L'industrie européenne sous tensions

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L'optimisme des directeurs d'achats est au plus bas depuis la fin 2012, souligne Markit.
"L'optimisme des directeurs d'achats est au plus bas depuis la fin 2012," souligne Markit. (Crédits : Bernadett Szabo)
La croissance manufacturière a inscrit en octobre son rythme le plus lent depuis plus de deux ans avec une première baisse des commandes à l'exportation depuis la fin 2014, ce qui semble à nouveau montrer que l'économie de la zone euro a bel et bien rétrogradé par rapport à son pic d'activité.

Les doutes se multiplient sur la croissance européenne. Selon le dernier indice PMI/Markit publié ce vendredi 2 novembre,  le secteur manufacturier de la zone euro enregistre sa plus faible croissance depuis 26 mois. Il passe ainsi de 53,2 en septembre à 52. Le ralentissement de la croissance dans la zone monétaire, la montée des prix du pétrole et les tensions commerciales à l'échelle internationale contribuent au coup de mou du secteur industriel européen.

Pour Chris Williamson, chef économiste chez IHS Markit "les inquiétudes quant à l'évolution de la conjoncture du secteur manufacturier de la zone euro se renforcent au début du quatrième trimestre 2018." Et les perspectives sont loin d'être encourageantes.

"Au vu des dernières données de l'enquête, le secteur manufacturier pourrait glisser en zone de contraction d'ici la fin de l'année, à moins d'un regain de croissance au cours des prochains mois. La tendance est toutefois fermement orientée à la baisse pour la fin du trimestre, le volume du travail en cours diminuant pour le deuxième mois consécutif et les perspectives d'activité se repliant à un plus bas de près de six ans."

Lire aussi : La zone euro affiche une croissance en berne au troisième trimestre

Baisse des carnets de commande dans de nombreux pays

Le ralentissement de l'activité est loin d'être un phénomène isolé. Selon les économistes, le coup de frein est visible dans la quasi-totalité des pays étudiés dans l'enquête du mois d'octobre (Pays-Bas, Irlande, Autriche, Grèce, Allemagne, Espagne, France et Italie). L'Espagne et la France affichent une croissance "modeste" tandis que l'Allemagne enregistre l'expansion la plus faible depuis presque deux ans et demi.

Pour l'Italie, la situation est bien plus critique. En effet, c'est le seul pays à connaître une contraction. "L'indice PMI italien glissant, en effet, sous la barre du 50.0 du sans changement et affichant son plus faible niveau depuis près de 4 ans." Ces résultats ne devraient pas faciliter la tâche de l'actuel gouvernement italien qui a abaissé à plusieurs reprises ses prévisions de croissance en quelques mois alors que les tensions se multiplient sur les marchés.

Baisse des échanges internationaux

Le coup de frein général de la croissance du secteur manufacturier s'explique principalement par une baisse des carnets de commande au cours du mois.

"Le volume global des nouvelles commandes se replie, en effet, très légèrement pour la première fois depuis novembre 2014, tendance que les répondants expliquent notamment par l'affaiblissement des échanges internationaux."

Les experts soulignent que les commandes à l'export ont baissé pour la première fois depuis le milieu de l'année 2013. Les ventes l'étranger ont reculé en Autriche, en France, en Allemagne et en Italie. La confiance des industriels interrogés s'érode sur le plan commercial. En effet, elle est à son plus bas niveau depuis 2012. Les entreprises se disent préoccupées par la multiplication des mesures protectionnistes, la hausse possible des tarifs douaniers et le climat d'incertitude politique.

Enfin, la montée des prix du pétrole, des carburants et des métaux ont poussé les prix d'achat à la hausse. Pour compenser l'augmentation de leurs coûts, "les fabricants de la zone euro ont relevé leurs tarifs au cours du mois" souligne Markit.

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[Les dernières prévisions de l'organisation du commerce mondiale (OMC) signalent que "le commerce continuera à croître, mais à un rythme plus modéré que ce qui était prévu antérieurement. L'OMC table sur une croissance de 3,9% du volume du commerce des marchandises en 2018, qui ralentira à 3,7% en 2019."  Crédits : Reuters]

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Plusieurs secteurs affectés

Si les inquiétudes relatives au secteur automobile européen se multiplient, les difficultés auxquelles sont confrontées les industriels "dépassent largement celles des seuls constructeurs automobiles." La fabrication des biens intermédiaires, qui comprend les fabricants de biens destinés aux autres entreprises manufacturières, serait le secteur le plus touché selon les résultats de l'enquête.

Malgré ce coup de frein quasi généralisé, la croissance de l'emploi s'est poursuivie à un rythme tout de même moins soutenu qu'au mois de septembre.

Recul pour la France

La situation de l'industrie en France est guère meilleure. Selon les derniers résultats du cabinet d'expertise économique, la production manufacturière française a reculé pour la première fois depuis juillet 2016. En se repliant de 52,5 en septembre à 51,2, l'indice PMI Markit signale un ralentissement de la croissance en octobre.

Pour Eliot Kerr, économiste chez Markit, "cette baisse de l'activité s'accompagne d'un ralentissement de la hausse du volume global des nouvelles commandes, celui-ci résultant notamment d'un nouveau recul des ventes à l'export, le troisième en quatre mois."

Les moins bons résultats de l'industrie automobile ont contribué largement à la baisse de la production manufacturière française. Selon les derniers chiffres du comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), le marché de la voiture a affiché quelques signes de faiblesses au mois d'octobre. Le nombre d'immatriculations de voitures particulières a diminué de 5,8% par rapport à octobre 2017En septembre, le marché avait rechuté de 12,8%, après un bond d'environ 40% en août, l'entrée en vigueur des nouvelles normes d'homologation faussant le cycle traditionnel des ventes rappelle l'agence Reuters.

Hausse des matières premières

Les industriels français signalent également une hausse des matières premières notamment du pétrole de l'acier et de l'aluminium. Cette évolution se répercute sur les coûts de production des fabricants français. "Le taux d'inflation atteignant un sommet de huit mois" résume Markit.

Par ailleurs, le coup de frein de la croissance tricolore au premier semestre a pesé sur la confiance des chefs d'entreprise, "le degré d'optimisme des fabricants français chutant en effet à son plus faible niveau depuis vingt huit mois."  Le PIB français a fortement ralenti entre janvier et juin, amenant le gouvernement et les différents prévisionnistes à abaisser leurs prévisions de croissance pour 2018 après une année 2017 très dynamique à 2,3%.

Selon l'Insee, la croissance a rebondi au troisième trimestre à 0,4% contre 0,2% durant les deux trimestres précédentsCe chiffre est cependant décevant au regard des dernières prévisions de l'institut statistique, mais aussi de la Banque de France et de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui pariaient sur une croissance de 0,5%.

Lire aussi : Pourquoi l'économie française s'essouffle

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Commentaires
a écrit le 04/11/2018 à 19:27 :
J'ai commandé une porte d'entrée chez un fabricant français fin Août, elle me sera posée le 14 janvier 2019... J'ai commandé une voiture Française fin Juillet, livraison 14 décembre.... Donc les carnets de commande ne semblent pas si vides.
a écrit le 02/11/2018 à 14:19 :
Ah ok donc nous en sommes au "ralentissement de l'accélération de la croissance" ? ou bien à "l'accélération de la baisse de la croissance" ?

Merci pour cette information, maintenant prochain coup soyez plus vigilant quand même svp, trop proche de la vérité votre langage là hein, ça va pas. On va quand même pas se mettre à dire la vérité aux gens ? Surtout en ce moment !

sinon un petit comparatif qui nous permet de bien mettre en évidence l'improductivité totale du protectionnisme et le risque sur notre essor économique si jamais nous décidions de nous y mettre:

"USA : Rebond des créations d'emplois en octobre, les salaires grimpent" https://www.latribune.fr/depeches/reuters/KCN1N71GC/usa-rebond-des-creations-d-emplois-en-octobre-les-salaires-grimpent.html

Pfff... l'euphorie, c'est bien un truc d'américains ça hein !? Nous en europe on risque rien au moins...
a écrit le 02/11/2018 à 14:07 :
Ce n'est pas pour rien si l'Angleterre a quitté ce marché commun totalement dérégulé.
a écrit le 02/11/2018 à 13:59 :
Ma foi, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Il fallait bien que ça s'arrête de croître un jour. Pas de quoi s'inquiéter.

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