Pollution : la Chine s'essaie à une tour anti-particules fines

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Inventée par le designer néerlandais Daan Roosegarde et une équipe d'experts, cette tour hexagonale se veut le plus large aspirateur à fumée au monde.
Inventée par le designer néerlandais Daan Roosegarde et une équipe d'experts, cette tour hexagonale se veut le plus large aspirateur à fumée au monde. (Crédits : Studio Roosegaarde.)
Pékin a signé un partenariat avec une entreprise néerlandaise, qui a inventé une tour capable de purifier l'air intoxiqué par l'industrie du charbon. Mais certains scientifiques chinois ont remis en question son utilité.

Polluante et mortelle, l'industrie du charbon a bien mauvaise réputation. Elle est responsable, à elle seule, de la mort de dizaines de milliers de personnes chaque année - près de 23.000 rien que dans l'Union européenne en 2013 et plus encore de maladies cardiaques et respiratoires. Les particules fines - PM2,5 car leur diamètre est inférieur à 2,5 microns - catalysent particulièrement le rejet du charbon et pour cause : elles en sont l'ingrédient le plus toxique. Très volatiles, on les retrouve parfois à des centaines de kilomètres des usines de charbon d'où elles proviennent. Un appareil récemment développé pourrait bien offrir une solution durable contre les particules : la Smog Free Tower (Tour anti-brouillard),

Inventée par le designer néerlandais Daan Roosegarde et une équipe d'experts, cette tour hexagonale se veut le plus large aspirateur à fumée au monde, comme l'explique sa fiche technique. Dans la pratique, la tour aspire l'air, récolte 75% des particules fines PM2,5 et PM10 en suspension dans l'air grâce à un processus de ionisation qui utilise l'électricité statique, puis rejette ensuite un air purifié - environ 30.000 m³ d'air par heure - à 360° autour d'elle. Les résidus récoltés sont ensuite compressés et transformés en poussière noire, qui peut après être incrustée dans des bagues (voir exemple ci-dessous).

Smog free ring par Studio Roosegaarde

Utilité remise en question

Soutenu par le ministère chinois de la Protection environnementale, le projet a été expérimenté pendant 41 jours à Pékin, ville tristement célèbre pour sa pollution, en rendant l'air "55% plus pur" dans les environs de l'endroit où la tour était installée. Au cours de cette période, "30 millions de m³" ont été purifiés et "des milliards" de particules fines capturées, d'après le communiqué de presse. De quoi se réjouir alors que la Chine a lancé un vaste combat contre l'air pollué et que le charbon compte pour 70% du mix énergétique du pays, qui avale à lui seul 50% de la consommation mondiale.

     | Lire La pollution à Pékin rend les internautes cyniques

Mais d'après le Forum chinois des journalistes environnementaux (CFEJ) (lien vers la publication en chinois), la tour a échoué dans son test, comme le rapporte le Global Times, proche du parti communiste chinois. Même les meilleures données enregistrées par le projet n'ont pas répondu aux exigences internationales de l'OMS (Organisation mondiale de la santé), à savoir moins de 75 microgrammes par mètre cube.

Persuadé, comme il l'a récemment déclaré à Bloomberg, qu'"aspirer la pollution est la seule solution, du moins à court terme", Daan Roosegaarde travaille avec son entreprise sur un nouveau design qui permettrait à son purificateur d'être intégré dans les égouts de la ville afin que les déchets toxiques soient traités en même temps que l'eau usagée. D'ici là, il devra supporter que sa "tour anti-brouillard" soit renommée "tour d'avertissement du brouillard" (smog warning tower) par le CFEJ. Un gros gadget design qui sert donc à prévenir de la présence de particules fines. Pas sûr que les prochaines villes chinoises dans lesquelles le projet sera testé soient ravis de ce nouveau nom.

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Commentaires
a écrit le 29/11/2016 à 8:58 :
Experts ? Êtes-vous sérieux! Il ne faut pas exagérer tout de même.
De simples filtres, tel que c'est le cas dans ce dispositif, dans un environnement pollués se colmateront irrémédiablement et relargueront autant de particules qu'ils seront capables d'intercepter. Seule, la distribution de l'aérosol émis sera modifiée simplement.
Je vais être plus explicite, un aspirateur lorsque le filtre est colmaté, le flot de particules fines qu'il génère fait que celui-ci laisse une odeur à son usage et autour de lui.
Pour résumer, c'est un projet de design mécanique, ni pérenne en l'état, ni durable.
Réponse de le 22/06/2017 à 16:22 :
le plus efficace serait de traiter les rejets de fumées et autres à la source, pas une fois qu'ils sont dispersés tous azimuts, les industries employant le charbon devraient être obligées de traiter leur fumées, c'est connu comme technologie et mille fois plus efficace que d'attendre qu'elles arrivent à Pékin.

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