Pour réussir la reprise du transport aérien

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(Crédits : PIERRE ALBOUY)
OPINION. Alors que le transport aérien est au plus bas avec la crise sanitaire, (*) Thomas Juin, le président de l'Union des Aéroports Français (UAF) explique les mesures que doit prendre la France pour envisager une reprise du trafic à partir d'avril 2021 et reconstruire la connectivité aérienne des territoires.

Thomas Juin

Avec une chute de plus de 70% du trafic aérien en 2020, il faut se rendre à l'évidence, le trafic aérien ne repartira pas cet hiver et l'erreur serait d'attendre la disparition de l'épidémie pour envisager les conditions de la reprise. Il faut, dès à présent, viser le cap d'avril 2021 qui marque le début de la saison aéronautique printemps/été, moment où les compagnies aériennes redéployent leurs vols, étoffent leurs programmes et proposent de nouvelles destinations. Il faut tout mettre en œuvre pour fonctionner à cette échéance avec un virus toujours actif.

Fonctionner avec un virus toujours actif

Nous ne pourrons pas vivre une seconde fois la situation de l'été dernier où les compagnies aériennes ont renforcé de manière volontariste leur capacité et ont été stoppées dans leur élan par l'absence de coordination européenne et le retour brutal et erratique des quarantaines. Il faut par conséquent mettre en oeuvre, dès cet hiver, des dispositifs de tests express au départ des vols internationaux, y compris au sein de l'Union européenne, et inciter progressivement les passagers, pour accompagner la montée en puissance du trafic, à se munir d'attestations de tests négatifs avant l'arrivée à l'aéroport.

Face à l'absence d'avancée européenne significative sur ces dispositifs, la France doit prendre les devants et passer des accords de réciprocité avec ses principaux partenaires afin de lever les quarantaines sans quoi toute reprise du trafic est illusoire. Les efforts doivent d'abord porter vers nos principaux partenaires européens -Italie, Allemagne, Espagne, Belgique, Suisse, Portugal...-, mais aussi vers les marchés hors UE prioritaires -Royaume- Uni, Bassin méditerranéen, Etats Unis, Russie, etc.

Le transport aérien doit pouvoir fonctionner avec un virus actif comme il a su le faire avec la menace terroriste après le 11 septembre 2001.

Reconstruire la connectivité aérienne

La programmation 2021 des vols sera cruciale. Traditionnellement les compagnies reprogramment d'une année sur l'autre leurs vols en se basant sur l'année précédente pour effectuer des ajustements. Or, en avril 2021, il s'agira de reconstruire la connectivité aérienne de la France à partir d'une page blanche car le réseau aérien français est anéanti. Plus que jamais les compagnies européennes vont chercher à programmer des vols en dégageant la plus forte rentabilité avec une offre nécessairement réduite. Les compagnies européennes arbitreront en fonction de la capacité à voyager vers telle ou telle destination mais aussi de la fiscalité existant sur les billets d'avion. Elles chercheront à redéployer les lignes aériennes là où elles dégageront le maximum de cash tout en proposant des tarifs attractifs. Le montant des taxes de chaque pays sera examiné à la loupe.

La France doit donc, en 2021, attacher la plus grande importance à l'écart de fiscalité avec nos principaux concurrents, notamment l'Espagne et l'Italie. Deux mesures apparaissent alors nécessaires : appliquer une baisse de 50 % de la taxe d'aéroport sur les premiers mois de redémarrage afin d'inciter les compagnies à positionner leurs avions en France et neutraliser l'augmentation des taxes consécutive au Brexit sur les liaisons avec le Royaume-Uni.

Préserver les compétences et les emplois

La préservation des effectifs et des compétences est un élément clé de notre capacité à accompagner la reprise en avril 2021. L'actuel dispositif d'activité partielle nous a permis de sauver jusqu'à présent l'essentiel de nos emplois. Il faut prolonger ce dispositif au-delà du 31 décembre pour limiter le risque de plans sociaux et de perte de compétence. Il faut également que ce dispositif puisse bénéficier de manière identique à l'ensemble des acteurs de l'écosystème du transport aérien. La chute du trafic se traduit par une même chute de chiffre d'affaires pour tous les acteurs.

La préservation de la trésorerie est également un enjeu de premier ordre. L'Etat doit s'assurer que le financement des missions régaliennes de sécurité et sûreté aéroportuaires soit pleinement sécurisé. Le pire serait de devoir puiser dans des trésoreries exsangues afin de combler un déficit régalien alors même que nombre d'aéroports ont déjà dû contracter des prêts pour survivre. En 2020, l'Etat a prévu une avance de 300 millions d'euros déjà insuffisante. Une somme supplémentaire doit être provisionnée pour sécuriser l'année 2021 et éponger le déficit 2020 restant. Une réflexion doit enfin être initiée pour repenser plus largement le modèle du financement de la sûreté aéroportuaire.

Cinq mois, c'est le temps qu'il nous reste pour réussir, avec l'appui des pouvoirs publics, et sur la base de ces propositions, la reprise du transport aérien. Soyons collectivement à la hauteur de cet enjeu. L'avenir de milliers d'entreprises et d'emplois en dépend.

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Commentaires
a écrit le 03/12/2020 à 14:59 :
Jamais cet "expert" n'évoque les dégâts provoqués dans l'aérien par un modèle mortifère : le bas-coût / bas-prix". Il a entrainé toute l'activité dans une autorotation irrécupérable. Les compagnies adeptes de ce modèle abusent de leurs salariés, imposent des conditions léonines aux aéroports qu'elles fréquentent, transportent des hordes de touristes qui détruisent la planète et génèrent une pollution dantesque ! Les compagnies traditionnelles ont été obligé de suivre cette course au moins disant avec pour conséquences des services de mauvaise qualité (surtout en classe éco) et des tarifs qui ne correspondent plus aux coûts. Pour sortir de l'actuelle crise, il faudrait que les compagnies bas-coûts / bas-prix disparaissent, que les prix augmentent pour voyager sur les compagnies traditionnelles leur permettant d'offrir de bonnes conditions en classe éco. Moins mais mieux ! Un vrais restaurant par mois au lieu d'un fast-food par semaine... mais des experts comme ce monsieur ne sont pas capables d'imaginer un autre modèle ou bien sont complices de celui actuel ?! Et comme ils sont soutenus par de nombreux individus qui veulent que tout reprenne comme avant le covid... nous sommes mal barrés !

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