Le fluvial débloque 3 milliards d'euros pour concurrencer la route et le rail

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« On pourrait faire passer quatre fois plus de bateaux qu'aujourd'hui. On est très loin de la limite de saturation à la différence de la route et du rail », assure Thierry Guimbaud, le DG de Voies Navigables de France.
« On pourrait faire passer quatre fois plus de bateaux qu'aujourd'hui. On est très loin de la limite de saturation à la différence de la route et du rail », assure Thierry Guimbaud, le DG de Voies Navigables de France. (Crédits : VNF Françis Cormon)
L’établissement public Voies Navigables de France et le gouvernement viennent de signer un contrat d’objectifs et de performance sur dix ans visant à rendre les fleuves, canaux et rivières plus attractifs en matière de logistique et de tourisme.

Saviez-vous que la France est à la tête du plus grand réseau de voies navigables d'Europe ? 40.000 hectares de domaine public fluvial, 6.700 kilomètres de fleuves, canaux et rivières et 4.000 écluses, barrages, ponts-canaux sont entretenus, exploités et développés au quotidien par Voies navigables de France (VNF).

Un pilier de la transition écologique dans les transports ?

La mission de VNF est triple : créer les conditions du développement du transport de fret, concourir à l'aménagement du territoire et au développement touristique, et assurer la gestion hydraulique en garantissant la sécurité des ouvrages tout en luttant contre les inondations et le stress hydrique. Autrement dit, une consommation d'eau supérieure au stock réel.

Cet établissement public à caractère administratif sous tutelle de la direction générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer, vient de signer avec les ministres de la Transition écologique et des Transports un contrat d'objectif et de performance (COP) sur dix ans pour améliorer les services rendus aux usagers des fleuves : logisticiens, compagnies touristiques...

« Le pari du COP est de faire du fluvial le premier mode de transports devant la route et le rail et de se dire que dans dix ans, ce sera un pilier de la transition écologique dans les transports », explique à La Tribune le directeur général de Voies Navigables de France, Thierry Guimbaud.

Un budget d'investissement qui va doubler en 2021

Jusqu'à la fin des années 1960-début des années 1970, le fluvial a effectivement été le premier mode de transport des humains et des marchandises. Jusqu'à ce que le développement d'un réseau routier et autoroutier à grande capacité le rende moins compétitif. Ajoutez à cela la désindustrialisation du pays qui fait que l'acheminement de matières premières lourdes a privilégié d'autres modes de livraison.

Le rapport de force serait en train de s'inverser. D'après les données de VNF, 2019 a connu une croissance du trafic commercial de 10% par rapport à 2018, et 2020, bien que cataclysmique du fait de la pandémie, a atteint le niveau de 2018. Pour inverser la tendance, l'opérateur d'Etat va doubler son budget d'investissement dans le cadre du contrat d'objectif et de performance (COP). De 150 millions d'euros, ce dernier va être rehaussé à 300 millions en 2021 pour atteindre 3 milliards d'euros d'ici à fin 2029.

« On est très loin de la limite de saturation »

L'accent va ainsi être mis sur la régénération des écluses, barrages et ponts-canaux, des installations anciennes et potentiellement à risques. Les céréaliers, les BTPistes, les transporteurs de déchets ou encore les industriels de l'aéronautique sont des habitués, mais d'autres acteurs économiques pourraient redécouvrir les voies d'eau.

« On pourrait faire passer quatre fois plus de bateaux qu'aujourd'hui. On est très loin de la limite de saturation à la différence de la route et du rail », assure Thierry Guimbaud, le DG de Voies Navigables de France.

La révolution numérique va également s'inviter sur les ouvrages d'art, avec l'installation de centres de télécommande et de systèmes d'automatisation en plus de la présence d'équipes physiques. Aujourd'hui, les bateaux sont déjà équipés d'écrans qui leur indiquent la position des autres navires et le temps avant d'arriver à une escale. Demain, d'autres informations pourront être envoyées à ces usagers.

Dernier sujet et non des moindres : le développement des infrastructures. C'est par exemple le canal Seine-Nord-Europe prévu fin 2028 entre la Seine et l'Escaut pour connecter les bassins de la Seine et de l'Oise à tout le réseau fluvial nord-européen.

Sans oublier les partenariats avec les collectivités arrosées par ces fleuves, canaux et rivières - l'opérateur d'Etat travaille ainsi avec le conseil régional d'Occitanie sur le canal du Midi - et les autres opérateurs de transport - une alliance fer et fleuve a été signée avec SNCF Réseau pour mutualiser les offres.

Des ressources propres amenées à dépasser les ressources budgétaires

En attendant, VNF bénéficie déjà de deux grandes sources de financement, la principale étant budgétaire : 250 millions d'euros issus du projet de loi de finances et entre 130 à 180 millions d'euros de l'Agence de financement des transports et des infrastructures (AFITF). Mais d'ici à deux à trois ans, du fait du COP, cette part va diminuer au profit des ressources propres, afin d'encourager l'opérateur d'Etat à capter des richesses localisées, notamment via les partenariats évoqués ci-dessus.

Des ressources propres qui existent déjà. D'une part, pour environ 125 millions d'euros, des redevances hydrauliques sont payées par tous ceux qui utilisent l'eau à des fins autres que la navigation, comme EDF qui puise de l'eau pour refroidir ses centrales nucléaires ou les agriculteurs pour irriguer leurs champs. De l'autre, pour près de 40 millions d'euros, des redevances d'usages de réseau, dont s'acquittent, à titre d'illustration, tous ceux qui installent une guinguette au bord de l'eau.

15 millions d'euros viennent enfin des péages d'usage, réglés à 50% par le fret et à 50% par le tourisme. « Pour les usagers, le coût est modique, mais si on leur donne une qualité de services supplémentaires, on pourra revoir les conditions tarifaires en conseil d'administration », précise le directeur général de VNF, Thierry Gimbaud. Par services supplémentaires, le haut fonctionnaire cite le déploiement d'infrastructures de recharge décarbonées (électricité, hydrogène...) ou l'ouverture de plus grandes amplitudes horaires pour les installations.

Pour rappel, un convoi fluvial de 4.500 tonnes représente 220 camions évités, et donc autant de pollution atmosphérique. Soit, selon toutes sources confondues, entre 8,8 et 37,4 g de dioxyde de carbone par tonne et par kilomètre en moins.

Lire aussi : Une nouvelle marque pour booster l'attractivité du canal du Midi

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Commentaires
a écrit le 04/05/2021 à 19:23 :
Tout ceci est bien beau,mais lorsque l'on voit ce qui se passe à Pont sur yonne.
Avec la constructiond'un nouveau pont 38 Cm plus bas que l'ancien on est en droit de se poser des questions sur la volonté de certaines de nos administrations à vouloir faciliter les transports fluviaux..
Le transport fluvial lentement moins polluant que le routier ne bénéficie pas des mêmes soutiens que le rail ou la route. Certains lobbies non aucuns intérêts à voir cette forme de transport progresser.
A noter que VNF a fait proposition de 1 million d'euro pour rehausser ce pont mais que cette offre a tout simplement était refusée par le département.
Ceci est d'autant plus regrettable qu' un port autonome est 10 km en amont de ce pont qui entrave la circulation des chargements hauts.
Ou son les beaux discours écologiques de nos dirigeants?
a écrit le 03/05/2021 à 18:28 :
C'est pas NSarko qui avait parlé de canal à creuser pour compléter l'existant ? Mais les finances ont peut-être manqué, voire c'était trop tôt (même si ça revient de temps en temps sur le tapis puis glisse).
Un chauffeur de camion c'est un chômeur en moins.
Si covid aide à enfin reprendre d'anciens dossiers liées aux canaux, ça aura été un effet bénéfique (ça change un peu de l'habituel). Et décarboner fait partie de ce genre de réalisations. Pour revêtir les routes pas sûr que l'enrobé arrive par péniche, les camions n'ont pas terminé leur rôle (permis matières dangereuses).
a écrit le 03/05/2021 à 9:48 :
Les voies navigables ?
Il y a un certain nombre d'années, il a été question d'élargir le canal Rhin Rhône pour que les très grosses péniches puissent convoyer..Les terrains ont été achetés pour des millions.... Les écolos ont tout fait bloqué !
Cela aurait permis de supprimer une multitudes de camions sur les routes du nord au sud. Alors ? Quelle écologie ? Où idéologie ! Ces gens sont rétrogrades, ils font passer leur dogmatisme avant les intérêts de la Nation.... ils s'en moquent !!!
Qu'ils continuent, ils seront rejetés !!!.
Réponse de le 03/05/2021 à 21:08 :
Pertinent ce canal grand gabarit Rhin Rhône reliant Marseille à Duisbourg.
Grâce aux ecolos et à D Voynet maire et député de Dole le projet stoppé.Puis elle a quitté sa ville pour se réfugier à Paris dans une planque. L’écologie c’est être pour ce qui est contre et l’inverse.
a écrit le 03/05/2021 à 9:28 :
"Un pilier de la transition écologique dans les transports ?"

Les moteurs diesel puent,et sur l'eau c'est encore pire que sur la route, vu que c'est un secteur vieillot il serait bien pratique pour engendrer une économie sur du transport écologique. C'est une très bonne idée de les utiliser mais si c'est pour reproduire déjà les mêmes débilités que sur la route c'est inutile.Surtout que normalement cela demande moins d'énergie de transporter sur l'eau que sur la route.
Réponse de le 03/05/2021 à 18:22 :
Une péniche c'est 300-500 camions en moins, le moteur consomme-t-il en proportion, surtout à moins de 80km/h (c'est plus lent, il faut donc s'organiser) ? Un jour elle "roulera" à l'hydrogène, la péniche (dans le futur :-) ).
Réponse de le 05/05/2021 à 11:08 :
Tu me l'as déjà faite celle là et je t'ai déjà répondu qu'une péniche ce n'est pas 500 camions.

SIgnalé je suis pas là pour faire du show, merci.
a écrit le 03/05/2021 à 8:59 :
Une bonne chose, même les canaux à faible gabarit devrait suivrent la même voie.

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