Centrale de Flamanville : pourquoi le gendarme du nucléaire a mis en demeure EDF

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(Crédits : Benoit Tessier)
Lors d'une inspection surprise en pleine nuit sur le site de Flamanville, l'Autorité de sûreté nucléaire a simulé une situation d'urgence relevant d'une agression naturelle extrême et a détecté plusieurs carences en matière d'organisation. EDF est sommé de mettre à jour son plan d'urgence interne au plus tard le 16 avril prochain.

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé mercredi 3 mars avoir mis en demeure EDF de mettre à jour le plan d'urgence interne de sa centrale de Flamanville (Manche). Cette décision fait suite à une inspection inopinée dans la nuit du 11 au 12 janvier dernier, où plusieurs insuffisances ont été relevées.

EDF avait jusqu'au 1er janvier 2021 pour intégrer dans son plan d'urgence interne (PUI), les évolutions demandées par l'ASN dans sa décision de juin 2017. Le plan d'urgence interne est un document qui décrit comment l'exploitant s'organise pour faire face à une situation de crise. Tous les sites de centrales nucléaires doivent en être dotés.

Un travail collaboratif perturbé par la pandémie

L'électricien a prévenu tardivement le gendarme nucléaire, seulement le 14 décembre 2020, qu'il ne pourrait pas mettre à jour ce document dans le temps imparti. Deux raisons ont été invoquées pour expliquer ce retard : la pandémie, qui a perturbé le fonctionnement des équipes. Or la rédaction de ce document exige un travail très transverse et pendant la crise sanitaire il était plus difficile d'organiser des réunions. Et la spécificité de la centrale de Flamanville par rapport aux autres sites nucléaires français. La centrale regroupe en effet deux réacteurs en opération et un réacteur de nouvelle génération (EPR) en construction, avec une incertitude sur l'arrivée des combustibles.

EDF avait toutefois précisé que le site de Flamanville mettait en œuvre une organisation spécifique, comportant un nombre accru d'équipiers de crise en raison de l'intégration des agents de Flamanville 3, lui permettant de répondre efficacement aux objectifs fixés par la réglementation.

Inspection surprise en pleine nuit

Pour éprouver l'efficacité de cette organisation de crise alternative, l'ASN a diligenté dans la nuit du 11 au 12 janvier, une inspection surprise. Six inspecteurs de l'organisation ont ainsi simulé une situation d'urgence relevant d'une agression naturelle extrême, entraînant l'encombrement du réseau routier et un isolement partiel du site.

"C'était un exercice méchant, reconnaît Christophe Quintin, inspecteur en chef à l'ASN. Car dans l'exercice de simulation, la tête de l'équipe de crise était dans l'impossibilité de rejoindre le centre de crise"

En nombre très restreints, les équipiers ont mis plus de deux heures à prévenir les pouvoirs publics de la situation. "Nous avons considéré que ce n'était pas satisfaisant", explique Christophe Quintin. Dans ce genre de situation, lorsque l'équipe de crise n'est pas au complet, les agents présents doivent prendre en charge des responsabilités supplémentaires, sur lesquelles ils ne sont initialement pas formés. Des fiches ad hoc permettent alors de les guider dans les priorités à gérer. "Or ces outils n'étaient pas présents", pointe l'inspecteur en chef.

"Carences en matière d'organisation"

"L'inspection a permis de révéler plusieurs insuffisances dans la capacité à gérer une crise en situation d'aléa extrême, notamment en raison de carences en matière d'organisation, et cela indépendamment du professionnalisme dont ont fait preuve les agents d'astreinte lors de l'inspection inopinée", conclut le gendarme nucléaire.

"Afin que son nouveau plan d'urgence interne puisse être opérationnel au plus tard le 16 octobre 2021" pour les réacteurs 1 et 2 de Flamanville, "EDF est mis en demeure de transmettre" à l'ASN "au plus tard le 16 avril 2021, la mise à jour de son plan d'urgence interne établie conformément" à la réglementation, précise le gendarme nucléaire dans sa décision.

Si une mise en demeure n'est pas respectée cela constitue un délit et entraîne des poursuites pénales.

"La mise en demeure oblige ainsi l'exploitant à respecter ses engagements", explique Christophe Quintin.

EDF s'engage à respecter les délais

Contacté par l'AFP, EDF a indiqué qu'il respecterait les délais indiqués pour se mettre en conformité et qu'il n'avait pas l'intention de saisir le Conseil d'Etat pour faire appel de cette mise en demeure.

Le réacteur 1 de la centrale de Flamanville est actuellement en arrêt pour maintenance et doit redémarrer le 31 mars, une date qui a été repoussée à de multiples reprises. Le réacteur 2 a, quant à lui, redémarré le 12 décembre dernier après 23 mois d'arrêt de maintenance et des dérogations au règlement général d'exploitation. L'arrêt devait au départ durer six mois. La mise en service de l'EPR, dont la construction a débuté en 2007, a elle été repoussée en 2024.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 07/03/2021 à 15:46 :
L'ASN, autorité indépendante, fait son boulot et tape là où ça fait mal. C'est rassurant.
a écrit le 05/03/2021 à 11:00 :
Tout à fait normal que l'ASN le gendarme du nucléaire fasse son travail d'analyse et de protection de la sureté du nucléaire en France. C'est son rôle premier,son travail de titan donc elle le fait et EDF doit s'y plier , malgré tous les déboires des finances d'EDF pour l'avenir. L'ASN doit intervenir !
a écrit le 05/03/2021 à 9:36 :
Dans le crépuscule des idoles de Nietzsche, j'ai lu le verbe "troler", déjà, tandis qu'il expliquait que c'était l'opinion des historiens allemands sur la Grèce antique quand elle était à l'apogée de sa civilisation et que l'on y retrouvait par exemple des philosophes nus dans des tonneaux en pleine cité et tout ces nombreux actes qui semblaient insensés, ils riaient dans la rue, ils criaent, ils dansaient et-c... tandis que pour Nietzsche ce n'était que l"expression d'un excés de force, des réactions saines.
a écrit le 05/03/2021 à 3:42 :
Décidément, les mises à niveau d'EDF ds les nvelles technologies nucléaires restent poussives. Il est urgent pour l'opérateur de reprendre la main ss tarder pour espérer maintenir et développer des compétences et du leadership ds cette filière qui est très loin de disparaitre à l'échelle du monde, quoi qu'en disent les écolos dogmatiques.
a écrit le 04/03/2021 à 20:41 :
17 ans pour construire un EPR et beaucoup de milliards d'euro en plus ! ça n'empêche pas nos chères têtes blondes de le vendre ! (aux anglais, aux finlandais, …) exporter l'incompétence, c'est peut être le remède à une balance commerciale négative ?
a écrit le 04/03/2021 à 19:56 :
Imaginons que cette centrale soit en fonction (j'espère le voir avant de quitter ce monde);
l'ASN aurait-elle demandé l'arrêt définitif en cas de périlleuse défaillance comme un préfet l'aurait obligé pour une PME?
a écrit le 04/03/2021 à 19:19 :
Merci l'ASN, ça fait plaisir de savoir qu'au moins dans ce domaine ultra important nous ayons un garde fous, parce qu'en néolibéralisme des dirigeants complètement fous nous en avons pléthore.

Oui c'est un cas extrême mais la catastrophe de Fukushilma est venue d'un cas extrême hein et les riches avaient auparavant tout saccagé du fait de leur cupidité, si les japonais aveint eu une ASN ils n'en seraient pas là.
a écrit le 04/03/2021 à 16:56 :
Au passage je note la belle transparence de cette action clairement expliquée sur le site de l'ASN. A quand des procédures comparables pour l'industrie chimique?
a écrit le 04/03/2021 à 15:30 :
l'ASN fait son travail, avec conscience, mais force est de constater que nous partons au tapis en terme de production d'électricité si nous n'arrivons pas à avancer. J'ai du mal à croire que la situation est pire que dans les années 70, en terme de sécurité, dans nos installations. Et en ce qui concerne les productions de nos voisins, Belgique avec l'arrêt des réacteurs acté pour 2025, et les allemands, on peut douter qu'ils puissent nous fournir de l'électricité en cas d'anticyclone russo-sibérien sur l'Europe de l'ouest.. Restera donc à bruler du gaz, ce que nous faisons déjà en grandes quantités, et à remercier nos amis russes et le projet Nord Steam 2 si les élus de Bruxelles veuillent bien arrêter de les chatouiller..(Pour rappel, M.Poutine n'est guère sensible aux chatouilles). (à la minute où je parle, merci au site de RTE en temps réel, nucléaire 64%, gaz 11%, éolien 3% de notre consommation d'électricité)..
a écrit le 04/03/2021 à 15:19 :
Si on nous en parle c'est que cela n'est pas fait régulièrement et qu'il s'agit de continuer sur le thème de la peur pour nous faire accepter autre chose!
Réponse de le 05/03/2021 à 10:52 :
Encore un complot...
Ou peut-être que l'ASN fait son travail, tout simplement!
a écrit le 04/03/2021 à 14:51 :
Et alors les sanctions: Un blâme ! Et après 10 blâmes un mauvais point et après 10 mauvais point un rappel au règlement et ainsi de suite jusqu'à l'incident... Les pieds nickelés sont vraiment au pouvoir !

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