Trottinettes électriques : les enjeux du juteux appel d'offre de Paris

La mairie de Paris vient de dévoiler les trois opérateurs qui auront l'exclusivité du marché parisien. Dott, Lime et Tier l'ont emporté sur Bird, Bolt ou encore Voi. Paris est l'un des plus importants marchés européens, mais le modèle de régulation par la ville autorisé par la Loi d'Orientation des Mobilités interroge...
Nabil Bourassi
(Crédits : Charles Platiau)

Exit Voi et Bird, place à Lime, Dott et Tier ! La mairie de Paris a divulgué ce jeudi après midi le nom des trois opérateurs de trottinettes qui ont remporté l'appel d'offre lancé en 2019. C'est David Belliard qui a fait l'annonce sur la place Saint Gervais en compagnie des trois lauréats qui acquièrent le droit d'opérer une flotte de 5.000 trottinettes chacun pendant deux ans.

Un stationnement régulé

Pour David Belliard, nouvel adjoint à la maire de Paris en charge des Transports, cet appel d'offre doit permettre "d'apaiser" les mobilités douces à Paris "en quittant le modèle du free-floating sans contrainte". Ainsi, les trottinettes électriques en circulation à Paris ne pourront plus être abandonnées sur le trottoir, elles devront obligatoirement être stationnées à un emplacement dédié.

David Belliard a également insisté sur les critères sociaux qui avaient été retenus lors de l'élaboration de l'appel d'offre par son prédécesseur, Christophe Najdovski désormais en charge de la végétalisation des espaces publics. Les opérateurs se sont engagés à ne plus avoir recours aux "juicers", ces particuliers qui recueillaient les trottinettes pour les recharger contre rémunération. David Belliard a également souhaité faire de cet appel d'offre la brique d'un "modèle vertueux de service de mobilité complémentaire", c'est à dire, inscrire la trottinette dans un écosystème de mobilités qui intégrerait le vélo ou d'autres services.

Trois heureux opérateurs

C'est donc trois heureux élus qui vont se partager le juteux marché parisien. L'allemand Tier implanté dans 9 pays et 70 villes en Europe (dont Bordeaux et Grenoble en France), opérait à Paris avec une flotte réduite de 535 trottinettes. De son côté, Dott fondé par deux Français (la société est de droit néerlandais) opère dans 14 villes en Europe et a déjà levé près de 50 millions d'euros depuis sa fondation fin 2018. L'entreprise s'est implanté à Paris depuis mars 2019 et a déployé 2.300 trottinettes.

Enfin, le plus gros, Lime, désormais filiale d'Uber, va devoir réviser sa flotte qui a pu compter jusqu'à 15.000 engins à Paris. L'américain a fait valoir qu'avec Jump (les vélos) et les VTC, il inscrivait désormais sa stratégie dans une démarche multimodale pour ses usagers.

Pour l'autre américain Bird, le suédois Voi mais également l'estonien Bolt, cette annonce est un échec. Le marché parisien est l'un des plus importants en Europe par sa taille mais également par l'appétence de sa population à utiliser des mobilités alternatives. D'après certains spécialistes, cette décision pourrait contraindre certains opérateurs à tout simplement quitter le marché français alors même qu'ils opèrent sur d'autres métropoles comme Marseille, Lyon ou Bordeaux.

L'image écornée de Bird

D'après certaines indiscrétions, l'image de Bird a été largement écornée par l'affaire des 400 personnes licenciées (30% de ses effectifs) via le logiciel de visio-conférence Zoom. Pour la Mairie de Paris qui exige une responsabilité sociale exemplaire de ses partenaires, cette méthode aurait pesé très lourd dans la balance.

Les appels d'offre pourraient se multiplier en vertu de la Loi d'Orientation des Mobilités adoptée en début d'année, et pourraient ne pas uniquement viser les services de trottinettes, mais des opérateurs de vélo en libre service, de scooters ou encore de voitures en libre service. Ils illustrent la reprise en main des collectivités locales dans la gestion des mobilités, là où ces derniers pouvaient s'installer sans autorisation préalable. Pendant un temps, Paris a compté environ une dizaine d'opérateurs de trottinettes et près de 20.000 engins circulants.

Lire aussi : "La LOM va restreindre les mobilités innovantes" Alexandre Quintard Kaigre

Les collectivités endossent ainsi un rôle nouveau de régulateur se substituant ainsi à la régulation du marché. A Paris, la Mairie a ainsi acté le fait qu'il n'y aurait que trois opérateurs avec 5.000 engins chacun. Pour David Belliard, rien n'est prévu pour faire évoluer cette flotte avant le terme du contrat de deux ans. Une règle qui peut paraître assez rigide sur un marché encore peu mature comme celui des mobilités douces. Bilan dans deux ans !

Nabil Bourassi
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Commentaires 3
à écrit le 24/07/2020 à 11:15
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Il faut vraiment réglementer ce moyen de transport , rouler sur le trottoir, griller les feux etc... très dangereux pour les piétons et les utilisateurs aussi.

le 25/07/2020 à 17:11
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oui comme les motards

à écrit le 24/07/2020 à 8:13
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Une nouvelle menace pèse sur ce business: la vandalisation des trotinettes en vue de récupérer leur batterie. Un second marché se prépare d'évidence.

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