Confrontées à des pressions de toutes parts pour se transformer, les sociétés se heurtent à de nombreux obstacles sur le chemin de leur transition. Sans référentiels comparables pour objectiver leurs efforts, elles jouent un jeu d’équilibriste entre volonté de se dévoiler et tentation du greenwashing, qui peut compromettre leurs avancées en la matière, affirme le cabinet de conseil BearingPoint.Consommer plus « vert », mais pas plus cher. Exercer une activité porteuse de sens, mais sans compromettre sa sécurité financière. Investir sur le long terme, mais en voir les fruits rapidement. Autant d'« injonctions contradictoires » de la part des parties prenantes des entreprises - clients, collaborateurs ou actionnaires -, qui peuvent mettre en péril la transition socio-environnementale de celles-ci, considère BearingPoint. Après avoir rencontré une vingtaine de dirigeants de grands groupes, le cabinet de conseil a identifié les défis et les accélérateurs de la transformation profonde des sociétés, confrontées à des difficultés lors de l'opérationnalisation de leur stratégie en la matière.
Les questions sociales et environnementales sont pourtant « aujourd'hui à l'agenda de la grande majorité » d'entre elles, affirme le cabinet. Mais de nombreux freins subsistent. Comme le pilotage des indicateurs de performance, nécessaires pour mesurer la valeur des entreprises au-delà de leurs seuls résultats financiers. « Il n'existe pas de norme homogène pour mesurer leurs efforts. Or, elles ont besoin de points de repères pour avancer », souligne Rémy Sergent, associé chez BearingPoint.
Convergence des référentiels
Il y a bien des réflexions en cours, au niveau européen, sur les notations extra-financières et la mise en place d'une "taxonomie" (c'est-à-dire, la classification des activités selon leur contribution ou non aux objectifs climatiques), afin de faire converger les approches. Et, pour récolter des données, la directive européenne sur le reporting extra-financier, adoptée en 2014, oblige déjà des grandes entreprises à publier des informations sur leurs impacts environnemental et social. Mais, en l'absence de critères techniques définis et comparables d'une société à l'autre, et sans vérification obligatoire, difficile aujourd'hui d'y voir clair.
Surtout, cette absence de métrique homogène et comparable aboutit à un foisonnement d'indicateurs « manipulés différemment selon les organisations », déplore Rémy Sergent. Une étape « naturelle », estime Nicolas Beaumont, senior VP Développement durable et mobilité chez Michelin, interrogé par BearingPoint.