Le fil de lin français de retour dans le Nord

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La production commencera modestement avec 350 tonnes par an, avec la création de 50 emplois d'ici 2024. Le premier kilo de fil français pourrait réapparaître dans le Nord en juin 2022.
La production commencera modestement avec 350 tonnes par an, avec la création de 50 emplois d'ici 2024. Le premier kilo de fil français pourrait réapparaître dans le Nord en juin 2022. (Crédits : Safilin)
Ce n'est pas tous les jours qu'une entreprise réimplante une unité de filature de lin : le Nordiste Safilin (30 millions d'euros de chiffre d'affaires, 200 salariés) veut faire revivre un fil de lin haut de gamme, 100% français.

La dernière fois que le Pas-de-Calais a vu un kilo de fils de lin français, c'était en 2005. Alors que la crise industrielle impacte fortement le secteur textile, Safilin délocalise sa production en Pologne, car le pays possède, comme le Nord, un savoir-faire historique dans le lin.

C'est déjà une prouesse pour Safilin d'avoir gardé une production européenne (certifiée Master of Linen, garantissant que les étapes de culture, filature et tissage du lin ont été réalisées en Europe) quand 80% du lin est filé Asie... alors que les 4/5e de la culture mondiale se localisent dans une « banane » située entre Caen et Amsterdam. Avec tous ses champs de petites fleurs bleues, la France est même le premier pays cultivateur de lin au monde !

Derniers Mohicans

Entreprise familiale créée en 1778 et basée à Sailly-sur-la-Lys dans le Pas-de-Calais, Safilin est aujourd'hui l'un des derniers « mohicans » européens (avec l'italien Linificio e Canapificio). La filature nordiste achète de la fibre naturelle et la transforme en fil, pour revendre les bobines ensuite à près de 300 tisseurs ou tricoteurs, en France, en Europe et dans le monde, comme au Japon.

Appartenant toujours à la famille Salmon, l'entreprise a fait le pari d'implanter une unité de production dans les Hauts-de-France. « Cette décision fait suite aux nombreuses sollicitations d'entreprises textiles françaises souhaitant disposer d'un fil français, mais aussi à la demande des consommateurs de l'Hexagone d'acheter des produits naturels et locaux », résume Olivier Guillaume, président de Safilin.

Pour lancer ce projet de nouvelle usine, Safilin bénéficie d'un « alignement des planètes ». Les nouvelles tendances de consommation plébiscitent en effet les matières éco-responsables, au bilan carbone plus léger. « Les consommateurs veulent un produit plus durable : ce mouvement a été accéléré par la pandémie », rappelle Alix Pollet, directrice de la Business Unit Marque de Safilin. Et ça tombe bien car le lin multiplie les propriétés : « La plante pousse en agriculture raisonnée, arrosé uniquement avec de l'eau de pluie. Le tissu est thermo-régulant, léger, ultra-absorbant. Sa fibre longue résiste plus longtemps que n'importe quelle autre fibre », argumente la chef de marques.

 Regain pour les matières naturelles

Du coup, les supply chains du textile se relocalisent peu à peu en Europe pour limiter la dépendance à l'Asie et les marques de prêt-à-porter augmentent le pourcentage de fibres naturelles dans leur collection. Les espaces cultivés pour le lin augmentent chaque année, l'offre n'arrive pas à répondre à la demande croissante. « Il existe un regain pour les matières naturelles, particulièrement dans les nouveaux bassins de consommation comme l'Inde, où posséder un sari en lin est un signe extérieur de richesse par exemple », ajoute Alix Pollet. Pour contrer la concurrence asiatique, Safilin se positionne d'ailleurs sur un fil haut de gamme de forte résistance.

Le plan de relance est arrivé à point nommé. Sur le projet de 5 millions d'euros, l'appel à projets Résilience (relocalisation des secteurs fournissant les intrants essentiels à l'industrie) apporte via BPI 20%, soit 800.000 euros, abondés par le conseil régional Hauts-de-France et la communauté de communes pour le volet formation.

« Si le projet était déjà décidé, le soutien financier de l'Etat nous a aidé à voir plus vite et plus grand, en proposant deux types de filature, l'une « au mouillé » (utilisée principalement pour la confection textile) et l'autre « au sec » » (pour les tissus plus épais destinés à la décoration par exemple) », assure Alix Pollet.

Chainon manquant

« Cette nouvelle usine constituera le chainon manquant d'une filière d'excellence et viendra adresser des marchés nouveaux et complémentaires à la production polonaise. Safilin proposera ainsi, du champ au produit fini, une production entièrement française », annonce Olivier Guillaume, président de Safilin.

Reste que la mise en place de cette nouvelle usine ne sera pas une mince affaire. Bientôt, vingt semi-remorques contenant 14 métiers à tisser le lin vont arriver de Pologne. « Il s'agit de matériel de seconde main que nous avons racheté à d'autres filatures de lin qui ont cessé leurs activités. Il y a encore cinq ans, nous étions encore cinq en Europe », commente Alix Pollet, directrice de la Business Unit Marque de Safilin.

En Pologne, grâce à ses 480 collaborateurs, Safilin va continuer de produire 4 500 tonnes (55% au mouillé, 45 % au sec), soit 200 kilomètres de fil par minute. Ce qui implique de recruter maintenant des mécaniciens là-bas, pour remplacer ceux qui vont être détachés en France pour le montage et l'installation des machines dans le Nord.

« Il faut penser à tout, jusqu'au cours de français », raconte Alix Pollet. « Comme ce métier a disparu depuis près de 20 ans dans la région, on fait aussi appel à des retraités car dans ce métier, on file toujours le lin de la même façon qu'il y a 50 ans. Impossible de moderniser plus, on s'adapte à la fibre pour la respecter : les savoir-faire au toucher et à l'œil restent très importants, tout comme la maintenance », explique-t-il.

La production commencera modestement avec 350 tonnes par an, avec la création de 50 emplois d'ici 2024. Le premier kilo de fil français pourrait réapparaître dans le Nord en juin 2022.

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Commentaires
a écrit le 02/04/2021 à 14:44 :
A protéger avec du protectionisme économique et à élargir la filière étant donné qu'il serait dommage qu'il parte comme le coton lui aussi en Chine pour nous êtes retournés en France après avoir fait plus de 16000 kms.
Réponse de le 02/04/2021 à 21:42 :
Exact. Tout à fait d’accord avec vous.

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