Le patron de Danone évincé avec effet immédiat, victoire d'Artisan et Bluebell Capital

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Emmanuel Faber était directeur général de Danone depuis 2014, et PDG depuis 2017.
Emmanuel Faber était directeur général de Danone depuis 2014, et PDG depuis 2017. (Crédits : Reuters)
Depuis plusieurs mois, Emmanuel Faber était dans le collimateur de certains actionnaires activistes qui contestaient sa stratégie et sa gestion de la crise du Covid-19, l'accusant d'être moins performant que ses concurrents dans ce contexte, sur fond de baisse des ventes, de la rentabilité, et d'effondrement de la valeur en Bourse.

Depuis l'automne, il était sur le fil du rasoir. Emmanuel Faber, le PDG de Danone, a finalement été évincé de la tête du groupe agroalimentaire, "avec effet immédiat", annonce un communiqué publié lundi 15 mars.

La présidence du conseil d'administration est attribuée à Gilles Schnepp, ex-patron historique du fabricant de matériel électrique Legrand. En attendant de trouver un nouveau directeur général "d'envergure internationale", "la continuité de l'opérationnel" sera assurée par un duo intérimaire, composé d'une directrice générale, Véronique Penchienati-Bosetta, et d'un directeur général délégué, Shane Grant.

Une société à mission et un plan de réorganisation

Emmanuel Faber était directeur général de Danone depuis 2014, et PDG depuis 2017. Connu pour être un patron humaniste impliqué dans le mouvement visant à accroître la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, il avait obtenu en juin que Danone devienne la première société à mission du CAC 40: une décision approuvée par les actionnaires réunis en assemblée générale ordinaire à la quasi-unanimité.

Lire: Les Prés Rient Bio, quand le sort des éleveurs inspire l'intrapreneuriat chez Danone

En octobre 2020, il avait toutefois dû aussi engager un plan de réorganisation et de réduction des coûts -toujours en cours de négociation avec les syndicats- impliquant jusqu'à 2.000 suppressions de postes dans le monde. Baptisé "Local First", il vise à rendre Danone plus "agile" et plus proche de la demande locale, ainsi qu'à générer des économies en supprimant des strates hiérarchiques.

Lire: Mathias Vicherat, Danone : « La loi Pacte n'interdit pas aux entreprises à mission de se réorganiser »

Évincé de la direction générale 15 jours plus tôt

Depuis plusieurs mois, toutefois, des actionnaires contestaient sa stratégie et sa gestion de la crise du Covid-19 par rapport aux performances de ses concurrents. Il s'agissait notamment des fonds d'investissement Artisan Partners, troisième actionnaire de Danone avec environ 3% du capital, et Bluebell Capital Partners.

Lire: Danone: les ventes baissent mais le PDG, attaqué, promet une "année de reprise"

Face à cette fronde, le 1er mars, le conseil d'administration du groupe agroalimentaire avait accédé à l'une des demandes de ces actionnaires: la dissociation des postes de président et de directeur général. Emmanuel Faber gardait ainsi seulement la présidence du conseil, tout en continuant d'assurer l'intérim à la direction générale pendant la procédure de sélection de la personne qui le remplacerait.

Une décision qui avait été interprétée comme une confirmation néanmoins de la pertinence de sa stratégie. Dès le surlendemain, Artisan Partners était toutefois revenu à la charge, en incitant "vivement le conseil à revoir sa position" et en appelant  à nommer "immédiatement" un président "vraiment indépendant".

Lire aussi: Loi Pacte : «l'intérêt social laisse aux actionnaires le pouvoir de décider des OPA»

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Commentaires
a écrit le 16/03/2021 à 12:38 :
Découvrez en détails comment Danone s'est ridiculisé lors de son installation en Chine en lisant "Mémoires chinoises" de Jean Tuan, chez C.L.C. Editions. Les derniers exemplaires sont disponibles via les principaux sites de ventes sur internet / Lecture à ne pas manquer...
a écrit le 15/03/2021 à 16:55 :
En fait c'est un très mauvais signal pour le changement climatique.

Les actionnaires disent en substance : l'environnement, "ça commence à bien faire"
a écrit le 15/03/2021 à 16:36 :
Et oui !! L'Entreprise " à mission " a faillit, non pas forcément vis à vis de ses clients et de ses fournisseurs. Sauf que l'actionnaire a finalement tranché: le bon, la mission...d'accord...Mais le grisbi, d'abord !!
Tiens, ça me rappelle le thème sans équivoque de certains western spaghetti.
a écrit le 15/03/2021 à 16:06 :
C est buste lamentable, quabd ces fonds de pensions veulent être les maitres du monde.....qu un jour ce soit le contraire....
Tous contre la France, celle ci est actuellement beaucoup trop fragile, très très mal dirigée, la Merkel en paie déjà le prix d avoir cèdee pour les vaccins, dont la France à mis la Ursula comme présidente de UE.
Et tout va de travers, un peu comme tout le reste dans ce pays. A force de vouloir mettre des incompétents on fini par sombré.....
a écrit le 15/03/2021 à 10:56 :
Eh oui il ne faut jamais oublié que nos grands patrons ne sont que des managers subordonnés aux conseils d'administrations c.à.d aux actionnaires et qu'en France nos entreprises ont pour actionnaires les fonds de pensions et d'investissements étrangers qui imposent leurs stratégies. Pendant ce temps, nous qui proclamons à tue tête notre volonté de souveraineté plaçons nos 450 Milliards d'épargne dans des livrets défiscalisés. Cherchez l'erreur !
a écrit le 15/03/2021 à 9:59 :
Ca fait un moment que j'essaye de comprendre tout ce fatras et je ne vois pas pourquoi cette crise chez Danone, c'était quoi le problème avec Faber ? Parce que l'excuse d'une gestion autoritaire est quand même à mourir de rire au sein d'un contexte économique de de dictature financière, soit ils n'en disent pas assez, soit trop et maintenant du coup c'est pas assez...
Réponse de le 15/03/2021 à 10:16 :
Ceux qui l'ont poussé dehors "jugent que sous sa direction Danone avait décliné par rapport à ses principaux concurrents." (dont Nestlé). Il faut maximiser le profit, pas vouloir que les clients mangent "mieux", c'est pas l'essence d'une entreprise capitalistique. $$$$$ avant tout.
Réponse de le 15/03/2021 à 10:33 :
Ok si c'est ça, vu l'obscurantisme hallucinant qu'est l'agroindustrie ça s'entend parfaitement, on se demande même comment il a fait pour y tenir aussi longtemps, merci.

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