Emmener ses collaborateurs en balade en montgolfière « pour prendre de la hauteur », fomenter une bataille de pelotes de laine pour « retisser les liens », organiser un stage de théâtre sur une scène penchée (oui, oui, cela existe) afin « d'appréhender l'inconfort de certaines situations de travail » ... Rares sont les salariés qui n'ont jamais eu vent de telles propositions.
Pour cause. Depuis les années 80, un nombre croissant d'entreprises - et singulièrement les plus grandes d'entre elles - succombent à la tentation du team building. Difficile de les blâmer. A écouter l'armada de consultants et prestataires qui propose des offres « clés en main » sur les réseaux professionnels, construire ensemble des tours Eiffel en spaghetti ou s'improviser danseurs de samba constitueraient un remède souverain pour améliorer la cohésion des équipes et lutter contre la démobilisation des salariés ou leur manque d'engagement. Mais la promesse est-elle tenue ?
C'est ce qu'ont cherché à savoir deux chercheurs en sociologie du travail de l'EM Normandie et de Montpellier Business School. Pour s'en faire une idée, ils ont sondé les cœurs d'une petite quarantaine de jeunes diplômés de grandes écoles, tous passés par ce genre d'expérience. Fruit de huit mois d'enquête, leurs conclusions publiées récemment dans une revue internationale de psychosociologie sont édifiantes. Alors que l'on pouvait croire la jeune génération réceptive à ce type de pratiques censé incarner la modernité, les propos recueillis par Xavier Philippe et Thomas Simon démontrent au contraire que la GenZ reste très circonspecte pour ne pas dire franchement hostile au team building.