Electricité : le suédois Vattenfall se lance à son tour sur le marché des particuliers

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Le suédois Vattenfall propose aux ménages français une électricité décarbonée
Le suédois Vattenfall propose aux ménages français une électricité décarbonée (Crédits : Ben Barden / Vattenfall)
L’énergéticien centenaire, propriété de l’État suédois, est présent sur le marché français des entreprises depuis 2000. Son PDG est venu annoncer ce 1er octobre qu’il vendra désormais aussi gaz et électricité aux ménages, et vise le top 5 dans les 5 ans.

Dix ans après son ouverture à la concurrence, le marché résidentiel français de l'électricité suscite bien des convoitises. 50% des consommateurs ignorent encore qu'ils peuvent choisir leur fournisseur, mais 100.000 d'entre eux quittent l'opérateur historique EDF pour s'en aller tester les offres concurrentes aux tarifs réglementés. Les nouveaux entrants se bousculent au portillon. Derniers arrivés : le distributeur Leclerc (après le spécialiste français de l'e-commerce et filiale de Casino C-Discount) et la startup Ohm. Ils rejoignent des géants de l'énergie : l'italien ENI, mais surtout les français Engie et Total (qui a racheté Direct Energie, premier alternatif à s'être imposé sur le marché français, et ses 2.6 millions de clients), se sont mis sur les rangs en affichant de grandes ambitions.

Offre 12% moins chère que les tarifs réglementés

Le suédois Vattenfall, sixième producteur européen d'électricité (13 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 20.000 salariés et 11.000 clients en 2017) présent dans 7 pays, vise, lui le top 5 dans les 5 prochaines années. Plus précisément « entre quelques centaines de milliers et un million de clients », précise son PDF Magnus Hall. Pour ce faire, il mise sur une offre 100% décarbonée, vendue 12% moins cher que les tarifs réglementés (TRV). Pour le gaz, il propose deux options : une offre à prix fixe sur trois ans ou une offre indexée sur les tarifs réglementés.

Pour l'électricité, l'offre se veut simple et transparente, sans bon d'achat à l'inverse d'un Leclerc (qui promet jusqu'à 20% de rabais sur les TRV), et valable tous les jours à l'inverse des offres weekends (jusqu'à 30% en -dessous des TRV) proposées par EDF, Engie, ou encore Ohm. Une offre qui « véhicule le sérieux et la responsabilité de la marque », conclut le patron français de Vattenfall Energies SA Henri Reboullet. Cette offre sera distribuée au travers de plusieurs canaux : les partenariats avec les comparateurs de prix (qui occupent une place grandissante sur le marché), la télévente via un site développé à cet effet et le marketing digital.

65% d'électricité décarbonée, dont 35% d'origine renouvelable

Lui-même encore producteur de nucléaire en Suède (après avoir fermé ses réacteurs allemands), Vattenfall entend bien « profiter de la compétitivité du nucléaire français », précise Henri Reboullet. Autrement dit, de l'obligation faite à EDF via le mécanisme de l'ARENH (accès régulé à l'électricité nucléaire historique) de vendre jusqu'à 100 térawattheures (TWh) par an de son électricité nucléaire à un prix fixé par le régulateur, actuellement de 42 euros le mégawattheure. Alors qu'EDF plaide pour la suppression de ce dispositif qui l'oblige à vendre moins cher que son coût de production, et que l'administration française envisage d'en durcir l'accès, Vattenfall se joint aux autres fournisseurs alternatifs qui militent pour son déplafonnement, au moins pour le passage de 100 à 150 TWh par an. D'autant que pour s'approvisionner sur les marchés, il faut aujourd'hui débourser depuis août jusqu'à 60 euros/MWh contre 42 en fin d'année dernière.

Le solde de l'électricité que Vatenfall vendra aux ménages français sera composé de renouvelables, en partie via le mécanisme des garanties d'origine, qui permettent de financer la production quelque part en Europe d'un volume d'électricité renouvelable équivalent au volume vendu en France. S'affranchissant par avance de la polémique portant sur le caractère plus ou moins vert des offres proposées par les grands énergéticiens,

le patron français de Vattenfall l'affirme : « Aujourd'hui, l'urgence c'est le climat ».

La promesse du suédois est d'ailleurs claire : « Une vie sans carbone dans une génération. » Donc, une énergie décarbonée, y compris d'origine nucléaire. Aujourd'hui, les renouvelables ne représentent que 35% des 127 TWh que Vantefall produit chaque année (pour 30% de nucléaire et 35 d'électricité fossile). L'entreprise cède petit à petit ses actifs de production à base d'énergies fossiles, « mais n'a pas la solution pour l'ensemble de son parc fossile », reconnaît le PDG du groupe, qui précise que 100% des nouveaux investissements se font dans les renouvelables.

Candidat pour le parc éolien offshore de Dunkerque

Notamment dans l'éolien offshore, où Vattenfall est l'un des leaders mondiaux avec 12 parcs en exploitation dans 5 pays pour une capacité installée de 1,7 GW, plus 6,3 GW en construction. Forte de son expérience, l'entreprise, qui se targue notamment d'être la première à avoir mené un projet jusqu'au démantèlement, est avec ses partenaires la Caisse des dépôts et le développeur allemand WPD, l'un des neuf candidats à l'appel d'offres concernant un parc de 500 MW au large de Dunkerque. A quelques semaines de la publication du cahier des charges définitif qui doit intervenir en octobre, Yara Chaktoura, la directrice générale de Vattenfall Eolien SAS, se montre confiante. D'autant plus s'il s'agit de prouver que l'éolien offshore peut être bon marché. En effet, le suédois a déjà fait la preuve de sa capacité à se montrer particulièrement compétitif : il a remporté en 2016 le premier appel d'offres en dessous des 50 euros le mégawattheure pour un parc au large du Danemark et en mars 2018, le premier appel d'offres sans subvention pour un champ éolien au large des Pays-Bas.

Le suédois, très présent dans l'hydroélectricité sur son marché domestique, reconnaît être « intéressé » par la probable ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques françaises en 2019, « mais pas sans validation économique. »

En plus de son offre de vente d'électricité et de gaz aux particuliers, qui sera soutenue par une vaste campagne média (TV, radio et digitale), Vattenfall va également commercialiser des bornes de recharge de véhicules électriques et peaufine une offre d'autoconsommation pour les petites entreprises et le grand public.

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Commentaires
a écrit le 01/10/2018 à 20:53 :
Et si on ouvrait aussi à la concurrence les barrages hydroélectriques de Vattenfall ?
Réponse de le 02/10/2018 à 11:41 :
Les marchés hydroélectriques et énergétiques scandinaves sont ouverts depuis longtemps. Le gouvernement suédois possède environ 48% de la capacité de production hydro, les entreprises étrangères environ 25%, les municipalités 20% et autres 7 %. 70 % de l'électricité hydroélectrique provient des rivières. Il y a environ 1800 centrales hydroélectriques en Suède, mais environ 1600 d'entre elles ont moins de 10 MW de capacité et 14 une capacité supérieure à 200 MW. La plus grande est Harsprånget à Lule älv (977 MW). En année normale, l’hydro fournit environ 64 TWh, une année très pluvieuse jusqu'à 75 TWh, une année vraiment sèche 50 TWh. Le droit suédois fait que beaucoup de centrales appartiennent aux propriétaires des rives des fleuves. C’est pourquoi plusieurs compagnies d’électricité ont des centrales hydroélectriques le long de la même rivière. L'hydroélectricité est hautement réglementée en Suède. Près de la moitié de la production provient de l'eau stockée dans des réservoirs. Le potentiel naturel total pourrait atteindre 200 TWh mais 95 TWh par an pourraient être économiquement rentables. 64 TWh est déjà développé, il pourrait donc y avoir des ressources supplémentaires pour 31 TWh. Toutefois la plupart de la ressources se trouve au Nord de la Suède. En 1909 la restructuration du canal et de la centrale hydroélectrique de Trollhättan en faveur du "Conseil national suédois de l'électricité" marque la naissance de Vattenfall. L'État suédois avait acheté les droits sur l'eau à Trollhättan quelques années auparavant et participait activement au développement de cette, alors, nouvelle technologie de production d'électricité. En 1992 Vattenfall, entreprise publique, devient la société à responsabilité limitée Vattenfall AB. La responsabilité du réseau national - le réseau à haute tension suédois - est transférée à la nouvelle autorité publique Svenska Kraftnät. Quant à la Finlande voisine la marché est encore plus ouvert, elle compte 140 compagnies d’électricité et environ 400 centrales électriques, dont la moitié sont des centrales hydroélectriques. L'électricité est aussi importés des marchés de l'électricité russe et nordique. Kemijoki Oy possède la plupart des plus grandes centrales hydroélectriques avec secondairement Fortum. Leur marché est ouvert puisque l'on y construit une centrale nucléaire tristement célèbre pour ses retards, surcoûts etc.
Réponse de le 02/10/2018 à 13:05 :
Les marchés hydroélectriques et énergétiques scandinaves sont ouverts depuis longtemps. Le gouvernement suédois possède environ 48% de la capacité de production hydro, les entreprises étrangères environ 25%, les municipalités 20% et autres 7 %. 70 % de l'électricité hydroélectrique provient des rivières. Il y a environ 1800 centrales hydroélectriques en Suède, mais environ 1600 d'entre elles ont moins de 10 MW de capacité et 14 une capacité supérieure à 200 MW. La plus grande est Harsprånget à Lule älv (977 MW). En année normale, l’hydro fournit environ 64 TWh, une année très pluvieuse jusqu'à 75 TWh, une année vraiment sèche 50 TWh. Le droit suédois fait que beaucoup de centrales appartiennent aux propriétaires des rives des fleuves. C’est pourquoi plusieurs compagnies d’électricité ont des centrales hydroélectriques le long de la même rivière. L'hydroélectricité est hautement réglementée en Suède. Près de la moitié de la production provient de l'eau stockée dans des réservoirs. Le potentiel naturel total pourrait atteindre 200 TWh mais 95 TWh par an pourraient être économiquement rentables. 64 TWh est déjà développé, il pourrait donc y avoir des ressources supplémentaires pour 31 TWh. Toutefois la plupart de la ressources se trouve au Nord de la Suède. En 1909 la restructuration du canal et de la centrale hydroélectrique de Trollhättan en faveur du "Conseil national suédois de l'électricité" marque la naissance de Vattenfall. L'État suédois avait acheté les droits sur l'eau à Trollhättan quelques années auparavant et participait activement au développement de cette, alors, nouvelle technologie de production d'électricité. En 1992 Vattenfall, entreprise publique, devient la société à responsabilité limitée Vattenfall AB. La responsabilité du réseau national - le réseau à haute tension suédois - est transférée à la nouvelle autorité publique Svenska Kraftnät. Quant à la Finlande voisine la marché est encore plus ouvert, elle compte 140 compagnies d’électricité et
environ 400 centrales électriques, dont la moitié sont des centrales hydroélectriques. L'électricité est aussi
importés des marchés de l'électricité russe et nordique. Kemijoki Oy possède la plupart des plus grandes centrales hydroélectriques avec secondairement Fortum. Leur marché est ouvert puisque l'on y construit une centrale nucléaire tristement célèbre pour ses retards, surcoûts etc.
a écrit le 01/10/2018 à 19:15 :
Je partirais tout de suite chez Vatenfall si on me permettait de me passer d'Enedis et de son compteur Linky. Malheureusement, ce n'est pas le cas car contrairement à l'Allemagne (800 distributeurs d'électricité),Enedis a le monopole total de la distribution d'électricité en France.Messieurs les régulateurs,on ne pourrait pas introduire un peu de concurrence dans la distribution d'électricité en France?
a écrit le 01/10/2018 à 18:43 :
Vattenfall c'est "vert", ça veut dire chute d'eau.
On va avoir du mal à s''y retrouver dans tout ça. Je suis chez Dire** mais regardais ce que Lecle** pourrait m'apporter, 34€/an en bons d'achats, j'hésite, ai déjà économisé 100€/an en remplaçant ma VMC (amortie en août cette année, bénef à venir), à savoir quelle interface est disponible pour le suivi Linky (absent 7 jours j'ai pu voir sur le site web que le compteur l'avait bien vu, consommation réduite 1,67kWh/jour en moyenne).
Les projets de 'fermes' de panneaux photovoltaïques en Grèce, ça avance (le soleil est là) ? Le maillage des pays existe déjà (pour vendre/acheter aux voisins en cas de pic).

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