C'est un objectif chiffré, répété et martelé par les gouvernements successifs depuis bientôt quinze ans : 500.000 logements particuliers rénovés chaque année. Pour la première fois depuis 2007, il devrait être atteint. D'autant que l'aide dédiée « MaPrimeRénov' » est désormais ouverte aux propriétaires bailleurs, c'est-à-dire à ceux qui louent leur logement à des tiers. Sans attendre un acte II du plan France Relance, l'enveloppe allouée a déjà été rehaussée.
Ajoutez à cela la prolongation du dispositif de revitalisation des villes-moyennes « Action Cœur de Ville » jusqu'en 2026, dont l'Agence nationale de l'habitat est l'une des principales contributrices avec Action Logement et la Banque des territoires (groupe Caisse des Dépôts). Le président de l'ANAH, également Maire (PS) de Chambéry (Savoie), Thierry Repentin en est conscient : il va devoir y travailler cet été avec les services de l'Etat.
LA TRIBUNE : Plus de 380.000 dossiers ont déjà été déposés en 2021 pour accéder à MaPrimeRénov', une aide dédiée aux particuliers pour qu'ils puissent réaliser des travaux d'efficacité énergétique. Va-t-on enfin réaliser l'objectif des 500.000 rénovations, sans cesse affirmé depuis le Grenelle de l'Environnement de 2007, mais jamais atteint ?
THIERRY REPENTIN : Le pari est bien engagé et cet objectif est en passe d'être tout bonnement explosé en 2021. Avec 15.000 à 16.000 dossiers déposés par semaine, nous devrions en effet atteindre les 750.000 rénovations en 2021. Le rythme ne faiblit pas, après 185.000 dépôts au premier trimestre, il y en a eu 195.000 au deuxième. 297.000 dossiers ont ainsi été acceptés, soit 862 millions d'euros de primes accordées pour près de 4,2 milliards d'euros de travaux générés. Sachant que 85% des logements de 2050 sont déjà construits, c'est une excellente nouvelle pour atteindre nos objectifs réaffirmés lors de la COP21 de l'hiver 2015.
La transformation du crédit d'impôt transition énergétique en prime y est-elle pour quelque chose ?
La prime apporte effectivement une aide qui est versée quasiment simultanément après la fin des travaux, le plus souvent au bout de 11 jours et demi. Elle constitue en outre un moyen d'éviter de solliciter sa trésorerie et de n'être remboursé, au mieux, qu'un an après. Et puis les propriétaires bailleurs sont désormais éligibles à MaPrimeRénov', ce qui est une grande avancée par rapport au crédit d'impôt transition énergétique pour lutter contre les passoires thermiques du parc locatif.
L'enveloppe de 1,7 milliard d'euros va-t-elle être rehaussée pour faire face à l'afflux ?
Lors de notre dernier conseil d'administration en juin, nous avons voté un budget supplémentaire pour 2021. De 1,7 milliard d'euros, nous passons à 2,4 milliards pour anticiper et honorer le montant des contributions de l'agence. Les bénéficiaires, que nous nous efforçons de suivre, se disent déjà à 88% satisfaits de la qualité de service.
Avec la prime, les ménages modestes et très modestes semblent revenir, contrairement au temps du crédit d'impôt que captaient à 50% les plus aisés. Comment l'expliquez-vous ?
Moi-même j'étais perplexe, pensant que cela allait rester l'apanage des trois ou quatre derniers déciles. En réalité, il se trouve que 63% des ménages modestes et très modestes souscrivent à la prime, contre 33% de ceux aux revenus intermédiaires et seulement 4% pour les plus riches. Le pari est gagné, c'est important pour l'ANAH dont c'est historiquement l'ADN, depuis sa naissance il y a cinquante ans. Que ce soit à l'Université de la ville de de demain (organisée par la Fabrique de la Cité et la fondation Palladio) ou au congrès de Villes de France (la fédération des villes moyennes, Ndlr), je n'ai que des retours positifs.