Air France-KLM : un changement de têtes dans le calme, loin des remous de 2011

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Après 16 ans à la tête d'Air France puis d'Air France-KLM, Jean-Cyril Spinetta quittera ses fonctions de PDG du groupe le 1er juillet. Il sera remplacé par l'actuel PDG d'Air France, Alexandre de Juniac. Ce dernier sera remplacé à Air France par Frédéric Gagey, l'actuel directeur financier de la compagnie tricolore.

C?est donc officiel. Après 16 ans à la tête d?Air France puis d?Air France-KLM, Jean-Cyril Spinetta quittera ses fonctions de PDG du groupe en juillet. Il sera remplacé par l?actuel PDG d?Air France, Alexandre de Juniac. Frédéric Gagey, l?actuel directeur financier de la compagnie tricolore, lui succédera à la tête d'Air France.

"Les transmetteurs"

Un passage de témoin qui intervient plus tôt que prévu. Jean-Cyril Spinetta cède le manche un avant la date limite fixée par les statuts, lesquels stipulent qu?un PDG atteignant l?âge de 70 ans doit quitter ses fonctions au plus tard à l?assemblée générale clôturant l?exercice en cours. Fêtant ses 70 ans en octobre, Jean-Cyril Spinetta pouvait donc continuer jusqu?à l?AG statuant sur les comptes 2013, prévue en avril 2014. Il ne l?a pas fait. Il a pris récemment la décision d?anticiper son départ, estimant que la restructuration des deux compagnies et la réorganisation du holding étaient toutes deux engagées. "La nouvelle organisation d'Air France-KLM sera mise en place le 1er juillet. Il est logique que ceux qui sont appelés à la faire vivre dans la durée en soeint en charge dès le début", a expliqué ce mardi à quelques journalistes Jean-Cyril Spinetta. Le choix d?Alexandre de Juniac n?est pas une surprise. Elle était envisagée dès sa prise de fonction il y a 18 mois, à condition qu?il acquiert « une bonne connaissance du secteur », qu?il démontre « des qualités de gestionnaire » et une « bonne intelligence du domaine social ». « Alexandre de Juniac a parfaitement réussi dans sa mission », a expliqué Jean-Cyril Spinetta en précisant qu?en octobre 2011, « on lui avait demandé avec Leo Van Wijk (le numéro deux d?Air France-KLM, ndlr) d?être des transmetteurs à Alexandre de Juniac».

Les prétendants à Air France pris à contrepied

La prise décision d?anticiper le passage de témoin a été prise en janvier. Elle a pris à contrepied tous les candidats pour le poste d?Air France. Car si la nomination d?Alexandre de Juniac à la tête d?Air France-KLM semblait assurée, celle d?Air France était beaucoup plus ouverte avec des prétendants internes, qui tous (ou presque) pouvaient faire jouer sur des soutiens influents. Frédéric Gagey était le poulain d'Alexandre de Juniac et disposait du soutien de KLM. Lionel Guérin, aujourd?hui PDG du pôle régional HOP! a depuis deux ans la préférence de Jean-Cyril Spinetta (qui apprécie aussi Frédéric Gagey). Florence Parly, directrice générale en charge d?Orly et des escales de province était, elle, la seule à avoir des accointances très fortes avec le gouvernement actuel (actionnaire à hauteur de 15,7% d?Air France-KLM), si tant est qu?il ait voulu jouer un rôle dans cette nomination. Bruno Matheu, directeur général du long-courrier et du hub de Roissy, est apprécié des pilotes (au même titre que Lionel Guérin).  Aucun n?avait prévu une accélération du calendrier. A l'exception de Frédéric Gagey, tous ont pris de nouvelles fonctions en début d?année pour relever de gros défis qui, en cas de succès, leur auraient permis de marquer des points durant la campagne. Celle-ci n?a pas eu lieu. Au moment où elle devait commencer, les choix étaient faits.

Le psychodrame de 2011
Contrairement à ce qu?il s'est passé il y a moins de deux ans, le choix du numéro 1 d?Air France n?a pas suscité de guerre des chefs. C?était la grande crainte des salariés et des administrateurs après la grave crise de gouvernance de 2011. Pour rappel, en 2011, Jean-Cyril Spinetta et Pierre-Henri Gourgeon, à l'époque respectivement président du conseil et directeur général exécutif d'Air France et d'Air France-KLM s?étaient opposés sur le nom de la personne appelée à diriger Air France (Pierre-Henri Gourgeon devait lâcher Air France pour ne conserver que ses fonctions à la tête du holding). Jean-Cyril Spinetta soutenait Lionel Guérin, président de la fédération nationale de l?aviation marchande (Fnam) et des compagnies Airlinair et Transavia, la filiale low-cost d?Air France. Pierre-Henri Gourgeon lui, voulait Alexandre de Juniac, l?ancien directeur de cabinet de Chrtistine Lagarde à Bercy. Après des mois de bras de fer, Pierre-Henri Gourgeon fut débarqué tandis que Jean-Cyril Spinetta reprenait les fonctions exécutives du groupe sans pouvoir imposer son choix (lire ici comment Spinetta a repris le contrôle d'Air France-KLM). C?est en effet Alexandre de Juniac qui fut nommé à la tête d?Air France.

Gagey, le choix de Juniac
Récemment, certains imaginaient déjà un scénario intenable entre Spinetta soutenant Guérin, Juniac soutenant Gagey et l?Etat poussant Florence Parly. Or, Jean-Cyril Spinetta n?a pas cherché à imposer Lionel Guérin. Il s?est rangé au choix d?Alexandre de Juniac. « Dans la mesure où Alexandre de Juniac va prendre les destinées du groupe, la décision lui appartenait », explique-t-on dans l'entourage de Jean-Cyril Spinetta. En outre, Jean-Cyril Spinetta apprécie Frédéric Gagey. « Sa carrière plaide pour lui. Il est dans le groupe depuis 19 ans. C?est moi qui proposé Frédéric Gagey au poste de directeur financier de KLM au moment de la fusion en 2004. En fait il a été plus que cela, pendant 7 ans, il était le numéro 2 de KLM. Il a rendu des arbitrages au-delà des questions financières. Tant chez Air France qu?à KLM, il a souvent été impliqué dans le social. Réussir à KLM n?était pas évident. Il a fait mieux que réussir. Cela illustre ses qualités », a expliqué Jean-Cyril Spinetta. Un choix apprécié évidemment par les Hollandais de KLM. Les pilotes en revanche dénoncent un profil financier.

In fine, Air France-KLM sera donc dirigé par un trio composé d?Alexandre de Juniac, Camiel Eurlings (président de KLM) et de Frédéric Gagey (PDG d?Air France). Alexandre de Juniac va donc prendre les rênes d?un groupe dont le pouvoir sera renforcé par rapport aux compagnies.
 

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Commentaires
a écrit le 26/03/2013 à 10:45 :
changement de têtes, certes, mais toujours même politique à la c.n ! la chanson, elle est archi connue !
a écrit le 26/03/2013 à 7:33 :
Et oui! On garde les mêmes qui ont menés le groupe dans la situation actuelle. Pire, ils prennent plus de pouvoir, les matheu, Bernard, et autres qui ont méprisés les low cost, faits des achats désastreux ( VLM), dégradés la qualité de service pour des économies de bout de chandelles, baissés leur pantalon face aux syndicats de naviguant. Face aux low cost, aux cies du golfe et asiatiques, combien de temps encore ce groupe survivra t'il ?
Réponse de le 26/03/2013 à 11:35 :
Oui la question mérite d'être posée, d'autant plus que la plupart des top managers d'Air France sont des hauts fonctionnaires, sans doute brillants pour gérer des affaires ministérielles, mais incompétents en matière de management et stratégie d'entreprise.
a écrit le 26/03/2013 à 5:22 :
Plutot que de passer votre temps sur Flightradar a compter le nombre d'avions low cost dans le ciel europeen, tenez vous plutot informe des changements en place et a venir. Les 3 categories de personnel ont deja fait de lourdes concessions. Par contre, interessez vous aux couts des escales francais, bases inclues, qui plombent les comptes du moyen courrier. 10 nouvelles embauches a MRS... Les couts de touchée sont exorbitants a cause de cette paix sociales que l'ont veut a tout prix...
a écrit le 26/03/2013 à 0:05 :
Pourquoi ne pas avoir confié les commandes à un hollandais! KLM est bénéficiaire et mieux organisée qu'Air France!!!
Les mauvais élèves vont diriger les bons éléments. A quand un premier ministre grec chancelier d'Allemagne?
Réponse de le 26/03/2013 à 15:32 :
Il aurait fallu que KLM absorbe Air France et non l'inverse...le meilleur élève n'est pas l'acheteur c'est tout...
a écrit le 25/03/2013 à 22:58 :
Sacré bilan pour Spinetta, des milliards mis sur la table (KLM, Alitalia et le reste), 16 ans de présence pour laisser une entreprise à l'agonie. Pendant ce temps Easyjet ou Ryanair se sont développées seules et valent aujourd'hui beaucoup plus cher qu'Air France. J'étais samedi soir au terminal 2 de Roissy, j'ai compté plus de 15 agents d'Air France qui attendaient des clients en tuant le temps. Si on peut encore gagner de l'argent comme ça c'est que tout le monde peut en gagner. Sortie bien peu glorieuse, mais avec parachute doré ?
a écrit le 25/03/2013 à 22:45 :
LA VRAIE REFORME...
doit venir des politiques. Quand aurontcils l'intelligence de baisser les charges sociales de tous les emplois des entreprises confrontées à une concurrence sans cadres sociaux et fiscaux ? Et oui... plutôt que de toujours vouloir baisser les salaires des salariés français avec des contrats français, soyons pour une fois intelligents en utilisant nos armes.
L'intelligence économique n'est pas dans la baisse des salaires et du nombre des salariés mais dans la forte diminution des charges sociales pour les uniques entreprises soumises au dumping social et fiscal : transports, automobile, aéronautique, industrie lourde.... et spécialisons nous dans le haut de gamme plus rémunérateur...
a écrit le 25/03/2013 à 20:14 :
Si A. de Juniac a incontestablement réussi à maintenir la paix sociale dans une entreprise en pleine transformation, c'est peut-être que trop de concessions ont été faites aux syndicats empêchant ainsi une véritable et indispensable refonte de la structure des coûts : où en est la productivité dans les bases de province et au cargo ? Quelle sera l'efficacité de la nouvelle structure complexe en charge des vols régionaux ? Quand l'entreprise s'attaquera t elle aux coûts du personnel navigant, pilotes et hôtesses ? Il suffit de remarquer la présence d'avions gros et très gros porteurs d'Emirates, toujours plus nombreux, dans les aéroports du monde entier pour être un peu inquiet. Sans parler des avions des lowcosts qui sillonnent le ciel européen...
a écrit le 25/03/2013 à 18:18 :
un directeur de cabinet ...entrepreneur ..!!!!!!
Réponse de le 25/03/2013 à 19:13 :
S'il est aussi bon que Spinetta les dix premières années, on ne se plaindra pas.
Pour mémoire, M. Spinetta fut directeur du cabinet du ministre Delebarre.
Réponse de le 25/03/2013 à 20:15 :
Une billee à la place d'un calot !
Pauvre France !
Réponse de le 25/03/2013 à 23:44 :
Demain matin, MRS, effectif moins 5, comme tous les jours.
Ils sont ou les autres ? A la maison, dans le taxi, sur le bord du chemin pour monter le mur du cd XX qui paye bien !
Réponse de le 26/03/2013 à 0:08 :
Bon dirigeant, Spinetta? C'est une blague! Je comprends que les Allemands n'arrivent pas à se faire à l'idée que les Français envoient des énarques à la tête d'Airbus alors qu'eux envoient des industriels issus du terrain.
Airbus n'a d'ailleurs jamais aussi bien été dirigée que depuis qu'elle a sa tête Tom Enders

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