La tension monte autour de l'augmentation de capital d'Areva

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Négociations difficiles avec EDF, volonté de Paris de bloquer la participation du japonais Mitsubishi : la future augmentation de capital d'Areva ne se présente pas sous les meilleurs auspices.

Les incertitudes montent autour du projet d'augmentation de capital du groupe public Areva spécialiste du nucléaire, opération prévue pour le 16 novembre prochain. Notamment sur la volonté du gouvernement de bloquer la participation du groupe japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI) - à laquelle est très hostile son concurrent tricolore Alstom, dont le patron Patrick Kron est depuis longtemps en bisbille avec la présidente d'Areva, Anne Lauvergeon.

Le projet d'alliance entre Areva et EDF pourraient notamment compliquer les dernières négociations.  Un conseil de surveillance du groupe public devrait examiner les offres des candidats potentiels à cette levée de fonds mardi 16 novembre, selon un calendrier dévoilé fin octobre. Le dépôt formel de ces offres est attendu la veille, selon une source proche du dossier.


L'opération, décidée il y a près d'un an et demi, doit permettre à Areva de financer une partie de ses investissements.  Mais l'Etat a introduit un nouveau paramètre dans ce projet en demandant fin juillet à Areva et EDF de nouer une alliance stratégique qui pourrait se traduire par une montée de l'électricien public au capital du fabricant de réacteurs, une fois réalisée l'augmentation de capital de 15%. 

Cette perspective pourrait contrarier les autres clients électriciens d' Areva et freiner les fonds souverains du Qatar et du Koweït, ainsi que Mitsubishi, pressentis pour participer à la levée de fonds d' Areva .  Et les valorisations retenues risquent fort de dépendre en partie de la capacité de l'Etat à répondre aux interrogations des investisseurs. "La principale question reste celle du prix. Le souci, c'est qu'il n'y a pas beaucoup d'acheteurs potentiels et que le prix retenu risque d'être plutôt dans le bas d'une fourchette, souvent évoquée, de 1,5 à trois milliards d'euros", selon Alex Barnett, analyste chez Jefferies. "Si l'Etat veut vraiment boucler la levée de fonds rapidement, on peut s'attendre à tout en termes de valorisation, dans cette fourchette", ajoute-t-il. Selon certains observateurs, la nature du futur partenariat entre EDF et Areva devra être précisée pour rassurer les candidats à l'augmentation de capital.

"DINDON DE LA FARCE"

"Si on se met à la place des acheteurs potentiels, surtout des investisseurs financiers comme les fonds souverains, savoir qu'il y aura potentiellement une autre augmentation de capital avec une montée d'EDF constitue une incertitude supplémentaire qui pèse sur la décision finale", estime un analyste basé à Paris.
Selon un autre analyste, également basé à Paris et qui a requis l'anonymat en raison du caractère "politique" du dossier, "si EDF entre au capital et obtient un siège, il y aura potentiellement un impact négatif sur les perspectives de long terme car on peut se dire que des groupes comme E.ON ou RWE pourraient être réticents a signer des contrats avec Areva ".
"On voit que chacun pousse ses pions, il y a du 'lobbying' dans tous les sens. Il y en aura forcément un qui sera le dindon de la farce."
L'Etat va en outre devoir expliquer la pertinence de la candidature de MHI face aux réticences exprimées par Alstom et EDF, censés être les partenaires naturels d' Areva à l'heure où la filière nucléaire française tente de mieux s'organiser à l'international.
Selon une source industrielle, EDF redoute une forme d'entente entre Areva et MHI alors qu'il fait appel à ces deux fournisseurs exclusivement pour certains composants nucléaires.


"INTERFÉRENCE POLITIQUE"

Du côté d'Alstom, le PDG Patrick Kron a récemment qualifié de "mauvaise idée" l'éventualité de faire entrer MHI, son concurrent dans les turbines pour centrales, au capital d' Areva .
La présidente d' Areva , Anne Lauvergeon, a de son côté tenté de désamorcer ces critiques en annonçant que la participation de MHI se limiterait à 2% environ et serait avant tout symbolique.
"On n'en est pas à Renault-Nissan", a-t-elle ajouté, alors que le constructeur automobile japonais détient 15% du capital du groupe français.
Certains observateurs estiment que l'Etat devrait surtout profiter de l'augmentation de capital d' Areva pour préciser ses projets pour la société, dont il contrôle près de 90% du capital.
"Il y a une grosse interférence politique sur le dossier Areva . On ne voit absolument pas de direction claire sur ce que le gouvernement français souhaite faire du groupe", estime un analyste.

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