GRAND ENTRETIEN. PDG d'EDF entre 2004 et 2009, Pierre Gadonneix est notamment l'homme qui lancé le projet d'EPR à Flamanville en 2004, mené l'entrée en Bourse de l'électricien en 2005, puis la prise de contrôle de British Energy en 2008. Aujourd'hui Président d'honneur d'EDF, il décrypte pour La Tribune le plan de relance du nucléaire du gouvernement français et détaille les conditions qu'il faut remplir à ses yeux pour le réussir. Financement, régulation, nationalisation d'EDF, sûreté, attitudes des...LA TRIBUNE - Des pays non nucléarisés manifestent aujourd'hui leur intérêt pour l'électronucléaire, d'autres comme la France accélèrent, d'autres encore prolongent la durée de vie de leurs centrales, y compris ceux qui avaient annoncé sortir de l'atome comme l'Allemagne et la Belgique. Douze ans après l'accident de Fukushima, quel regard portez-vous sur ce regain d'intérêt pour l'atome ?
PIERRE GADONNEIX - Il y a toujours eu un intérêt pour le nucléaire. Les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine...il y a toujours eu de nombreux pays qui ont fait le choix du nucléaire et d'autres qui ont été plus réticents, comme l'Allemagne même si elle a construit des centrales, et l'Autriche. A l'échelle de la planète, c'est surtout en Europe que l'impact de Fukushima sur l'opinion et certains gouvernements a été le plus fort, même s'il n'y a pas eu de victimes nucléaires et que tous les pays dans le monde ont renforcé les mesures de sûreté. Et plus particulièrement en Allemagne qui a annoncé en 2011 la sortie du nucléaire d'ici à 2022, et à un degré moindre en France avec l'annonce de François Hollande en 2015 de ramener la part du nucléaire de 75% à 50% en 2025 en arrêtant les investissements et en fermant certaines centrales. Une politique suivie par Emmanuel Macron dans son premier mandat. Cela a marqué un coup d'arrêt et a entamé une phase de déclin de la filière.
Aujourd'hui, malgré l'échec de sa politique énergétique, qui était d'ailleurs totalement prévisible, l'Allemagne n'arrive pas à remettre en cause l'arrêt de réacteurs. Il les diffère. L'opinion publique allemande est partagée. Elle est plutôt contre, mais les milieux industriels y sont favorables. En France, la crise énergétique et l'urgence climatique amènent beaucoup de responsables politiques et de personnes dans l'opinion publique qui étaient anti-nucléaires à s'interroger. A tel point qu'il y a à nouveau en France une majorité des Français favorable au nucléaire, comme c'était le cas du temps où je dirigeais EDF entre 2004 et 2009. Au sein même des écologistes, il y a des pro-nucléaires comme Jean-Marc Jancovici, qui contribue à montrer que les préoccupations environnementales sont tout à fait compatibles avec le nucléaire. Dans certains pays, comme la Finlande, les écologistes sont favorables au nucléaire.