En s'engageant sur un prix du megawatt au ras des pâquerettes pour le futur parc éolien offshore du Cotentin, EDF prend-il le risque de favoriser des fournisseurs étrangers au détriment des acteurs locaux ? C'est la question que se posent beaucoup de dirigeants normands au lendemain de l'annonce du choix de la ministre de la transition énergétique. Agnès Pannier-Runacher a beau assurer que les critères introduits dans la procédure sur le taux de recours à des PME vont « renforcer le rayonnement du projet sur l'économie locale », la promesse est accueillie avec circonspection sur le terrain.
« Le contenu local, je n'y crois pas une seconde. Ce ne sont que de belles paroles qui ne me font ni chaud, ni froid », commente sans détour la plongeuse Marie Sciboz, patronne de CERES, une petite entreprise (10 salariés) de la Manche passée experte dans l'analyse de données géophysiques en mer. L'intéressée estime avoir de bonnes raisons de douter. Bien que la Normandie soit en passe de devenir une place forte de l'éolien marin avec cinq parcs à venir au large de ses cotes, CERES n'a jamais réussi à se ménager une place sur ce marché, malgré ses trente ans d'expérience dans le maritime. Au grand dam de sa directrice. « On ne fait appel à nous que dans l'urgence pour des toutes petites missions », tance-t-elle visiblement agacée.