Climat : comment Carrefour réduit son empreinte carbone

 |   |  1527  mots
Un grand plan de lutte contre le gaspillage lancé en 2013 nous a déjà permis d'augmenter significativement le volume de nos dons: de 60 millions de repas à 92 millions en 2015, souligne Sandrine Mercier.
Un grand plan de lutte contre le gaspillage lancé en 2013 "nous a déjà permis d'augmenter significativement le volume de nos dons: de 60 millions de repas à 92 millions en 2015", souligne Sandrine Mercier. (Crédits : Reuters)
Le distributeur français vient d'être hissé au neuvième rang d'un classement des 800 plus grands groupes mondiaux en matière d'efficacité carbone. L'occasion d'interroger Sandrine Mercier, directrice développement durable de Carrefour France, sur les actions de l'enseigne dans l'Hexagone.

Transports, réfrigération, éclairage, mais aussi production sous marque propre, gaspillage et gestion des déchets : le secteur de la grande distribution, qui en France a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires de 110 milliards d'euros en 2015, pèse lourd aussi en matière d'empreinte carbone. Pourtant, les performances en matière d'"intensité carbone" - à savoir le volume de CO2 émis pour 1 million de dollars de chiffre d'affaires* - d'un distributeur français viennent d'être reconnues dans un rapport mondial. Dans le Carbon Rankings publié lundi 5 décembre par l'organisation ET Index Research, dont l'objectif est d'accompagner les choix des investisseurs, le groupe Carrefour - 104,4 milliards de chiffre d'affaires et plus de 380.000 collaborateurs au total - a été classé au neuvième rang parmi les 800 plus grands groupes mondiaux. Seule société française présente dans le Top10, Carrefour figure cinquième au niveau européen. L'occasion d'interroger Sandrine Mercier, directrice développement durable de Carrefour France, sur les actions de l'enseigne dans l'Hexagone, où l'enseigne - présente dans 35 pays avec plus de 11.000 magasins - compte quelque 5.600 points de vente.

LA TRIBUNE - Carrefour vient de se hisser à la 9e place du classement des 800 plus grands groupes mondiaux en matière d'efficacité carbone, publié par l'organisation ET Index Research. Comment expliquer ce résultat?

SANDRINE MERCIER - Le Groupe applique dans tous les pays où Carrefour est présent une politique de réduction de sa consommation énergétique depuis 2004. En 10 ans, elle a baissé de 37%. En France, par exemple, nous avons commencé dès 2009 à remplacer nos fluides frigorigènes chimiques, qui représentent entre 60 et 70% des émissions de gaz à effet de serre de nos magasins, par des fluides à CO2, quelque 3.000 fois moins émetteurs. Et depuis cette même année nous surveillons nos bilans carbone.

Selon le Carbon Rankings publié lundi, vous faites d'ailleurs partie des 363 sociétés qui publient entièrement leurs émissions directes...

Nous essayons en effet toujours de répondre aux questionnaires qui nous sont soumis : au niveau du groupe, nous avons même une équipe dédiée à cette tâche. C'est pour nous un enjeu de transparence, d'autant plus important que nous tenons à maintenir un dialogue constant avec l'ensemble de nos parties prenantes : fournisseurs, clients, mais aussi associations de consommateurs et ONG.

Quels objectifs poursuivez-vous pour l'avenir ?

En 2015, à l'occasion de la COP21, le Groupe Carrefour s'est engagé à réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2025 par rapport à 2010, en agissant sur trois axes principaux. Le premier consiste en une diminution supplémentaire de notre consommation d'énergie, à savoir de 30% entre 2010 et 2025. Cela implique des actions en matière d'éclairage, réfrigération, fonctionnement des fours etc. Nous continuons d'ailleurs à remplacer progressivement nos fluides frigorigènes, dans tous nos magasins en France mais aussi à l'étranger. Dans l'Hexagone, nous développons enfin une flotte de camions au bio-méthane, qui n'émettent pas de particules fines et permettent de réduire les émissions de CO2 de 75% ainsi que de 50% celles sonores. Ils seront 200 fin 2017.

200... est-ce beaucoup ?

Cela peu paraître peu, mais il s'agit quand même d'un engagement significatif puisqu'il accélère le développement d'infrastructures (méthaniseurs, stations de ravitaillement) encore insuffisantes, et donc d'emplois. Dans la région de Lille, par ailleurs, le bio-méthane que nous utilisons pour nos camions est issu de nos propres déchets: grâce à un partenariat local, nous avons réussi à boucler la boucle.

Comment ces actions sont-elles perçues par le personnel ?

Nos collaborateurs participent directement à certaines de nos actions, notamment en matière d'efficacité énergétique, ce qui devient pour beaucoup d'entre eux un motif de fierté. Certaines mesures ont d'ailleurs un impact positif sur leurs conditions de travail. C'est le cas par exemple de la fermeture des frigidaires, que nous avons déployée sur tous les supermarchés nous appartenant (environ 150 sur 1.000), et qu'on commence à introduire dans les hypermarchés. Grâce à une hausse de la température des magasins de 5°C, nous parvenons à réduire la consommation énergétique de 20%. Cela plaît également aux consommateurs, qui sont rassurés quant à la conservation des aliments, mais surtout au personnel, qui souffre moins du froid.

Et par vos franchiseurs ?

Si l'investissement de départ que ces actions demandent les effraie parfois, ils se rendent aussi compte que le retour en termes d'économies d'énergie est intéressant. A leur encontre, notre rôle est surtout de les informer, parfois de les faire bénéficier de nos conditions d'achat de certains équipements.

Au-delà de la gestion des magasins, comment réduire l'empreinte carbone de vos produits ?

Nous n'avons pas de pouvoir d'influence sur les cahiers de charges des grandes marques. Mais sur les produits Filière Qualité Carrefour, qui existent depuis 1992, nous tentons de conjuguer qualité et durabilité en accompagnant nos fournisseurs, qui sont à 70% français et en majorité des PME. Depuis 2006, nous leur proposons un outil web d'auto-diagnostic de développement durable. Les produits agricoles sont issus de cultures où, sans adopter une démarche véritablement bio, nous encourageons à la réduction des pesticides. Nous veillons également au bien-être animal et récompensons les projets et les actions permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le transport est optimisé grâce aux synergies établies avec certains grands fournisseurs.

     >Lire: Carrefour poursuivi par l'Etat pour pratiques commerciales abusives

Après avoir lancé sa propre gamme de produits bio, Carrefour a mis en place des magasins dédiés. Il est vrai que le bio a le vent en poupe. Mais le "bio low cost" fait de plus en plus l'objet de critiques: la "juste rémunération" des producteurs ne serait pas assurée, les prix des produits concurrents seraient augmentés afin d'inciter à l'achat de ceux de marque distributeur...

En France, Carrefour a commercialisé son premier produit bio en 1992, à une époque où le phénomène n'était encore pas du tout tendance : il s'agissait d'une boule de pain dont 4 millions d'unités ont désormais été vendues aujourd'hui ! Depuis 2009, nous consacrons au bio des espaces spécifiques dans les supermarchés et depuis 2013 avons aussi développé 10 magasins dédiés dans toute la France. Dès le départ, nous avons été guidés par la volonté de démocratiser ces produits, en nous appuyant sur notre logistique et notre marché. Mais cela ne s'est pas fait en sacrifiant la qualité : 78% de nos produits bio viennent de producteurs français, avec lesquels nous établissons des partenariats durables. La plupart de leurs packagings sont recyclables et accompagnés de pictogrammes facilitant le tri. Et quelques-unes de ces démarches se sont révélées si économiquement intéressantes qu'elles ont été étendues à des produits non bio, voire parfois low cost. Certes, aujourd'hui, notre conviction est sans doute primée par le désir des consommateurs, mais cela n'a pas toujours été le cas.

Que faites-vous pour réduire vos déchets ?

Lors de la mise en rayon, le tri est assuré par des protocoles spécifiques. Les déchets sont ensuite confiés à des recycleurs privés ou, pour les plus petites surfaces, aux municipalités. Dans notre nouveau magasin de Villiers, nous avons même le projet d'atteindre zéro déchets non valorisés.

Quant au gaspillage, si la pratique des dons aux associations date chez nous de la fin des années 90, nous avons lancé un grand plan de lutte en 2013, en demandant ainsi encore davantage d'efforts à nos collaborateurs. Il nous a déjà permis d'augmenter significativement le volume de nos dons : de 60 millions de repas à 92 millions en 2015. Nous avons aussi retravaillé la date d'expiration de 500 références produits, afin d'en réduire l'écart avec la durée de vie réelle, en reprenant les études microbiologiques et organoleptiques. Pour valoriser les produits consommables mais ne répondant pas à l'ensemble des cahiers de leurs charges, nous avons lancé la marque à prix réduit "Tous anti-gaspi": une démarche qui profite d'ailleurs aussi aux producteurs, en réduisant leurs pertes. Nous promouvons également les solutions complémentaires proposées par diverses start-up et avons récemment participé à une étude de l'Ademe qui nous a mieux permis de mesurer globalement le coût du gaspillage.

     >Lire: Gaspillage alimentaire: les magasins pourraient aisément économiser 70.000 euros par an

L'enseigne a-t-elle mis en place un prix du carbone interne ?

Nos investissements sont déjà orientés par la prise en compte de l'empreinte carbone, et des indicateurs CO2 sont déjà utilisés pour guider nos décisions en matière de transports et de logistique. Un élargissement de cette démarche dans chacun des pays du groupe a été annoncée à la COP22.

     >Lire: Quand Carrefour calcule son prix du carbone

*Si la méthode suivie par l'étude avantage évidemment les secteurs structurellement moins émetteurs (les éditeurs de logiciels, comme Oracle qui figure premier, mais aussi les distributeurs), le bureau de recherche prend néanmoins en compte les émissions liées directement ou indirectement à la fabrication des produits ainsi qu'à leur cycle de vie.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/12/2016 à 14:48 :
Ha Bon ! Georges Plassat ne fume plus le cigare dans son bureau ?😏🙄
a écrit le 14/12/2016 à 10:31 :
Les supermarchés n'étant que des établissement financiers jouant leurs marges sur les délais de paiement, ont largement les moyens de faire ce qu'il faut pour éradiquer leurs émissions carbone, il est dommage que seul carrefour face un minimum d'efforts du coup.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :