VTC : Laurent Grandguillaume défend les "pots de terre" contre les "pots de fer"

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Les plateformes comme Uber ont besoin des chauffeurs pour exister et ces derniers ne sont pas contre une collaboration avec elles. Pourvu qu'elle soit saine et équilibrée.
Les plateformes comme Uber ont besoin des chauffeurs pour exister et ces derniers ne sont pas contre une collaboration avec elles. Pourvu qu'elle soit saine et équilibrée. (Crédits : REUTERS/Robert Galbraith)
Le député socialiste Laurent Grandguillaume a défendu jeudi les positions des "pots de terre", les chauffeurs indépendants, contre les "pots de fer", les plateformes comme Uber ou Chauffeur Privé, vent debout contre le texte du parlementaire, entré en commission au Sénat mercredi.

"Je ne me mettrai pas à genou devant une plateforme qui cherche à imposer son état de fait à l'Etat de droit", a déclaré Laurent Grandguillaume, lors d'une conférence de presse organisée jeudi par le syndicat des chauffeurs privés SCP-VTC, affilié à l'Unsa, à la Bourse du travail à Paris. Selon le député socialiste de Côte d'Or, sa proposition de loi vise notamment à "pacifier" les relations entre taxis et VTC (voiture de transport avec chauffeur) après des mois de conflits. C'est une réponse au "phénomène d'ubérisation du travail", explique-t-il, tout en précisant qu'il défend "la liberté d'entreprendre":

"Je ne dis pas qu'il y a des gentils et des méchants. L'enjeu de cette loi est de rééquilibrer les relations entre les chauffeurs, les pots de terre, et les applications, les pots de fer. Ma seule préoccupation est celle des consommateurs et des chauffeurs, mais pas celle d'Uber ni de G7."

Objectif : défendre les chauffeurs

Le texte, adopté en première lecture à l'Assemblée nationale, prévoit notamment d'interdire aux plateformes mettant en relation passagers et chauffeurs (elles prélèvent une commission de 20% sur le prix de la course) d'imposer des clauses d'exclusivité aux chauffeurs ou des quotas de courses minimum, afin qu'ils puissent faire jouer la concurrence. Le député dénonce "les montants exorbitants des commissions prélevées par les plateformes". Et à ce titre, déclare:

"Il n'y a pas une disposition dans la loi, qui aille à l'encontre des chauffeurs. Je l'assume".

>> Lire aussi: les 5 points à retenir de la proposition de loi Grandguillaume

Les sénateurs ont supprimé mercredi en commission, avant son examen en séance les 2 et 3 novembre, plusieurs dispositions, notamment l'article 2 obligeant à transmettre à l'autorité administrative des données sur les chauffeurs. Pourtant, explique Laurent Grandguillaume:

"A New-York, qui n'est pas connu pour être un eldorado socialiste, l'autorité des transports collecte déjà des données sur les chauffeurs".

Pour le député, cette mesure permettrait d'obtenir des informations utiles à l'observatoire des taxis-VTC prévu dans son texte.

Autre point d'achoppement avec les sénateurs, mais également avec les plateformes, la question de l'examen avec un tronc commun pour les taxis et les VTC, et son organisation, confiée aux Chambres des Métiers et d'Artisanat selon le texte. Un amendement a cependant supprimé cette attribution. Mais le député socialiste compte bien la replacer en séance plénière, assure-t-il. Evoquant des questions "surprenantes", les applications comme Chauffeur-Privé ou Uber affirment que l'examen va devenir "trop difficile", craignant l'instauration d'un "numerus clausus" de fait. Et dénoncent le fait que l'accès aux métiers de chauffeurs soit désormais contrôlé par un organisme où les taxis sont les plus représentés.

Sur ce point, le député socialiste évoque la présidence tournante de la chambre des métiers, qui n'aura donc aucune influence sur le contenu des examens qui est de toute façon élaboré au niveau du ministère, précise-t-il. Il rappelle en outre qu'il s'agit d'un QCM, et que:

"Les chambres de métiers sont des établissements publics qui organisent des centaines de milliers d'examens d'apprentis. En 2013, il a été décidé d'immatriculer les auto-entrepreneurs dans les chambres de métiers (...) pour mettre sur un pieds d'égalité artisans et indépendants".

Concernant les questions difficiles, il souligne que cela n'a, selon lui, pas d'impact sur la réussite de l'examen en lui-même, mais que cela s'apparente plutôt aux circonstances des concours où certaines questions permettent de faire la différence et d'avoir un 20 ou une mention.

Pour Sayah Baaroun, secrétaire général du syndicat SCP-VTC, il est pourtant nécessaire de revoir les conditions d'accès pour le métier de VTC. Les chauffeurs sont d'ailleurs favorables à un certain encadrement du nombre de professionnels du secteur, contrairement aux plateformes. Mais surtout, il dénonce l'amalgame parfois fait entre "chauffeurs" et "plateformes".

>> Lire aussi VTC: les chauffeurs veulent un numerus clausus, pas les plateformes

Les plateformes ont besoins des chauffeurs et vice versa

Cependant, tout n'est pas noir ou blanc. Plateformes et chauffeurs s'accordent d'ailleurs en fait sur certains points. Et pour cause, les plateformes représentent des "apporteurs d'affaires, sont bien utiles pour s'occuper de la comptabilité des chauffeurs" notamment, note Sayah Baaroun, secrétaire général du syndicat SCP-VTC, qui ne plaide pas pour la mort des plateformes. "On dit qu'on veut tuer les plateformes, mais ce n'est pas vrai", lance-t-il. "Il y a beaucoup de choses très bénéfiques, mais il faut rééquilibrer les choses".

Quant aux plateformes, il faut bien comprendre qu'elles n'ont aucun intérêt à ce que les chauffeurs manquent à l'appel. Au contraire, une plateforme a tout intérêt à travailler avec le maximum de chauffeurs partenaires, afin d'avoir toujours des chauffeurs disponibles et ainsi réduire le temps d'attente du client, qui, satisfait par le service, retournera sur l'application. Problème : plus le nombre de chauffeurs augmente, plus la plateforme est en mesure d'imposer des baisses de prix - ce qui a notamment été reproché à Uber il y a un an. Les chauffeurs préfèrent en effet réaliser moins de courses, à des prix plus élevés, tandis que la multinationale prône un modèle qui consiste à réaliser plus de "petites courses", afin d'optimiser le taux de remplissage des véhicules, et de maximiser le chiffre d'affaires des chauffeurs.

Bref. Les plateformes ont besoin des chauffeurs pour exister et ces derniers ne sont pas contre une collaboration avec elles. Pourvu qu'elle soit saine et équilibrée. Reste à voir si le texte final de Laurent Grandguillaume permettra de mettre tout le monde d'accord et d'apaiser les tensions.

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a écrit le 21/10/2016 à 15:21 :
Quelle découverte !!! Et les PME/TPE lorsqu'elles traitent avec la grande distribution et/ou des grosses entreprises donneurs d'ordre ? Et les paysans lorsqu'ils traitent avec la grande distribution ou les transformateurs ? Le concept de "pot de terre" contre "pot de fer" est inhérent à notre système, et le regretter ne résout pas le problème, dès lors que chacun est libre de contracter ( et - en principe - à égalité de droit ) : Un renard libre dans un poulailler libre ....
Réponse de le 21/10/2016 à 20:20 :
Ben voyons, comment légitimer l'injustice et l'exploitation de l'homme par l'homme!
Heureusement que les " paysans " comme vous dites ne se sont pas arrêtés à ce genre de vérité sinon nous connaîtrions toujours l'absolutisme de la monarchie.
Et puis pas de constitution, et pas de code du travail non plus!
Depuis quand les poules dans un poulailler sont elles libres?

N'importe quoi!
Réponse de le 22/10/2016 à 17:11 :
Et pourquoi être toujours fatalistes alors qu'il suffit de se passer des plateformes les chauffeurs pourraient travailler en coopérative investir ensemble sur des applications et dehors les charognards qui se gavent sur le dos des gens ce système existe à Paris c'est la coopérative de taxi Gescop qui a son propre central radio alfa taxi

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