
9%. C'est le taux d'augmentation des émissions de méthane (CH4) relevé par le dernier bilan mondial publié mercredi par le Global Carbon Project (GCP), qui compare l'année 2017 avec la période 2000-2006. Cette augmentation des émissions entraîne celle des concentrations de méthane dans l'atmosphère. Et alors que cette concentration s'était stabilisée au début des années 2000, elle ne cesse d'augmenter depuis 2007, avec une accélération depuis 2014, constate l'étude, pilotée par une équipe de recherche internationale. Depuis le début de la révolution industrielle, elle a crû de plus de deux fois et demi.
Or, une telle tendance est incompatible avec l'objectif de l'Accord de Paris de maintenir l'augmentation mondiale des températures en dessous des 2°C -voire de 1,5°C- par rapport à l'ère préindustrielle, alertent les chercheurs. Le méthane - dont l' effet de réchauffement, sur un horizon de 100 ans, est 28 fois plus important par kilogramme que celui du CO2- est en effet responsable de 23% du réchauffement climatique produit par les gaz à effet de serre. Comparées aux scénarios dessinés par le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), les courbes relevées par le rapport du GCP correspondent plutôt à l'hypothèse d'une augmentation des températures au-dessus de 3-4°C en 2100.
18% des émissions dues aux énergies fossiles
En réalité, la cause de cette augmentation "est connue", tranche le rapport du GCP: comme pour le le dioxyde de carbone (CO2), elle est "liée aux activités humaines", responsables selon ses calculs de 60% des émissions de méthane. Deux groupes d'activités sont notamment pointés du doigt: l'agriculture et les déchets, d'une part, et l'extraction et l'utilisation d'énergies fossiles, d'autre part, à l'origine respectivement de 38% et de 18% des émissions globales. Ils sont suivis par la combustion de biomasse, qui génère 5% des émissions.
Dans le détail, le rapport attribue 30% des émissions anthropiques à la gestion des troupeaux (fermentation entérique et gestion des fumiers), 22% à l'exploitation du pétrole et du gaz, 18% à la gestion des déchets solides et liquides, 11% à l'extraction du charbon, 8% à la culture du riz, 8% aux feux de biomasse et de biofuel, le reste aux transports et à l'industrie.
Une légère diminution en Europe
Quant à la répartition géographique, les régions principalement responsables de l'augmentation des émissions sont l'Afrique, la Chine (qui comptabilise à elle seule 50% des émissions mondiales) et le reste de l'Asie. En Afrique et en Asie (hors Chine), ce sont l'agriculture et les déchets qui contribuent majoritairement à cette augmentation. En Amérique du Nord, l'augmentation vient essentiellement des Etats-Unis, où -comme en Chine- elle est due essentiellement aux énergies fossiles. L'Europe est la seule région du monde où les émissions diminuent -bien que légèrement-, grâce à une meilleur gestion dans le secteur agricole, les déchets et les énergies fossiles.
Globalement -en tenant compte aussi des sources naturelles-, 64% des émissions de méthane viennent des régions tropicales, alors que les moyennes latitudes en émettent 32% et les hautes latitudes nord seulement 4%.
"Les émissions des régions arctiques ne semblent pas avoir augmenté significativement, ce qui signifie que, pour le moment, la forte sensibilité climatique des hautes latitudes ne se traduit pas par une forte hausse des émissions de méthane dans ces régions", précise d'ailleurs le GCP.
Malgré des incertitudes, une alerte claire
Cette étude présente certes des marges d'erreur, dues à des incertitudes encore difficiles à réduire dans le calcul des émissions de méthane, reconnaissent ses auteurs. Les contributions des sources naturelles (zones inondées, lacs, réservoirs, termites, géologiques, hydrates, etc.) sont notamment encore mal connues. La répartition géographique des émissions prend en outre seulement en compte les lieux d'extraction et de production des énergies fossiles, en négligeant ceux de consommation des biens et des services qui les exploitent.
Le bilan est toutefois inédit pour son ampleur, puisqu'il "expose l'ensemble des connaissances actuelles sur chacune des sources du méthane (...)", en intégrant "un grand nombre de disciplines scientifiques", notent ses auteurs. Plus de 80 collaborateurs y ont en effet contribué. Surtout, la tendance qu'il dessine est suffisamment claire pour appeler à l'action les décideurs.
Une bonne cible pour la régulation du climat
Tout d'abord, "il est impératif de continuer les efforts de quantification du bilan mondial du méthane, avec des mises à jour régulières comme pour le dioxyde de carbone", souligne Marielle Saunois, enseignante chercheuse et coordinatrice de l'étude.
Ensuite, "si on veut rester sous la barre des 2°C, et répondre à l'Accord de Paris, il ne faut pas se contenter de limiter les émissions de dioxyde de carbone, il faut les réduire ainsi que celles de méthane", souligne-t-elle.
Le temps de vie de ce gaz dans l'atmosphère étant d'environ 10 ans, "la diminution des émissions de méthane peut être rapidement bénéfique pour le climat", explique en effet la chercheuse. Cela en fait une très bonne cible pour les politiques de régulation du changement climatique.
Des solutions techniques permettant de réduire les émissions, par exemple dans l'extraction du charbon, existent d'ailleurs déjà, note Marielle Saunois. La méthanisation des déchets agricoles ou ménagers doit être développée. Mais la réduction des cheptels et des modifications de l'alimentation des animaux d'élevage afin d'en réduire la fermentation entérique sont aussi des voies à explorer, suggère la chercheuse.
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