversions en bio de ses adhérents il y a deux ans, et réduit le prix moyen payé pour le lait bio, de 478 euros à 475 euros les mille litre entre 2020 et 2021, explique Jorge Boucas.

Lire: Face à la surabondance de lait bio, un producteur appelle chaque Français à acheter 6 litres

Résultat de cette baisse globale de la consommation :

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"Nos quatre usines de lait UHT tournent à 57% de leurs capacités",regrette le directeur général.

La restructuration vise donc à transférer la production de l'une d'entre elles, celle de Campbon (Loire Atlantique), d'une capacité annuelle d'environ 250 millions de litres de lait, vers deux autres, situées à Awoingt (Nord) et Vienne (Isère).

Un marché chinois décevant

Quant aux ingrédients laitiers infantiles, en particulier les poudres de lactosérum déminéralisé (co-produit du fromage utilisé également dans l'alimentation du bétail et la fabrication agroalimentaire), Sodiaal dit souffrir de "la dégradation du marché (...) dans le monde entier". L'entreprise pointe notamment du doigt la baisse de la natalité en Chine, qui aujourd'hui représente 35% du marché mondial du lait infantile et où les naissances sont passées de 18 millions en 2016 à moins de 11 millions en 2021 -malgré l'abandon de la politique de l'enfant unique.

"Sur ces ingrédients, il y a aujourd'hui 40% de surcapacités en Europe et nous perdons de l'argent sur notre filiale Euroserum. Très honnêtement, il n'y a pas de signe tangible de reprise", analyse Jorge Boucas dans les colonnes du Figaro.

La coopérative a donc décidé de fermer quatre sites en France, incluant des activités de séchage. En 2019, en annonçant l'acquisition auprès de Synutra France des activités de transformation du site de poudres de lait infantiles de Carhaix dans le Finistère, Sodiaal disait pourtant vouloir "accélérer son développement sur le segment porteurs des laits infantiles", en Chine comme sur d'autres marchés mondiaux, "conformément à son plan stratégique #Value, dont le déploiement a débuté fin 2017".

Qu'il s'agisse du lait UHT ou des ingrédients laitiers infantiles, Sodiaal promet toutefois non seulement de reclasser les salariés laissés sur le carreau, mais aussi de ne "pas trahir" ses quelque 17.600 sociétaires producteurs répartis sur 10.000 exploitations.

"Sur ces deux sites, nous achetons nos volumes à l'extérieur et notre collecte resterait autour de 4,5 milliards de litres de lait",promet la coopérative, en insistant sur sa volonté de se concentrer"sur les sérums du groupe et de ses partenaires en France".

Le pari de la marque Yoplait

Sodiaal, qui a réalisé 4,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2020, va néanmoins en parallèle investir 600 millions d'euros entre 2022 et 2027 afin d'"accélérer sa conquête des marchés valorisés". Le premier, celui des produits de grande consommation (fromages, beurre, crème, mais aussi laits premium et produits laitiers frais), bénéficiera de 450 millions d'euros. Ils serviront non seulement à une montée en gamme des produits, mais aussi à la modernisation des usines et à la diminution du plastique des emballages.

Bien que le marché des produits ultra-frais subisse le même déclin que celui du lait conditionné, Sodiaal mise aussi beaucoup sur la marque Yoplait, dont la coopérative a racheté fin 2021 les activités européennes à l'Américain General Mills.

"Cette marque délaissée a un potentiel incroyable, estime Jorge Boucas.

Sodiaal misera aussi de plus en plus "sur les laits à forte valeur ajoutée: délactosés, responsables, infantiles liquides", mais aussi bios, en estimant que "le potentiel du bio n'est pas asséché".

150 millions d'euros bénéficieront enfin au marché des ingrédients laitiers utilisés dans la production d'aliments pour publics spécifiques (personnes âgées, sportifs etc.), afin de "monter en gamme" et "diversifier les débouchés". Un marché certes "à valeur ajoutée", mais aux "petits volumes" et concurrentiel, prévient Gérard You.

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Sur ces deux segments, Sodiaal mise sur l'export, qui "sera prioritaire" afin de "valoriser à l'international, le savoir-faire et le terroir français". La coopérative compte notamment sur ses fromages de marque Entremont ou AOP, ainsi que sur une croissance du marché mondial des produits laitiers estimée à 21% à la fin de la décennie en cours.

Giulietta Gamberini

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