La voiture électrique n’effraie pas BP

Dans l’édition 2017 de son « Energy Outlook », le pétrolier estime à 100 millions le parc de véhicules électriques en circulation dans le monde 2035, ce qui ne devrait pas affecter la demande en carburant.
Dominique Pialot
La demande de pétrole devrait augmenter jusqu'en 2040 d'après BP
La demande de pétrole devrait augmenter jusqu'en 2040 d'après BP (Crédits : Reuters)

Comme chaque année, la major British Petroleum publie ses prédictions concernant l'évolution du secteur énergétique mondial. Un exercice qui prend d'autant plus de relief dans le contexte actuel, qui voit le monde de l'énergie traversé par de multiples bouleversements : baisse inédite (avant rebond) des prix du pétrole, effondrement des prix de gros de l'électricité en Europe, intégration du marché mondial du gaz au travers du GNL (gaz naturel liquéfié), effondrement des coûts des énergies renouvelables, incertitudes sur le nucléaire dans certains pays, etc.

Pic de consommation pétrolière en 2040

Principal enseignement de ce rapport : la demande en énergie va croître d'un tiers dans les 20 prochaines années, avec un mix énergétique composé à 75% d'énergies fossiles en 2035. La consommation de pétrole, en particulier, va poursuivre sa hausse jusque dans les années 2040, une estimation plus tardive que celle de Shell, qui situe ce plafond dans les années 2030. Cette croissance sera alimentée essentiellement par le développement des classes moyennes en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.

Mais selon BP, les réserves actuelles permettraient de couvrir deux fois la demande en pétrole d'ici à 2050. Dans ce contexte, les entreprises capables de produire au meilleur coût (producteurs américains de gaz de schiste, membres de l'OPEP ou Russie) devraient grignoter des parts de marché au détriment de producteurs opérant au large du Brésil, en Mer du Nord ou en Asie.

100 millions de voitures électriques en 2035

L'évolution du marché de la voiture électrique est l'un des sujets que BP suit de près. Depuis son édition de 2016, le pétrolier a revu à la hausse ses prévisions, de 70 millions à 100 millions à l'horizon 2035, soit une multiplication par 100 du parc actuel et 5 à 6% du parc mondial, qui devrait doubler dans le même temps. Mais cette estimation reste très inférieure à celles établies par d'autres experts de l'énergie. Ainsi, Bloomberg Energy Finance voit 200 voitures électriques sur les routes en 2035. Dale Spenser explique les multiples inconnues qui rendent complexe cette estimation : évolution des standards en vigueur, du prix des batteries, des prix du baril de pétrole, des politiques appliquées, de l'efficacité des moteurs thermiques...sans compter celles des préférences des consommateurs.

Le pétrolier anticipe aussi le développement de solutions alternatives à la voiture individuelle telles que la voiture autonome, le covoiturage et l'autopartage. Son économiste en chef Dale Spencer reconnaît qu'une combinaison de ces nouvelles modalités réservées aux seules voitures électriques pourrait avoir un impact significatif sur la demande en carburant. Mais à ce jour, il n'en attend qu'un effet limité et estime que cette demande devrait passer de 19 millions de barils par jour aujourd'hui à 23 millions en 2035. En revanche, les dérivés pétroliers tels que le plastique et d'autres matériaux issus de la pétrochimie, boostés par le développement des classes moyennes dans les pays émergents, devraient jouer un rôle croissant dans la hausse de la consommation globale de pétrole, au détriment des carburants et du secteur énergétique.

Vers une intégration croissante des marchés du gaz

Quant au gaz, BP lui prédit un avenir radieux, avec un taux de croissance annuel de +1,6% d'ici à 2035, supérieur à ceux du pétrole et plus encore, du charbon, qui devrait atteindre son pic aux alentours de 2025, sous l'effet de la baisse de consommation en Chine. Les deux-tiers de la croissance seraient absorbés par le gaz de schiste chinois et  américain. Autre évolution majeure : une intégration croissante des marchés du gaz liée au développement du GNL (gaz naturel liquéfié). Facilement transportable par bateau, celui-ci peut en effet être exporté par les pays producteurs (notamment Australie et Etats-Unis) vers les marchés économiquement les plus attractifs.

Des émissions de gaz à effet de serre incompatibles avec l'Accord de Paris

Sur les énergies renouvelables, BP, régulièrement accusé par le passé d'en avoir sous-estimé la progression, se rattrape cette année. Il leur prédit en effet un quadruplement des capacités installées à un rythme annuel de 7,6%, leur permettant d'atteindre 10% du mix énergétique mondial. Si l'Europe reste leader en termes de pénétration des renouvelables dans le mix, cette croissance est essentiellement due à la Chine, qui installe chaque année à elle seule plus que les Etats-Unis et l'Europe réunis. Autre point saillant : 80% de cette consommation supplémentaire d'énergie serait d'origine électrique.

Face à une efficacité énergétique qui progresse dans le monde entier et dans tous les secteurs de l'économie et explique un découplage de plus en plus évident entre croissance économique et croissance des émissions, BP a également révisé une nouvelle fois sa position concernant les émissions de gaz à effet de serre : alors qu'en 2011 il les voyait croître de 1,2% par an, dans les vingt prochaines années, ce taux est passé à 0,9% par an en 2016, puis affiche 0,6% en 2017. Soit un tiers de leur croissance annuelle des vingt dernières années. Mais ce qui représente encore une hausse de 13% d'ici à 2035, quand elles devraient baisser de 30% pour respecter l'Accord de Paris. En cause, selon le pétrolier : un manque de réglementations favorisant leur diminution, notamment d'un prix du carbone suffisamment incitatif.

Dominique Pialot

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Commentaires 2
à écrit le 27/01/2017 à 0:15
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À un moment, il va bien falloir s'interroger sur le bilan carbone du véhicule électrique. Et meme dans des pays où la production ne repose pas sur les centrales à charbon, ce bilan n'est pas meilleur que le véhicule traditionnel.

le 27/01/2017 à 8:25
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ca reste a prouver. pour la fabrication du vehicule, leger avantage au vehicule electrique qui est plus simple (un moteur electrique est plus facile a piloter qu un moteur a combustion). Au niveau du fonctionnement, le moteur a explosion, c est quand...

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