L’urgence climatique pousse de plus en plus de citoyens à vouloir s’impliquer dans la vie collective en dehors du cadre des partis. Ils demandent de participer à la définition de la transition écologique, comme l’ont exigé les participants de la Convention citoyenne pour le climat. Les politiques commencent à peine à tenir compte de ce désir. Un ralliement partiel qui concerne aussi les entreprises, obligées de se réinventer pour prouver leur engagement écologiste. [Cet article est issu de T La revue de La Tribune - N°1 Octobre 2020]« How dare you? », « Comment osez-vous? ». Un an et demi après, le blâme adressé aux dirigeants du monde entier par la jeune militante suédoise Greta Thunberg lors du Sommet action climat, organisé à New York par l'ONU en septembre 2019, reste gravé dans les esprits. Il avait non seulement souligné une fois de plus la gravité de la crise environnementale planétaire, mais aussi affiché au grand jour un phénomène qui couvait déjà : l'entrée sur la scène de la transition écologique de l'impatience et de l'inquiétude citoyennes face aux lenteurs des pouvoirs politique et économique.
Sondages exprimant une préoccupation croissante des Français pour l'environnement, marches pour le climat, pétitions et actions en justice contre les grands pollueurs, manifestations de désobéissance civile, percée des écologistes aux élections européennes et municipales... Les « prises de parole » des citoyens sur un sujet auparavant réservé aux initiés se sont multipliées depuis quelques années, en France comme à l'international. Elles pointent du doigt une pluralité d'enjeux, analyse Marie Toussaint, députée européenne EELV et cofondatrice de l'association Notre affaire à tous : la préservation de la planète, l'accès aux ressources, mais aussi la justice sociale dans les politiques environnementales.
Une synthèse élaborée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) des 300.000 contributions postées par les Français sur les plateformes de consultation citoyenne pendant le premier confinement confirme cette analyse. Dans leur vision du « monde d'après », le thème le plus évoqué est la préservation de l'environnement. Suivent la production et la consommation davantage locales et raisonnées, un modèle économique intégrant mieux la justice sociale et la participation accrue des citoyens à la démocratie.
Une demande de mise à jour du modèle démocratique
Bien que le mouvement écologiste, pendant ses décennies d'histoire, ait déjà connu plusieurs sursauts, la plupart des observateurs s'accordent non seulement sur son accélération, mais aussi sur l'émergence d'un phénomène nouveau. « Ce qui est profondément différent dans ces mobilisations, c'est que l'action pour le climat va désormais de pair avec le désir de nouvelles formes de représentation », note Mathilde Imer, coprésidente du collectif Démocratie ouverte et membre du comité de gouvernance de la Convention citoyenne pour le climat (CCC). Une demande de mise à jour du modèle démocratique qui, selon elle, explique d'ailleurs la baisse de la participation aux élections.