Le pass sanitaire sera-t-il suffisant pour relancer la connectivité aérienne dès cet été ?

L’été qui arrive marquera-t-il le début du rebond pour le transport aérien civil ? Que doit-on attendre en termes de connectivité entre la métropole et l’Outre mer, la France et les pays européens et les autres continents ? Une problématique complexe décryptée par Pascal De Izaguirre, PDG de Corsair, Thomas Juin président de l'Union des Aéroports Français (UAF) et Arnaud Vaissié, président de International SOS et de AOK Pass lors du Paris Air Forum organisé le 21 juin par La Tribune au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

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Cette crise sanitaire pose la question de la pertinence du mode de connexion entre aéroports.

L'été sera chaud, comme tous les ans désormais. Sera-t-il également bénéfique pour un secteur du transport aérien civil qui a énormément souffert depuis seize mois ? Les obstacles restent nombreux pour envisager un redécollage massif des vols. Ce qui semble certain, c'est que la séquence à venir sera différente du monde pré-Covid.

« Les opérateurs vont se transformer, et il y aura une redistribution des cartes. Les voyageurs, eux, ne prendront plus l'avion de la même façon. Certaines analyses prospectives évoquent jusqu'à 40% des déplacements affaires qui seront annulés à moyen terme » avertit Thomas Juin président de l'Union des Aéroports Français (UAF).

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Des contraintes toujours présentes

Mais certains signes positifs existent néanmoins. Depuis l'annonce du calendrier de déconfinement du 19 mai dernier, la destination Outre-mer a repris du poil de la bête. « Le rythme de vente s'est accéléré depuis le 9 juin et la suppression des motifs impérieux » se félicite Pascal De Izaguirre, PDG de Corsair.

Toutefois, des contraintes subsistent, comme une période d'auto-isolement de 7 jours pour les personnes non vaccinées en partance pour les Antilles ou la persistance des motifs impérieux pour la Réunion et Mayotte (sauf pour les personnes vaccinées). Quel que soit le succès de la saison estivale 2021, le retard accumulé ces derniers mois dans la prise de réservation ne sera pas rattrapé selon le PDG de Corsair. Les « stop and go » en fonction de l'apparition de nouveaux variants ne favorisent pas non plus un redémarrage massif.

Cette crise sanitaire pose aussi la question de la pertinence du mode de connexion entre aéroports. Faut-il privilégier les départs à partir de grands hubs ou des vols de point à point ? Pour Pascal De Izaguirre, c'est ce dernier système qui devrait devenir la norme dans les mois à venir : « avec le point à point, le temps de voyage est plus court, il y a moins de temps d'attente et de contrôles. Et une diminution des occurrences de contact avec les autres passagers ». Sans oublier une empreinte carbone moins élevée. Corsair développe ainsi les vols directs au départ de la province, avec un Lyon Marseille la Réunion deux fois par semaine, un Nantes Fort-de-France et un Lyon Pointe-à-Pitre.

Une apocalypse des temps d'attente ?

De plus, la tendance du self connecting (correspondance autonome), qui permet de gérer soi-même sa correspondance entre deux vols sur deux billets séparés, devrait s'affirmer dans le futur. Selon le cabinet de consulting ICF, en 2017, plus de 55 millions de passagers dans le monde ont établi eux-mêmes leurs correspondances, la quasi-totalité d'entre elles comprenant au moins un vol sur une compagnie low cost.

Les voyageurs affaires, eux, devraient revenir prochainement dans les avions à condition que les entreprises reçoivent des garanties : « nous recevons sept fois plus d'appels qu'avant la crise » remarque Arnaud Vaissié, président de International SOS et de AOK Pass. Thomas Juin, lui, sonne l'alarme sur le manque de coordination du contrôle des pass sanitaires au niveau européen : « si les modalités de contrôle ne sont pas adaptées rapidement, nous nous dirigeons vers une situation équivalente à celle du passage au code Schengen en 2017, avec deux heures et demie de retard en moyenne ». Des contrôles incompatibles avec les temps de rotation des appareils : « les compagnies aériennes ne pourront pas attendre les passagers » avertit le président de l'UAF. Une telle situation a d'ailleurs eu lieu le 20 juin pour un vol Ryanair au départ de Toulouse, qui a laissé sur le tarmac une cinquantaine de passagers faute de personnel suffisant au niveau des enregistrements.

En mai, Augustin de Romanet, pdg d'Aéroports de Paris, avait déjà alerté sur le risque d'une « possible apocalypse du temps d'attente » et réclamé le 8 juin la levée des contrôles systématiques des passagers arrivant de la zone Schengen. Une inquiétude partagée par Pascal de Izaguirre qui évoque un empilement de mesures administratives « déconnectées de la réalité du terrain ». La solution pourrait passer par l'adoption d'un passeport sanitaire universel combinant pass vaccinal et résultat récent de test PCR qui serait adopté par toutes les compagnies et tous les aéroports. Mais ce sésame n'est pas pour tout de suite selon Arnaud Vaissié, qui rappelle qu'il doit d'abord être intégré aux GDS, les systèmes de réservation informatique comme Amadeus et Sita. «  Amadeus et Star Alliance ont conclu un accord autour de notre AOK Pass » annonce le président de International SOS.

La fiscalité, point crucial pour les aéroports

À condition que les pays se mettent d'accord sur des systèmes interopérables. « C'est la clé, même s'il y a 10,15 ou 20 systèmes différents. C'est techniquement possible en développant des API (advance passenger information), des données relatives aux voyageurs collectées au moment de l'enregistrement » ajoute Arnaud Vaissié. Cette reconstruction de la connectivité aérienne est « sans précédent » pour Thomas Juin.

Les compagnies aériennes vont vouloir rétablir leurs marges et les aéroports restaurer leurs capacités financières, avec des redevances augmentées en conséquence. « Le différentiel va se faire sur la fiscalité entre les pays. L'Etat français doit être particulièrement vigilant sur les coûts de touchée (qui incluent les diverses taxes et redevances NDR) » explique Thomas Juin.

Le gouvernement a « neutralisé » une augmentation substantielle de taxes générée par le Brexit, une action saluée par Thomas Juin. « Mais sur l'essentiel, la fiscalité en général, nous n'avons pas été entendus. II faut vérifier si l'écart de coût avec les autres pays s'aggrave ou pas » ajoute le président de l'UAF. Un gouvernement qui est venu au secours des compagnies, comme le reconnaît volontiers Pascal de Izaguirre : « il faut saluer l'action de l'Etat qui a évité des faillites et des licenciements massifs. Mais il n'a pas voulu établir un plan sectoriel pour défendre le pavillon national face aux low cost ».

Des low cost qui vont sans doute privilégier les aéroports avec le niveau de taxe le plus faible. « En termes de redevances nous sommes compétitifs. Mais pas en ce qui concerne la fiscalité » insiste Thomas Juin, qui réclame une « véritable vision sur le secteur aéronautique » de la part de l'Etat. Thierry Breton, commissaire européen chargé du marché intérieur, qui a ouvert cette édition du Paris Air Forum, reste optimiste : « nous avons mis en place en quelques semaines un pass sanitaire pour les 27 pays de l'Union qui sera opérationnel partout à la fin du mois ». Il a aussi bon espoir que la réciprocité dans l'ouverture des frontières entre l'Europe et les États-Unis soit à portée de main. Deux bonnes nouvelles pour le transport aérien à la veille des vacances d'été.

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Commentaires 5
à écrit le 22/06/2021 à 10:40
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Il faut accélérer le pass sanitaire puisque selon 10 digireants de grandes entreprises parus au JDD, la France n'a plus de talents si bien qu'il faut faire appel aux réfugiés dont Sultan Marmed Niazi s'est révélé un talent certain en 2019 à Villeu...

à écrit le 22/06/2021 à 3:02
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Tant que la pandemie ne sera pas definitivement eradiquee, les voyages seront soumis a controle et isolement a l'arrivee suivant la reglementation de chaque pays. Ici en Coree, vaccine ou pas, test negatif ou pass sanitaire n'ont aucunes valeurs. C'...

à écrit le 21/06/2021 à 21:38
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J'ai dans l'idée que le transport aérien ne va pas se remettre de sitôt de cette période Covid ET post Covid. Les contraintes sanitaires ajoutées aux contraintes déjà existantes sur fond de terrorisme, d'écologie, de "honte de prendre l'avion" ne me...

à écrit le 21/06/2021 à 19:58
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Le passe sanitaire ne peut pas être suffisant, puisqu'il n'est pas nécessaire

le 22/06/2021 à 5:43
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Hors territoire europeen, le pass n'a aucune valeur. Donc a l'arrivee, c'est direct isolement durant 5 jours a minima a vos frais. Quand on prend des vacances au diable, ca fait reflechir et c'est tres bien ainsi. Le tourisme de masse est a combattre...

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