Vous êtes membre du Haut Conseil pour le Climat. Vos travaux portent sur les notions de résilience et d'adaptation, deux matières encore jeunes. Pourriez-vous nous en définir le périmètre et donner des applications concrètes ?
Magali Reghezza-Zitt Je travaille sur la prévention des risques de catastrophes liées à des phénomènes naturels, essentiellement les inondations. J'ai aussi travaillé sur les cyclones, les séismes et les éruptions volcaniques. Je n'étudie pas les processus physiques, mais la manière dont ils affectent les sociétés et les territoires, et comment on met en place des réponses, plus ou moins efficaces sur le moment, plus ou moins adaptées à moyen et long terme. Cela me conduit à comprendre aussi bien l'usage des ressources disponibles que la manière dont les différentes parties prenantes vont s'emparer des instruments techniques, juridiques, financiers à leur disposition pour construire des stratégies d'adaptation à la menace. Parce que je suis géographe, je m'intéresse beaucoup à l'aménagement, c'est-à-dire la manière dont les sociétés organisent leur espace de vie, localisent les hommes, les activités, les infrastructures et construisent les relations entre les différents lieux. Le climat qui change rapidement du fait des activités humaines a des conséquences déjà perceptibles sur l'intensité, la fréquence, la précocité, la durée, des processus physiques dont j'étudie les impacts. J'essaie de regarder comment les sociétés répondent à ces impacts de la crise climatique. C'est pour cette expertise que j'ai été nommée au Haut Conseil pour le Climat.
Vous prônez la planification écologique. Qu'attendez-vous d'un État stratège en la matière ?
M.R.-Z. On oppose toujours le national au local. Or, on a besoin des deux. À l'État de définir les grandes orientations, en fixant des priorités, des objectifs, des jalons temps, en fléchant les investissements, les moyens humains et financiers, en vérifiant la cohérence entre les lois et textes réglementaires. Ce pilotage stratégique doit être appuyé sur les connaissances scientifiques, qui permettent aujourd'hui d'avoir un diagnostic robuste du problème à traiter, et des évaluations claires des coûts, mais aussi des bénéfices, des différentes réponses qui existent déjà. Seul un pilotage fort, interministériel, avec une évaluation régulière peut permettre de tenir le cap et d'avoir la vision transversale nécessaire, en étant attentif à l'indispensable équité dans la répartition des efforts, des soutiens et des bénéfices retirés de l'action climatique. C'est cela la planification : une trajectoire, pour une action qui active tous les leviers (technique, juridique, fiscal, économique, social, environnemental) et permette de mettre en cohérence les actions entre les différents secteurs (énergie, bâtiments, transports, agriculture, industrie, mais aussi eau, tourisme, prévention des risques, gestion de crise), les différents enjeux (santé, pouvoir d'achat, logement, éducation et formation, emploi, sécurité, bien-être, démocratie), les différents niveaux territoriaux, d'arbitrer lorsque c'est nécessaire. Ensuite, l'action est forcément territorialisée, c'est-à-dire portée, négociée, mise en œuvre dans les territoires, et adaptée aux spécificités locales.