Les sociétés autoroutières vont-elles, comme l'année dernière, consentir à accorder une ristourne aux automobilistes sur la route des vacances ? C'est le souhait de Clément Beaune, ministre délégué aux Transports, qui s'est exprimé ce matin sur RTL :
«On est à quelques semaines des grands départs qui vont se faire à partir de fin juin, début juillet, pour beaucoup de Français. On sait qu'on est dans une période difficile, d'inflation, de difficultés sur le pouvoir d'achat. Et donc je pense (...) que, dans ce contexte, il est important que les sociétés d'autoroutes fassent un geste commercial, fassent une réduction, une ristourne».
Les principales sociétés d'autoroutes avaient concédé l'été dernier une réduction de 10% sur les trajets des détenteurs d'un badge de télépéage, à condition qu'ils règlent en chèques vacances.
Le ministre a qualifié au passage de « démagogie » la proposition du député François Ruffin de rendre les autoroutes gratuites cet été. L'élu LFI s'était exprimé début mai à l'Assemblée nationale, après la publication d'un rapport de l'Inspection générale des finances, qui soulignait que le prix des péages était indexé à l'inflation, « à la différence des salaires », s'était-il emporté.
Ce dernier a précisé ce matin qu'il allait discuter des « modalités » de ces ristournes avec les sociétés d'autoroutes la semaine prochaine.
La rentabilité des sociétés d'autoroutes n'en finit pas de faire débat
Alors que le gouvernement envisage de raccourcir les concessions accordées aux sociétés autoroutières, des rapports contradictoires, jugements définitifs puis démentis, rendent difficile toute analyse du modèle économique du secteur.
« Le débat sur la rentabilité des sociétés concessionnaires d'autoroutes repose de moins en moins sur des considérations objectives. On est bien souvent dans des débordements passionnels », a déploré le 29 mars le président de Vinci Autoroutes, Pierre Coppey, au Sénat. Il estime sa rentabilité plutôt inférieure à ce qui était prévu lorsque les autoroutes ont été privatisées en 2006. Et de dénoncer des « rapports plus ou moins à charge, sur la base de données fausses ou peu objectives » selon lui.
Deux études pointent du doigt les autoroutes de Vinci dans le sud de la France et d'Eiffage dans le centre-est : un rapport du sénateur Vincent Delahaye (UDI) de 2020 et un autre de l'Inspection générale des finances (IGF) de 2021. « On a Vinci et Eiffage sur lesquels il faut réagir », avait alors insisté le sénateur de l'Essonne qui - jugeant ses calculs toujours valables - concluait à une « surrentabilité », une fois atteint le taux de rentabilité de 8% prévu d'ici fin 2024, « de 30 à 35 milliards d'euros », au total pour les deux groupes. Les patrons des sociétés concessionnaires d'autoroutes renvoient aux calculs de l'Autorité de régulation des transports (ART), qui ne montrent pas de rentabilité excessive.