Le patron de Société Générale, Frédéric Oudéa, trouve son avenir chez Sanofi

Le conseil d’administration du groupe pharmaceutique proposera en mai prochain la nomination de Frédéric Oudéa, actuel directeur général de Société Générale, au poste de président non exécutif, en remplacement de Serge Weinberg, en poste depuis 2010. Le patron du groupe bancaire avait annoncé lors de la dernière assemblée générale de la banque son départ, au plus tard en mai 2023.
Frédéric Oudéa, actuel directeur général de Société Générale, doit quitter ses fonctions en mai 2023.
Frédéric Oudéa, actuel directeur général de Société Générale, doit quitter ses fonctions en mai 2023. (Crédits : DR)

De la banque à la pharmacie, il y a un fossé que Frédéric Oudéa, actuel directeur général du Groupe Société Générale, s'apprête à franchir avec l'aisance que l'on prête généralement aux grands dirigeants d'entreprise.

Dans un communiqué publié ce lundi, le groupe pharmaceutique français annonce, en effet, la nomination de ce polytechnicien et énarque de 59 ans, plus ancien dirigeant en exercice d'une banque en France, à son conseil d'administration, en qualité de censeur, avec effet immédiat. Il sera ensuite proposé, lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires, de nommer Frédéric Oudéa président non exécutif du conseil, en remplacement de Serge Weinberg, dont le mandat sera alors arrivé à échéance.

Cette nomination marque l'épilogue de sa décision prise en mai dernier, à la surprise de nombreux observateurs et même de certains de ses proches au comité exécutif, de ne pas solliciter, en mai 2023, un nouveau mandat de directeur général, après quinze années passées à la tête du groupe bancaire. La décision aurait été prise en fait dès le mois de décembre, une fois tous les grands chantiers du groupe bancaire bien sur les rails, comme le rapprochement des réseaux de détail en France ou le rachat du leader européen du leasing automobile LeasePlan.

Un parcours dans l'adversité

Frédéric Oudéa rebondit ainsi où personne ne l'attendait vraiment. Rien de commun en effet entre les métiers de la finance et ceux de l'industrie pharmaceutique, même si Serge Weinberg, président de Sanofi depuis 2010, avait fait une grande partie de sa carrière dans le retail chez PPR (devenu depuis Kering) ou dans la finance (banque Pallas, fonds d'investissement...). Il pourrait y avoir cependant des analogies entre les deux groupes qui chacun, à la leur manière, ont affronté une crise de management et une perte d'identité.

Frédéric Oudéa est arrivé aux commandes de Société Générale en 2008 après l'affaire Kerviel, qui a durablement dégradé l'image de la banque, en pleine crise des subprimes. Une nomination par défaut tant la succession de Daniel Bouton, alors PDG, devait revenir à son dauphin déclaré, Jean-Pierre Mustier, le puissant patron de la banque d'investissement et de marchés, artisan dans les années 2000 du succès de la banque dans les dérivés actions, mais qui a dû démissionner face à l'ampleur du scandale lié à la fraude du trader.

Depuis, Frédéric Oudéa a déployé tous ses efforts pour redresser la réputation et les comptes de la banque, taillant dans les effectifs et dans ses ambitions, notamment sur les marchés. Un travail ingrat, peu mobilisateur en interne, et parfois critiqué quand son éternel rival, BNP Paribas, partait au large à grands renforts d'acquisitions en Europe. Ces deux dernières années, le dirigeant avait cependant réussi à donner un nouveau cap à la banque et de nouvelles ambitions, notamment dans la banque de détail et le leasing, même si la vente forcée de sa filiale russe Rosbank laisse le groupe en panne à l'international.

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Un champion de l'excellence en perte de sens

De son côté, Sanofi, longtemps symbole de l'excellence française dans la recherche pharmaceutique (comme le fût Société Générale sur les marchés), a perdu aujourd'hui beaucoup de son lustre... et de sa valeur en Bourse (avec un cours qui fait du surplace depuis 5 ans). L'incapacité du fleuron de l'industrie pharmaceutique à sortir un vaccin convaincant contre le Covid-19 a été vécu en interne comme un véritable traumatisme et, surtout, comme le résultat de vingt années de gestion qui aurait privilégié la rentabilité à l'innovation, et pour ne pas dire, à l'audace.

La complainte des équipes de Sanofi est aujourd'hui connue : les financiers au pouvoir sont incapables de la moindre prise de risque, qui fait pourtant la fortune des grands laboratoires.

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Pour autant, c'est bien à un financier que le conseil d'administration de Sanofi entend confier les rênes de la présidence. La personnalité de Frédéric Oudéa y est sans doute pour beaucoup. Animal à sang froid, sans beaucoup d'affect dans le travail, l'homme a su surmonter beaucoup d'épreuves et de critiques sans dévier de sa route.

Un homme à poigne donc qui devra avant tout redonner du sens au travail et aux valeurs des équipes de Sanofi, échaudées par cinq plans sociaux en six ans. En revanche, Frédéric Oudéa devra aussi surmonter « son esprit conservateur », selon l'expression de l'un de ses anciens collaborateurs, pour repenser l'avenir de Sanofi dans un secteur en rapide mutation.

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Commentaires 2
à écrit le 08/09/2022 à 16:55
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Pourquoi, il y aurait dans le monde des maisons pharmaceutiques qui ont réussi à sortir un vaccin qui fonctionne?? Honneur à la maison française et à ses hommes qui ont sû rester intègres face à l 'appât du gain!..

à écrit le 05/09/2022 à 16:17
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"De la banque à la pharmacie, il y a un fossé que Frédéric Oudéa, ..." Quelle reconversion de sangsue bancaire à sangsue pharmaceutique...

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