Retard du Grand Paris Express en Seine-Saint-Denis : les élus et le Medef relativisent

Pour la deuxième fois depuis février 2018 et la confirmation du gouvernement de réaliser l'intégralité des lignes du super-métro francilien, la Société du Grand Paris vient d'annoncer le décalage dans le temps des portions prévues pour les Jeux olympiques de 2024. Aux premières loges, les maires et les chefs d'entreprises relativisent la portée de cette décision.
César Armand

5 mn

Les rames du Grand Paris Express.
Les rames du Grand Paris Express. (Crédits : DR)

Elles restent les lignes les plus importantes du tracé du Grand Paris Express. Les morceaux des futures lignes 16 et 17 du super-métro initialement prévus pour les Jeux olympiques (JO) de Paris 2024 seront livrés plus en retard que prévu. La première est censée desservir le sud de la Seine-Saint-Denis jusqu'à l'est de la Seine-et-Marne, de Saint-Denis-Pleyel à Noisy-Champs. La seconde partira aussi de Saint-Denis-Pleyel pour arriver en Seine-et-Marne au Mesnil-Amelot en passant par le triangle de Gonesse et l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle dans le Val-d'Oise.

Entre-temps, la Covid-19 est passée par là. Un mois après la fin du premier confinement, le 22 juin 2020, le ministre des Transports indiquait que "l'accès aux sites des Jeux olympiques ne sera possible qu'avec la ligne 14 dont l'extension est actuellement en cours". Jean-Baptiste Djebbari validait alors la rumeur tenace dans le microcosme du Grand Paris selon laquelle les lignes 16 et 17 ne seront pas au rendez-vous de Paris 2024. Comme d'ailleurs, le projet ferroviaire CDG Express de relier l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle au centre de Paris en 20 minutes.

Une année 2021 bousculée par de nouvelles turbulences politiques

Le Grand Paris Express continue alors de creuser son sillon sur les autres lignes jusqu'à ce jour de février 2021 où La Tribune révèle l'éviction de Thierry Dallard, président du directoire, de la Société du Grand Paris, l'établissement public d'Etat qui construit le super-métro. Beaucoup d'acteurs politiques, privés et publics confient alors, en on et surtout en off, que le décalage de la livraison des lignes olympiques constitue la principale cause de son renvoi. Le Premier ministre Jean Castex, ex-délégué interministériel aux Jeux olympiques, n'aurait en effet pas supporté que ce soit le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari qui l'ait annoncé en lieu et place de Thierry Dallard.

Ce dernier mis sur la touche, le président de la chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine Jean-François Monteils est nommé, par le chef de l'Etat, président du directoire de la Société du Grand Paris. Nul n'ignore alors que ce haut fonctionnaire et Jean Castex ont partagé le même bureau à la Cour des Comptes il y a vingt ans avant de se recroiser dans les coulisses de l'exécutif. Jean-François Monteils a travaillé pour François Fillon à Matignon d'abord comme conseiller chargé de la réforme de l'Etat, puis chargé du développement durable et de la recherche de l'industrie. De la même manière que Jean Castex a été conseiller social puis secrétaire général adjoint de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy.

Auditionné dans la foulée par le Sénat mi-mars 2021, le nouveau patron du Grand Paris Express, Jean-François Monteils, promet de regarder le sujet du double tronçon olympique des lignes 16 et 17 entre Saint-Denis-Pleyel et Le Bourget "dans les prochaines semaines et de manière très précise comment aborder ce sujet"... Le tout en ajoutant ne pas être "obnubilé par les lignes olympiques", "les autres rendez-vous [lignes du super-métro, Ndlr] étant également importants".

Et puis est arrivé ce qui devait arriver. A la veille de la Fête nationale, le 13 juillet dernier, le président du directoire de la Société du Grand Paris fait savoir, via un communiqué de presse, que le premier et le deuxième tronçon de la ligne 16 (Saint-Denis Pleyel - Clichy--Montfermeil) et le premier tronçon de la ligne 17 (Le Bourget RER - Le Bourget Aéroport) seraient "pleinement opérationnels pour la mise en service au public à l'automne 2026".

"Ce serait entre guillemets simple s'il n'y avait que la crise pandémique, mais l'honnêteté oblige à dire qu'il n'y a pas que la crise pandémique", justifie Jean-François Monteils auprès de l'AFP citant le désamiantage du dépôt d'Aulnay-sous-Bois, la difficulté de faire venir des techniciens d'Allemagne pour venir au chevet des tunneliers pendant le confinement et les conséquences du décès accidentel d'un ouvrier à Noël.

Lire aussi Grand Paris Express: mode d'emploi pour fabriquer un tunnelier

Pour ce faire, débuteront début 2026 des essais d'ensemble qui prendront plusieurs mois. Autrement dit, avant que les lignes soient pleinement livrées  à la date réajustée, l'établissement public d'Etat fera des tentatives "en intégrant l'ensemble des caractéristiques et compte tenu de la relative complexité du système : nouveaux automatismes à tester dans toutes les configurations, fonctionnement en fourche..."

Les maires et le Medef relativisent ce nouveau décalage dans le temps

Sollicités par La Tribune, les acteurs économiques et politiques relativisent ce nouveau décalage dans le temps. Le maire (LR) de Montfermeil et président de l'établissement public territorial Grand Paris Grand Est (Clichy-sous-Bois, Coubron, Gagny, Gournay-sur-Marne, Le Raincy, les Pavillons-sous-Bois, Livry-Gargan, Montfermeil, Neuilly-Plaisance, Neuilly-sur-Marne, Noisy-le-Grand, Rosny-sous-Bois, Vaujours et Villemomble), a même été prévenu par Jean-François Monteils en personne.

Xavier Lemoine déclare "être régulièrement tenu informé des décisions" et "salue l'engagement et le professionnalisme" des équipes de la Société du Grand Paris. "Ce chantier a connu des péripéties techniques et humaines incontrôlables, autant d'aléas acceptables et compréhensibles pour un chantier comme celui-ci", poursuit-il.

Tout aussi "bienveillant" à l'égard de l'établissement public d'Etat, le président du Medef 93-94 "constate les retards, les regrette et les déplore" mais "le fait de sécuriser toutes les lignes [lui] donne satisfaction".

Bastien Brunis apprécie en outre la posture de Jean-François Monteils: "Cette manière de rappeler que ce n'est pas que la Covid, mais aussi des problèmes techniques me convient. Il aurait été facile de dire "On s'est fait avoir".

Autre tronçon impacté par la crise économique et sanitaire: le tronçon sud de la ligne 15, c'est-à-dire reliant le pont de Sèvres (Boulogne-Billancourt) à Noisy-Champs, également terminus de la ligne 16, passe, de la même façon, de 2024 à fin 2025.

César Armand

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Commentaires 2
à écrit le 16/07/2021 à 15:18
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Je suis le seul à penser que construire des transports en commun en fonction d'un évènement sportif est un truc de neuneu ?

à écrit le 16/07/2021 à 10:35
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Pour les JO c une question de prestige que tout le monde aura oublié à cause de la proximité avec la COVID qui au mieux sera résolue en 2022. Par contre le grand-Paris est important pour les Parisiens et donc peu importe que cela ait 6 mois ou 1 an d...

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