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Covid-19 : les compagnies aériennes espèrent une "courbe en V" comme pour le SRAS en 2003

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 04 mars 2020 à 07:01 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:49

Airbus en perte en 2019 apres une charge sur l'a400m, reglement litige

Airbus en perte en 2019 apres une charge sur l'a400m, reglement litige

REGIS DUVIGNAU

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Secouées par l'impact sur les passagers du Covid-19, les compagnies aériennes espèrent un scénario similaire à celui du SRAS en 2003 qui avait vu le trafic chuter rapidement avant de rebondir tout aussi fortement et revenir à la normale au bout de six mois. Pour autant, si la crise perdure, elle entraînera une consolidation du secteur soit par la disparition ou le rachat des compagnies les plus fragiles ont estimé mardi à Bruxelles, les patrons des grandes compagnies européennes, lors du colloque de leur...

Les avions se vident, les réservations chutent, et les cours de bourse des compagnies aériennes dégringolent. Après des années d'accalmie et de bénéfices record, le transport aérien est secoué par l'impact dévastateur sur leur activité de la crainte que suscite le Covid-19. Les annulations se multiplient vers les pays touchés relativement fortement par le coronavirus comme la Chine ou l'Italie, mais aussi vers d'autres parties du réseau. Au-delà de ces destinations, les entreprises ont suspendu ou ont freiné fortement les déplacements de leurs collaborateurs, tandis que sur le marché loisirs, les passagers qui n'avaient pas encore réservé leur voyage pour les vacances estivales attendent avant d'acheter de voir l'évolution de l'épidémie.

Ryanair table sur une baisse de trafic de 10% en avril et en mai

Le groupe Ryanair a par exemple s'attend à une baisse de trafic de 10% en avril et en mai, a indiqué son directeur général Michael O'Leary, lors d'un colloque organisé ce mardi à Bruxelles par l'association de compagnies aériennes européennes Airlines for Europe (A4E) auquel participaient également tous les patrons des grands compagnies aériennes européennes, Ben Smith (Air France-KLM), Carsten Spohr (Lufthansa), Willie Walsh (IAG), Michael O'Leary (Ryanair), Johan Lundgren (Easyjet).

Tous les acteurs du transport espèrent un scénario similaire à celui de l'épidémie de SRAS en 2003, dont le pic, mi-mars de cette année-là, s'était combiné avec l'intervention menée par les Etats-Unis en Irak. Une courbe en "V" marquée par une chute drastique du trafic en mars-avril, suivie par une reprise toute aussi forte une fois le coronavirus dompté et un retour à la normale grosso au bout de six mois. Un scénario qui permettrait encore de sauver les meubles pour une partie de la saison estivale, laquelle génère l'essentiel des bénéfices des compagnies aériennes. 

Le poids des réseaux sociaux

Aujourd'hui, un tel scénario semble encore loin. Mais sur le papier, il est tenable. Nous ne sommes que début mars et l'affaiblissement du nombre de contaminés en Chine est encourageant.

"La situation se stabilise en Asie", a fait remarquer Willie Walsh, le directeur général du groupe IAG, composé notamment de British Airways et d'Iberia.

Pour autant, la crise du Covid-19 diffère de celle du SRAS. Ce dernier était focalisé essentiellement en Asie (Chine, Vietnam) et au Canada (Toronto), tandis que le Covid-19 s'est propagé rapidement en dehors du foyer d'origine, la Chine, en particulier en Europe, dans des pays dont il n'est pas certain que des mesures aussi drastiques qu'en Chine soient prises. En outre, le poids des réseaux sociaux et des chaînes d'actualité en continu accentue aujourd'hui la médiatisation du coronavirus, qui était déjà forte à l'époque du SRAS, mais qui avait décliné au fur et à mesure que l'épidémie reculait.

"Ce qui est définitivement différent avec cette crise, c'est le type d'attention médiatique qu'elle reçoit. Les médias sociaux ont eu un impact différent sur la confiance et la compréhension des personnes qui prennent l'avion", a estimé Ben Smith, le directeur général d'Air France-KLM.

En attendant, si le trafic dégringole sur les destinations touchées par le Covid-19 comme la Chine ou l'Italie, tous les axes aériens sont par ricochet impactés, à des degrés divers.

"Nous avons constaté une baisse de la demande, en particulier dans le nord de l'Italie, mais cela s'est également répercuté sur les autres parties du réseau", a expliqué Johan Lundgren, le directeur général d'Easyjet.

Cathay Pacific cloue au sol 120 avions

Aussi, sans atteindre l'ampleur de la compagnie de Hongkong Cathay Pacific qui a cloué au sol 120 appareils (la moitié de sa flotte) pour annuler 75% de ses vols, les opérateurs européens ont eux aussi sabré dans leur réseau -certes de manière beaucoup plus modérée-, en réduisant leur capacité, essentiellement vers la Chine et l'Italie. Ryanair a par exemple réduit sa capacité de 25% vers l'Italie ces dernières semaines. Pour autant, en Europe, c'est Lufthansa qui prend les décisions les plus spectaculaires. Après avoir déjà cloué au sol 13 gros-porteurs, le groupe Lufthansa a même indiqué le 28 février qu'il pourrait annuler jusqu'à 25% de son offre court et moyen-courrier et clouer au sol jusqu'à 25 gros-porteurs. Air France-KLM a, pour l'heure, décidé de redéployer une très grande partie de son offre long-courrier prévue  sur la Chine vers d'autres zones, comme l'Amérique du Nord, l'Afrique ou les Antilles, où la situation est qualifiée par Ben Smith de "stable". Mais ce redéploiement n'est pas sans risque sur des marchés déja peu dynamiques puisqu'il peut engendrer une surcapacité et une baisse des prix pour remplir les avions.

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Des compagnies menacées

Pour autant, certains patrons, comme Michael O'Leary, s'attendent à souffrir pendant quelques semaines mais parient ensuite sur reprise très forte. Michael O'Leary table en effet à un "environnement de réservation très dégradé" pour les deux ou trois semaines à venir, mais que si la crise se stabilisait, les réservations se redresseraient.

"Je pense que dans deux ou trois semaines, les gens vont se lasser du coronavirus, à Pâques, il se calmera et l'été sera à nouveau normal", a-t-il dit, quitte à faire des promotions pour stimuler le trafic.

Pour autant, si le scénario de la fameuse courbe en "V" est fort probable pour le Covid-19 ("on s'attend à ce que le trafic reprenne fortement", selon Willie Walsh), reste à savoir quand aura lieu le retournement. Si la crise devait durer au point de plomber la saison estivale, de nombreuses compagnies aériennes (les plus petites et les plus fragiles qui seront privées des rentrées de cash des réservations pour l'été) passeront à la trappe. Selon Ben Smith, la propagation du coronavirus pourrait donc "accélérer la consolidation du transport aérien". Alexandre de Juniac, le directeur général de l'association internationale du transport aérien (IATA) ne dit pas autre chose. Fin février, il avait estimé que certaines compagnies étaient "en danger".

Plus solides financièrement, les grands groupes, de leur côté, résisteront, mais devront néanmoins se serrer la ceinture pour passer la tempête. Plusieurs compagnies ont d'ores et déjà annoncé des mesures d'économies avec le gel des embauches, des salaires, des formations... ou encore des congés sans solde et du chômage technique temporaire.

À lire également

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  • Que le coronavirus déborde sur la saison été : la grosse crainte des compagnies aériennes

En tous cas, les dégâts financiers sont déjà lourds. L'association internationale du transport aérien (IATA) tablait sur une perte de chiffre d'affaires de 30 milliards de dollars pour l'ensemble du secteur. Le 20 février, avant le bond de la propagation en Europe, Air France-KLM évaluait la perte d'exploitation à 150-200 millions d'euros à fin avril. Aujourd'hui, la facture risque d'être plus salée.

Fabrice Gliszczynski

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