EDF a t-il trop procrastiné ? Malgré les alertes insistantes de l’Autorité de sureté du nucléaire, l’énergéticien a tardé avant de décider de la construction de nouvelles capacités d’entreposage pour la part de combustibles usés que l’on ne sait pas -ou pas encore- recycler, faisant peser de sérieux risques sur le fonctionnement de son parc de réacteurs à moyen terme. Désormais placé au pied du mur, EDF envisage d’édifier une méga-piscine d’entreposage sur le site d’Orano de la Hague dans la Manche. Mais le projet rencontre une opposition inhabituelle dans ce coin de France pourtant...... à l’atome. Explication.
Pour quelle raison EDF veut-il construire une nouvelle piscine d'entreposage à La Hague ? Pour bien comprendre les enjeux de ce projet, il faut se souvenir que la France est le dernier pays au monde à retraiter les combustibles usés issus de ses centrales. Imaginé initialement à des fins militaires, le processus abandonné par la Grande Bretagne en 2020 perdure de ce côté-ci de la Manche.
Depuis les années 60, il est entièrement réalisé dans l'usine Orano de La Hague, le plus grand complexe au monde dans sa spécialité. Le procédé chimique consiste à extraire le plutonium des combustibles irradiés, lequel est ensuite transféré dans l'usine Melox de Marcoule (Gard) pour y fabriquer de nouveaux combustibles appelés Mox (un mélange d'uranium appauvri et de plutonium). A l'issue de quoi ce mélange est réinjecté dans une partie des réacteurs en lieu et place de l'uranium enrichi auquel il se substitue à hauteur de 10% du total. De cette singularité française, en découle une autre.
Un stockage centralisé
Là où la majorité de nos voisins stockent les déchets résultant de la fission au voisinage des centrales dont ils proviennent, l'immense « blanchisserie » de La Hague centralise la totalité du combustible usé que génèrent les 56 réacteurs de l'Hexagone et de quelques étrangers. Le matériau y refroidit pendant cinq ans dans de gigantesques piscines avant d'être traité. Problème. Si le recyclage « permet de réduire d'un facteur 10 le nombre d'assemblages de combustibles usés à entreposer dans la durée » comme le fait valoir EDF, il n'en demeure pas moins partiel.
Sur les 1.200 tonnes reçues par le site chaque année, environ 100 tonnes restent sans solution. En cause, l'impossibilité dans l'état actuel de la science d'appliquer un second traitement au Mox usé fortement radioactif et dont la désactivation est très lente : entre cinquante et cent ans. L'énergéticien n'a donc d'autre choix que de l'entreposer sur une très longue période en vue d'une réutilisation ultérieure (encore très hypothétique qui plus est depuis l'arrêt du projet Astrid) ou de son stockage définitif qu'on sait illusoire avant au moins 2035 voire 2040.