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Pourquoi trop de finance tue la croissance

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 06 juillet 2015 à 08:00 - Mis à jour le 06 juillet 2015 à 16:01

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Selon l’OCDE, un excès de crédit bancaire entraîne une diminution de la croissance économique, à long terme. A l’inverse, un recours croissant au financement sur les marchés a des conséquences positives sur l’évolution du PIB.

De la finance, oui, mais avec modération. Tel est, en substance, le message délivré par une récente étude de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), intitulée "Le secteur financier doit promouvoir une croissance inclusive." En balayant 50 ans de financement de l'économie, du milieu des années 1960 à nos jours, ses auteurs sont parvenus à la conclusion que si "la finance est un rouage essentiel de toute économie moderne", il n'en demeure pas moins que "trop de finance peut freiner la croissance et aggraver les inégalités de revenus." C'est plus précisément sur l'excès de crédit bancaire, au détriment du financement par les marchés, que l'OCDE alerte. Une mise en garde qui pourrait surprendre, tant ces dernières années ont été marquées par la crainte d'un "credit crunch", après la crise de liquidités des banques provoquée par la faillite de Lehman Brothers, en 2008.

Mais les chiffres sont formels : au cours des 50 dernières années, le crédit bancaire a crû trois fois plus vite que l'activité économique, au sein des 34 pays de l'OCDE. Conséquence, "dans ces pays, le crédit bancaire au secteur privé non financier représente en moyenne 100% du PIB (produit intérieur brut)", indique Boris Cournède, l'un des auteurs de l'étude. "Or, au-delà de ce seuil de 100%, le crédit bancaire réduit la croissance économique", affirme l'économiste. Concrètement, dès lors que le crédit bancaire atteint ce seuil de 100% du PIB, toute progression de 10 points (à 110% par exemple) entraîne une baisse de 0,3% du PIB, sur le long terme. A l'inverse, faire la part belle au financement sur les marchés d'actions est favorable à la croissance : une hausse de 10 points de la capitalisation boursière, qui représente en moyenne 65% du PIB dans les pays de l'OCDE, génère une progression de 0,2% du produit intérieur brut.

Les crédits aux ménages financent surtout des investissements immobiliers

"Ces dommages sont particulièrement prégnants lorsqu'il s'agit de crédits aux ménages car ces crédits servent en grande partie à financer des achats immobiliers. Or ce n'est pas l'investissement immobilier qui va financer l'innovation, la croissance de demain", analyse Boris Cournède. La croissance de demain, ce sont en effet surtout les entreprises qui la font. Mais, même dans le cas des investissements des entreprises, le financement par le crédit bancaire n'est pas l'idéal, selon l'OCDE. Les dernières décennies sont en effet remplies d'exemples de sociétés qui ont joué sur l'effet de levier de l'endettement en période d'euphorie économique, et qui se sont ensuite retrouvées en grande difficulté lorsque la crise a entaillé leurs capacités de remboursement. D'ailleurs, aux Etats-Unis, un pays dont l'économie se finance à hauteur de 70% ou 80% sur les marchés, "une hausse du crédit bancaire a un effet négatif assez faible sur la croissance économique, ce qui est cohérent avec le fait que ce pays n'a pas saturé son économie de crédit bancaire, à la différence de l'Europe", souligne Boris Cournède.

Reste que le financement de l'économie européenne, qui s'effectuait traditionnellement à hauteur de 70% auprès des banques, est en voie de désintermédiation. La conséquence des réglementations prises dans le sillage de la crise financière de 2008, et qui font que les banques ont désormais les coudées moins franches pour prêter. "Le phénomène de désintermédiation du financement de l'économie européenne constitue une évolution très favorable", reconnaît Boris Cournède. "Mais il est pour le moment lié aux nouvelles réglementations bancaires. Il doit être encouragé par une révision de la fiscalité (car) il existe beaucoup d'incitations - notamment fiscales, avec l'impôt sur les sociétés et la taxation des revenus du capital des ménages - au financement par la dette, au détriment du financement par les actions", nuance l'économiste.

Une prime de 28% pour les salariés du secteur financier

Au-delà des conséquences négatives d'un excès de crédit sur la croissance économique, la finance aggrave les inégalités de revenus, estime l'OCDE. Selon cette dernière, à compétences et à expérience égales, les salariés du secteur financier perçoivent en effet une rémunération supérieure de 28% en moyenne à ceux des personnes travaillant dans d'autres secteurs d'activité. Cette prime atteint même 40% pour la tranche des 10% de salaires les plus élevés. Autre façon de dire les choses : en Europe, les salariés du secteur financier représentent 20% de la tranche de la population qui gagne le mieux sa vie, alors qu'ils ne pèsent que 4% de la masse salariale totale.

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Un écart de revenus qui résulte en partie de la garantie implicite des Etats dont bénéficient les banques "too big to fail" [trop importantes pour qu'on puisse les laisser faire faillite ; Ndlr], lesquelles sont ainsi assez enclines à prendre des risques et à surpayer leurs collaborateurs, dénonce l'OCDE. Qui préconise notamment une séparation structurelle des activités bancaires, afin de réduire ces subventions implicites aux banques systémiques. C'est tout l'enjeu du projet de loi européen de séparation bancaire, sur lequel les ministres des Finances de l'Union européenne ont récemment trouvé un compromis.

Christine Lejoux

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