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Entreprises & FinanceDistribution

Le pari digital des petits commerces de la capitale

Photo de Antoine Patinet

Marina Torre

Publié le 11 décembre 2014 à 13:00 - Mis à jour le 03 juin 2015 à 08:59

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La Mairie de Paris tente de créer un réseau "hyper-local" de commerçants de proximité. Une initiative encore à ses balbutiements qui pourrait prendre exemple sur des dispositifs existants en Île de France ou à l’étranger.

Même à Paris, ouvrir des magasins sans interruption, et 24 heures sur 24 serait possible. La solution? Inciter les commerçants à installer leurs étals sur la toile. Or, si la capitale a désormais son extension de nom de domaine, aucune application mobile répertoriant tous les commerçants et permettant par exemple de commander un produit n'y existe (encore).

Afin de remédier au retard pris par les commerces indépendants en matière de digitalisation, la Mairie de Paris en a réuni quelques uns  le 1er décembre au Numa, l'un des nouveaux temples de la culture numérique de la Ville Lumière.

Manque de temps?

Dans un premier temps, le but de ce projet baptisé CoSto (pour connected stores) consiste à évoquer avec eux l'éventail des outils existants leur permettant d'obtenir une meilleure visibilité. Emmanuelle Hoss, directrice générale de la Société d'économie mixte d'animation économique au service des territoires (Semaest), qui gère ce projet avec la Mairie de Paris explique:

"Au sein du 'living lab' nous lançons un appel à projet afin decréer un réseau de commerçants. Il s'agit de recueillir leurs demandes, faire de la veille.etc. A moyen terme nous passerons aux expérimentations... Il faut que l'initiative viennent d'eux, surtout pas qu'il soit imposé 'd'en haut' "

Car, de façon concrète, les lacunes proviendraient moins d'un manque de moyens financiers que d'un problème d'organisation. "Nous avons constaté empiriquement que les commerçants éprouvent des difficultés à trouver le bon service et surtout le temps" pour se digitaliser, ajoute Emmanuelle Hoss.

De fait,  difficile d'y voir clair parmi l'offre pléthorique de services en cours de création. Outre les différents choix de référencement  en ligne, les outils logistiques visant à livrer les clients se multiplient.

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Pour l'heure, l'initiative n'a attiré qu'une quarantaine de commerçants, surtout "des créateurs de mode, des fleuristes, des boulangers ou des poissonniers", provenant essentiellement des "Xe et XIe arrondissements", indique Emmanuelle Hoss.

Ouvrir le dimanche

Un argument pourrait les convaincre: une présence en ligne, surtout si elle se traduit par la possibilité de réaliser la transaction virtuellement ou de réserver un produit avant un retrait en magasin, constituerait une piste de réponse à la problématique des ouvertures dominicales. Car le coût de celles-ci est plus fortement ressenti par les indépendants. Le SDI, syndicat qui les représente, plaide par exemple pour un aménagement, afin que les petites structures soient dispensées de payer une compensation à leurs employés ce jour-là.

En attendant les détails du projet présenté mercredi par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron et les amendements éventuels, l'un des arguments qui divise de ces extensions horaires concerne justement la concurrence des ventes sur réalisées par internet. Une présence plus forte des commerçants sur ce canal de vente court-circuite l'argument selon lequel puisqu'ils peuvent faire leurs courses en ligne 24 heures sur 24, les consommateurs ne comprennent pas que cela soit impossible dans les magasins physiques.

Une ligne de défense "mise en avant par ceux-là même qui développent des sites de e-commerce", fait remarquer Olivia Polski, adjointe à la Maire de Paris, chargée du commerce, de l'artisanat, des professions libérales et indépendantes. Cette dernière concède qu'assurer aux indépendants davantage de présence en ligne "fait en effet partie de l'arsenal global. Toutefois, elle précise que

"cette réflexion sur le numérique n'a pas été conçue pour cela au départ.Travail dominical ou pas, la question du numérique se pose, d'autant plus pour les indépendants car ils ne disposent pas de service recherche et développement. (...) nous souhaitons rompre leur isolement digital pour assurer la pérennité et la diversité du commerce indépendant en centre-ville".

"De plus en plus de réservations, surtout le dimanche soir"

Reste que ce fameux dimanche qui provoque tant de débats, c'est justement le moment où Isabelle Leclerc, libraire à l'Imagigraphe (XIe arrondissement) constate un pic d'activité sur la plateforme Paris Librairies. "Nous observons de plus en plus de réservations, surtout le dimanche soir. Les gens ont parlé d'un livre pendant la journée avec leurs proches, puis décident de le commander", relève-t-elle.

Avec ses co-associés, Laura de Heredia (l'Arbre à Lettre) Philippe Touron (Le Divan), Xavier Moni (Comme un Roman), Isabelle Leclerc a fondé ce réseau réunissant désormais 80 enseignes. Faisant fi de l'échec rencontré en 2012 par 1001librairies, projet similaire du Syndicat de la Librairie Française, ses membres assurent ainsi leur présence digitale. Un mince espoir face aux géants de la vente en ligne délestés des problématiques immobilières à Paris. Surtout que la menace est bien réelle: Del Duca a dû fermer ses portes en novembre 2012 et, suite à une augmentation de loyer en septembre 2014, Delamain a risqué le même sort.

"Ce ne sera pas une révolution du jour au lendemain", reconnaît Isabelle Leclerc. Mais "à l'inverse de ceux qui vantent la rapidité sans toujours parvenir à assurer les livraisons, nous proposons un système pratique" argue-t-elle, "car il suffit de se rendre dans sa librairie de quartier ou sur sa ligne de métro" pour retirer son livre en deux à cinq jours.

La plateforme, déclinée en une application mobile avec géolocalisation, permet de rechercher un livre et de savoir s'il figure dans le stock de la librairie la plus proche. Mais il n'y a ni entrepôt commun, ni livraison possible entre boutiques car  "l'idée était de créer un système d'information qui soit le plus léger financièrement parlant et qui ne plombe pas l'économie des librairies", précise Isabelle Leclerc.

De Sceaux à Atlanta

Les libraires sont évidemment loin d'être les seuls concernées. Aux portes de Paris, la ville de Sceaux propose depuis un an un service de "conciergerie numérique". Sur le site sceaux-shopping.com, il est ainsi possible de commander ce bouquet de roses à 50 euros chez un fleuriste de quartier, ou un paquet de bonbons à la violette à 7 euros auprès du chocolatier, pour se les faire livrer à l'arrivée du RER dans une boîte Cityssimmo, un service de La Poste. Objectif affiché : "défendre le commerce de proximité". Geneviève Becoulet, coordinatrice de l'économie locale explique:

"La Chambre de commerce nous a aidé pour financer la plateforme au départ, et la mairie ainsi que l'Union des commerçants prennent en charge l'hébergement et les menus changements à effectuer, soit 2000 euros par an environ. En 2015, une formule abonnement sera intégrée à cotisation à l'Union des commerçants."

Les pics de commandes interviennent principalement le samedi et le soir vers 22 heures. Autrement dit, c'est non seulement la problématique des ouvertures dominicales mais également celle de l'extension des horaires dans la journée qui est, au moins en partie, résolue par ce type de service.

Au total, une quarantaine de commerçants proposent des produits sur la plateforme. Comme ils y indiquent leurs coordonnées, "des clients en province ont pu en contacter pour passer commande, ça les rassure", indique la responsable du projet qui dit crouler sous les sollicitations de la part d'autres villes de France. Outre des communes voisines des Hauts-de-Seine, Toulouse, le Puy en Velay, Nice s'y sont intéressées.

A des milliers de kilomètres de là, dans la banlieue d'Atlanta, la ville d'Alpharetta va beaucoup plus loin. La municipalité a engagé une start-up locale, Digital Scientists, pour promouvoir le commerce local. Les clients ayant installé son application Rately sont "récompensés" par des remises ou des cadeaux lorsqu'ils achètent un produit dans un magasin participant. Des puces numériques (iBeacons) ont été installées dans ces boutiques afin de repérer ces consommateurs. Ce qui leur permet d'engranger des données sur le trafic en magasin.

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Pour l'instant, ce sont principalement des grandes chaînes de distribution qui s'équipent de ce système censé permettre d'augmenter le ciblage promotionnel et d'accroître leur chiffre d'affaires. Mais le concept intéresse également des propriétaires fonciers, comme les gestionnaires de centres commerciaux, ou le Crowne estate (Domaine royal britannique) qui a caché ces balises devant les vitrines des magasins-amiraux de Regent Street. Elle y garantit le respect de la vie privée et l'anonymat des visiteurs. Un enjeu, qui, comme les ouvertures des magasins le dimanche, a donc de quoi susciter le débat même dans les collectivités locales.

Marina Torre

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