Négociations commerciales : l’industrie agroalimentaire agite le chiffon rouge avant une réforme

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Les négociations commerciales entre distributeurs et fournisseurs ont lieu officiellement chaque année entre décembre et mars.
Les négociations commerciales entre distributeurs et fournisseurs ont lieu officiellement chaque année entre décembre et mars. (Crédits : reuters.com)
L’association représentant les industriels de l’agroalimentaire affiche son pessimisme pour les prochains mois après des négociations commerciales avec la grande distribution plus tendues que jamais. Les discussions sur une hypothétique réforme des lois encadrant leurs relations s’annoncent houleuses.

L'économie redémarre, mais la situation reste morose dans l'agroalimentaire. Tel est le constat affiché par l'Association nationale des industries agroalimentaires (Ania) ce 29 mars. Cette dernière évalue à 170 milliards d'euros le chiffres d'affaires total de la "première industrie de France". Un niveau en très légère baisse, de 0,1% par rapport à l'an dernier, selon des données révisées par rapport à l'an dernier (le périmètre d'évaluation, différent, aboutissait à 157 milliards d'euros).

Un mois après la fin de négociations commerciales plus tendues que jamais avec la grande distribution, ces représentants d'une partie des fournisseurs insistent surtout sur l'érosion des taux de marges. D'après leurs observations, la hausse des prix à la production est beaucoup plus rapide que celle des prix de vente à l'aval.

Pressions sur les marges

Un phénomène mesuré notamment par le calcul des "termes de l'échange", (c'est-à-dire le rapport entre le prix de la valeur ajoutée et le prix TTC). Entre 2009 et 2015, donc après le vote de la loi de modernisation de l'économie (LME) qui a transformé les relations commerciales entre fournisseurs et distributeurs, quelque "71% de la baisse du taux de marge s'observe du fait de cette baisse des termes de l'échange", assure même Stéphane Dahmani, responsable des études économiques pour l'Ania.

Dans le même temps, d'autres facteurs ont aussi joué: négativement, comme l'évolution des salaires réels; positivement, comme les gains de productivité ou, de façon plus "neutre", comme les mesures de politique économique telles que le CICE.

Les représentants de l'industrie pointent surtout les conséquences possibles de ce recul des taux de marges: des positions attentistes concernant l'investissement. Et des risques de "vieillissement de l'appareil de production" pour les entreprises aux capacité de financement limitées. Ce, malgré un contexte économique général plutôt plus favorable que les mois précédents.

Bien sûr, les situations peuvent fortement varier, notamment selon la taille des entreprises. Celles-ci étant en très large majorité des PME ou des ETI. Mais, pour certains des "fleurons" de l'industrie, comme Danone par exemple, la rentabilité s'est améliorée l'an dernier.

   | Lire: Danone profite de la baisse du prix du lait

Pistes de réformes du cadre légal

Mis à part des exceptions, l'ensemble de la filière subit plus ou moins directement les conséquences d'une guerre des prix entre enseignes matérialisée en 2015 par un usage intense des promotions. Sur les 103 milliards d'euros de produits de grande consommation vendus l'an dernier, les promotions représentaient 3 milliards d'euros. En outre, l'écart entre les "marques nationales" et les marques de distributeurs se réduit.

Les plus durement touchés restent les agriculteurs. Lesquels ont mis en cause ce contexte à l'occasion des mouvements de colère organisés à l'été 2015 puis début 2016 pour dénoncer l'impact de la volatilité des prix des matières premières d'une part, et la pression exercée sur les prix d'une autre. Le président de la République a d'ailleurs annoncé son intention de réformer la fameuse LME lors d'une visite mouvementée au salon de l'Agriculture.

   | Lire: Négociations commerciales : Bercy tient les distributeurs à l'œil

Contraindre à la transparence

Plusieurs pistes ont été évoquées notamment une révision des seuils de revente à perte ainsi que celle de la réglementation relative à la discrimination tarifaire. Dans le dernier cas, la loi de modernisation de l'économie en 2009 avait permis qu'un distributeur demande à son fournisseur des conditions non inscrites dans ses conditions générales de vente (auparavant, pour refuser ces demandes, le fournisseur pouvait répondre qu'il lui était interdit de pratiquer des conditions différentes selon les enseignes).

Par ailleurs, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a indiqué début mars qu'il comptait contraindre les industriels non cotés, comme Bigard ou Lactalis à publier leurs comptes en augmentant les sanctions en cas de défaut. Il serait aussi question de faire apparaître "le prix payé au producteur" dans les contrats. Ces éléments étaient appelés à être intégrés à la loi Sapin II sur la transparence de la vie économique qui doit être présentée en Conseil des ministre le mercredi 30 mars.

Une évolution législative qui divise

"Il faut faire évoluer la loi", a martelé Jean-Philippe Girard, le président de l'Ania ce mardi. Ce dernier estime que les industriels se trouvent coincés "entre le marteau et l'enclume entre une agriculture qui souffre et une distribution qui nous [leur] met la pression".

Évoquant un rapport sur l'impact de la loi LME commandé par Bercy, il indique avoir "demandé si [Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie] pouvait accélérer le calendrier". Objectif: connaître les "grandes lignes" de la réforme avant l'été, afin chaque acteur impliqué puisse "remettre sa copie" avant la fin de l'automne donc à temps pour les négociations commerciales 2017. Sinon, "il n'y a aucune raison que cela change, les quatre centrales seront encore mieux organisées pour mettre la pression sur les prix", estime le reponsable de l'Ania. Ce dernier fait référence aux grandes centrales d'achats regroupées au sein des grandes alliances qui détiennent depuis 2014 l'essentiel du marché.

   | Lire:  Lire aussi: L'influence croissante des centrales d'achats européennes

La contractualisation, un échec?

Sauf que, dans la profession, la perspective d'une nouvelle réforme ne fait pas l'unanimité. D'autres acteurs de la filière prônent des solutions non législatives. C'est le cas par exemple de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (FEEF) dont la méthode de concertation n'a pourtant pas donné les fruits escomptés.

Celles-ci a tenté de contourner les difficultés posées dans les box de négociation en proposant aux parties de s'engager à respecter des chartes de bonne conduite.  En octobre, le président de la FEEF, Dominique Amirault avait ainsi assuré que les négociations pour 2016 démarraient dans des conditions plus favorables qu'auparavant. Mais, au terme d'un séminaire organisé à Cannes du 10 au 12 mars par cette association des "petits" fournisseurs de la grande distribution, son dirigeant a ainsi insisté dans un communiqué sur le fait que "ces négociations se sont très mal passées".

Malgré tout, plutôt qu'une nouvelle législation, son association prône plutôt la généralisation de son modèle de contractualisation qui consiste à prévoir prix et quantités sur de longues périodes afin de limiter l'impact de la volatilité des prix des matières premières.

Calendrier électoral

Reste évidemment à prendre en compte un agenda déjà chargé pour le gouvernement. "Compte tenu du calendrier électoral et de la difficulté qu'éprouve le gouvernement actuellement avec la loi sur le travail, il me semble très peu probable qu'une réforme en profondeur de la LME puisse être menée à temps avant mai 2017", souligne ainsi une responsable du secteur ayant souhaité garder l'anonymat.

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Commentaires
a écrit le 29/03/2016 à 17:58 :
Nos parlementaires et membres du gouvernement devraient regarder le vérité si je mens 2 ... pour bien comprendre les rapports! Le parlement et le gouvernement c'est principalement des fonctionnaires qui n'ont jamais vendus une savonnette de leur vie ... là est bien le problème !

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