Emmanuel Faber, le fidèle de Danone, qui devra assumer l'héritage Riboud

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Diplômé d'HEC, Emmanuel Faber a débuté sa carrière au cabinet de conseil Bain & Company, puis chez la banque Baring Brothers.
Diplômé d'HEC, Emmanuel Faber a débuté sa carrière au cabinet de conseil Bain & Company, puis chez la banque Baring Brothers. (Crédits : Danone)
A 50 ans, celui qui jusqu'à présent était vice-président du Conseil d'administration du groupe se voit confier les reines de l'entreprise par Franck Riboud, fils du fondateur. Entré dans la société en 1997, il en a gravi depuis tous les échelons, participant aux principaux choix stratégiques.

Vice-président du Conseil d'administration de Danone depuis 2011 (aux côtés de Bernard Hours), il était de longue date, selon Le Figaro, le favori à la succession du patron du groupe alimentaire, Franck Riboud. Mercredi, le choix a été formalisé: Emmanuel Faber, 50 ans, directeur général délégué en charge des fonctions "corporate" (finances, ressources humaines etc.) depuis 2008, assurera à partir du 1er octobre la direction opérationnelle de l'entreprise.

Franck Riboud - fils du fondateur de Danone, Antoine Riboud -, ne conservera désormais que la présidence du Conseil d'administration, alors que son deuxième adjoint, Bernard Hours, jusqu'à présent en charge des fonctions opérationnelles de la société (et avec qui Emmanuel Faber partageait son bureau), est remercié.

 Dirigeant chez Danone depuis 1997

Ce sera ainsi la première fois qu'un dirigeant non membre de la famille Riboud assurera la direction opérationnelle de l'entreprise puisque, depuis la naissance du groupe Danone en 1972, celui-ci n'a connu que la succession entre père et fils en 1996. Il n'empêche que le choix, dont l'objectif affiché est de "préparer le futur" et permettre "l'accession d'une nouvelle génération à la direction de Danone" (selon un communiqué du groupe), reste empreint d'"une grande part d'affect", a précisé Franck Riboud lui-même dans les colonnes du Figaro.

Diplômé d'HEC, Emmanuel Faber est en effet un ancien fidèle chez Danone, où il est entré, en tant que directeur des finances, des stratégies et des systèmes d'information, en 1997, après avoir débuté sa carrière au cabinet de conseil Bain & Company, puis chez la banque Baring Brothers.

Rompu aux stratégies du groupe

Il a ainsi pu participer de près à l'élaboration de la stratégie de recentrage du groupe poursuivie par Franck Riboud, qui a conduit à la cession de produits tels que le champagne Lanson, les pâtes Panzani, la bière Kronenbourg, la moutarde Amora, les soupes Liebig, les conserves William Saurin, les biscuits Lu et même le mythique Carambar, pour ne conserver que quatre pôles d'activités: les produits laitiers frais, les eaux, la nutrition pour bébé et la nutrition médicale.

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Nommé en 2005 vice-président de la zone Asie Pacifique en charge des activités opérationnelles, et expatrié à Shangaï, il a également été directement confronté au processus d'internationalisation du groupe, qui aujourd'hui reste l'un de ses principaux défis: Danone en 2014, c'est plus de 20 milliards de chiffre d'affaires dont 60% réalisés hors Europe et seulement 10% en France.

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Emmanuel Faber, qui affirme refuser "la loi du plus fort", présente par ailleurs un autre atout pour l'entreprise: rassurer les 100.000 salariés de Danone sur l'engagement de la direction d'éviter que le groupe soit englouti par de plus grands. En 2005, peu après des rumeurs d'offensive de PepsiCo, Franck Riboud, cité par Le Figaro, confiait: "Si Danone est victime d'une OPA inamicale, ce sera le premier à partir".

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 "Un autre monde est possible"

Fidèle, Emmanuel Faber le sera probablement aussi à la volonté de tenter de concilier richesse économique et développement humaine affichée par Danone depuis un célèbre discours de son fondateur en 1972. Ce chrétien pratiquant, qui a confié à La Croix avoir choisi des études commerciales "par hasard", "parce que les matières étaient plus éclectiques", milite pour un fonctionnement de l'économie délivré de la seule logique financière.

En ce sens, une rencontre avec Muhammad Yunus, l'inventeur du microcrédit Nobel de la paix en 2006, a été fondamentale, reconnaît-il. Elle aboutira à la création au Bangladesh d'une filiale commune entre Danone et la Grameen Bank de Yunus, produisant des yaourts hautement nutritifs à très bas prix et fabriqués comme commercialisés suivant les principes du commerce équitable. D'autres projets d'entrepreneuriat social et de développement durable seront lancés par la suite par Danone montrant, selon Emmanuel Faber, qu'"un autre monde est possible".

Marié, père de trois enfants, le manager n'hésite d'ailleurs pas à consacrer ses heures matinales à la rédaction de livres traduisant ses idées d'éthique économique (Main basse sur la Cité en 1992, Chemins de traverse en 2011), voire à consacrer ses jours de congé à du bénévolat ou à des retraites spirituelles. Il a aussi été l'un des trois parrains français des Journées mondiales de la jeunesse en 2011. La direction du grand groupe sera sans doute son occasion ultime d'éprouver le choix assumé depuis les débuts de sa carrière pour concilier ses convictions avec sa vie professionnelle: "l'infiltration et le risque de la compromission".

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Commentaires
a écrit le 04/09/2014 à 9:08 :
Pauvres reines de Danone, confiées à E. Faber. Que vont dire leurs rois ?

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