Alstom lourdement sanctionné par les marchés pour son intégration trop lente de Bombardier transport

Le numéro deux mondial des équipements ferroviaires fait face à la défiance des investisseurs qui s'impatientent des effets négatifs de l'intégration de Bombardier transport. En cause : un flux de trésorerie qui devrait être dans le rouge jusqu'à la fin de l'année et des surcoûts sur certains contrats. Mais Alstom se veut optimiste et espère un niveau de rentabilité de 8 à 10% d'ici 2025, soit potentiellement la meilleure performance du secteur.

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Sur 10 mois, la valeur du titre Alstom a chuté de 13%, après une nouvelle sanction des marchés ce lundi matin.
Sur 10 mois, la valeur du titre Alstom a chuté de 13%, après une nouvelle sanction des marchés ce lundi matin. (Crédits : REGIS DUVIGNAU)

C'est un retour pour le moins compliqué. Presque un an après avoir réintégré l'indice Cac 40 en remplaçant le titre d'Accor, Alstom enchaîne les déconvenues. Sur dix mois, la valeur du titre a chuté d'environ 13%, après une nouvelle sanction des marchés ce lundi matin. L'action cédait 7,65% à 9H20, à 40,44 euros. Au cœur des vicissitudes, l'acquisition par Alstom de l'activité ferroviaire de Bombardier actée en janvier 2021, une opération qui a coûté plus de 5,5 milliards d'euros au premier et qui n'est pas encore digérée sur le plan opérationnel et financier. Le patron d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, a en effet annoncé hier, à la veille de la journée dédiée aux investisseurs, qu'il faudra trois ans pour absorber totalement le choc de ce mariage. Il s'est tout de même voulu rassurant, estimant qu'après cinq mois d'union, "on ne peut être que très très satisfait de l'intégration".

Une trésorerie dans le rouge au moins jusqu'à la fin de l'année

Les raisons de la défiance des investisseurs portent notamment à court terme sur la trésorerie du groupe. Pour l'année 2021-2022, Alstom s'attend à un flux de trésorerie libre négatif important. Au cours du premier semestre de son exercice, l'entreprise prévoit désormais un flux de trésorerie libre qui devrait ressortir négatif à hauteur de 1,6-1,9 milliard d'euros, et qui devrait laisser le flux dans le rouge jusqu'à la fin de l'année.

Alstom doit également composer avec l'héritage compliqué de certains projets de l'ancienne entité Bombardier transport. En effet, en août 2020, quelques mois avant l'officialisation du deal, le Canadien avait annoncé rencontrer des difficultés sur deux projets majeurs, en Algérie et au Royaume-Uni. La branche ferroviaire a dû inscrire une charge additionnelle de 435 millions de dollars "liée en grande partie à des coûts additionnels d'ingénierie, de certification et de modifications associés à un certain nombre de projets en voie d'achèvement principalement au Royaume-Uni et en Allemagne", précisait alors Bombardier début août.

Les analystes du Crédit Suisse attendent une plus grande visibilité lors de la prochaine réunion investisseurs. "Nous comprenons que Bombardier Transport (BT) reste le principal frein au FCF (trésorerie libre, NDLR) en raison de l'échelonnement de ses projets et nous espérons entendre des commentaires plus détaillés sur la progression du carnet de commandes de BT lors de la journée investisseurs".

William Mackie, analyste de Kepler Chevreux, a de son côté indiqué que les investisseurs seront frustrés à court terme par l'incertitude soulevée par les défis d'intégration de la division de construction ferroviaire du canadien Bombardier et du manque de perspectives sur les bénéfices à court terme.

Des contrats en pagaille

Mais Alstom se veut optimiste. Le groupe a déclaré qu'il entendait stabiliser les projets d'ici deux à trois ans, et tirer pleinement parti des synergies d'ici quatre à cinq ans. À moyen terme, la marge Ebit ajustée devrait atteindre le meilleur niveau de rentabilité de sa catégorie, a déclaré le groupe, soit entre 8 et 10%, à partir de 2024-25.

"Nous avons déjà eu des succès commerciaux que nous n'aurions pas eu l'un ou l'autre séparément", a rappelé le PDG. Selon le groupe, ces succès commerciaux se sont traduit par environ 6 milliards d'euros de commandes au premier trimestre de l'exercice en cours.

Le géant des transports, désormais numéro deux mondial derrière l'entreprise chinoise, CRRC, a en effet signé plusieurs méga-contrats ces derniers mois. Le 18 juin, Alstom annonçait la signature d'un contrat d'un montant de 1,4 milliard d'euros pour la construction au Danemark de 100 trains électriques régionaux. Un autre contrat dépassant le milliard d'euros - un montant rare en Europe - a également été acté afin l'Espagne fin mars. Une opération qui devrait aussi rapporter 1,4 milliard d'euros au groupe. D'autres opportunités business pourraient être saisies d'ici à la fin de l'année 2021, notamment sur les marchés localisés en Scandinavie, Europe de l'Est, Italie, Espagne, Belgique ou encore au Royaume-Uni.

2 milliards d'euros de R&D pour accélérer la mobilité durable

Le contrat danois aura une dimension technologique importante, en ligne avec les ambition du groupe, qui veut accélérer le développement de son train du futur. Le groupe prévoit justement de doubler ses capacité d'investissements en R&D, a ajouté Henri Poupart-Lafarge, en injectant plus de 2 milliards d'euros sur quatre ans, soit environ 3% des ventes annuelles, afin d'aller vers une mobilité plus verte. Pour cela, l'entreprise multiplie les acquisitions, particulièrement dans l'amont de la chaîne de valeur, notamment dans les piles à combustible.

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Commentaire 1
à écrit le 06/07/2021 à 15:23
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Merci pour la culture américaine court-termiste du free cash flow opérationnel, que nos grandes écoles doivent vraisemblablement visser aussi dans les crânes de leurs élèves. Alstom va avoir plus d'encours de production pendant quelques temps, que l...

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