Bonduelle s'émancipe du crédit bancaire
Séverine Sollier
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Combiner l'avant-garde et la prudence en matière de financement, c'est le cocktail que Bonduelle vient de mijoter. Le groupe du Nord est en effet le premier dans l'Hexagone à procéder à une émission obligataire en placement privé, c'est-à-dire directement auprès des investisseurs.
Cette entreprise cotée, mais non notée par une agence financière, a émis le 10 septembre 145 millions d'euros d'obligations rémunérées à 3,83?% sur 6,5 ans. La recette : une préparation sans faille en collaboration avec sa banque Crédit Agricole Nord de France et la filiale spécialisée dans les financements de marché Crédit Agricole CIB. « Nous travaillons sur ce projet depuis plus d'un an », indique Clémence Berroeta, directrice exécutive, en charge des « mid caps » [moyenne capitalisation boursière, ndlr] au sein de l'équipe obligataire du Crédit Agricole CIB.
Une pratique courante aux Etats-Unis
L'idée était de calquer l'opération sur ce qui se fait aux États-Unis de manière très courante pour les PME. D'ailleurs Bonduelle en avait l'expérience. Le spécialiste du légume sous toutes ses formes a été, dès 2000, l'une des premières entreprises françaises à avoir émis sur le marché des placements privés américains. Pour y parvenir en France, il fallait vaincre la réticence des investisseurs, principalement des assureurs à la recherche d'un rendement plus attractif que celui des obligations souveraines. « Aux États-Unis, les assureurs et les fonds de pension ont des analystes crédit habitués de longue date à ce type d'opération, qui peuvent donner une appréciation. Cette expertise crédit n'est pas encore aussi développée en Europe », explique Clémence Berroeta. La banque a donc aidé les assureurs à évaluer le risque de cette opération. Elle a aussi « choisi un nombre limité d'assureurs européens pour acheter l'émission », qui finalement a rencontré un tel appétit que le montant initialement prévu de 100 millions d'euros a été porté à 145 millions.
L'objectif de Bonduelle était avant tout de financer les acquisitions effectuées en 2012 par le groupe en Russie (Globus), en Hongrie (Kelet-Food) et aux États-Unis (surgelés Allens) pour une enveloppe d'environ 100 millions d'euros. Il souhaitait également refinancer par anticipation des obligations, émises par le groupe en 2007 et 2008, qui arriveront à échéance d'ici au printemps 2013. L'entreprise cherche aussi à maintenir son indépendance par rapport au crédit bancaire, 61% de sa dette étant désintermédiée c'est-à-dire non bancaire.
Bien sûr, une telle opération ne peut concerner qu'une entreprise d'une certaine taille. Bonduelle a enregistré 1,7 milliard de chiffre d'affaires en 2010-2011 et 30,4 mil-lions de résultat. « Ce qui nous a aidés c'est la structure familiale du groupe né en 1853, notre stratégie à long terme et la stabilité du marché de la consommation alimentaire sur lequel nous travaillons », complète Grégory Sanson, directeur financier. Quelques semaines auparavant, en juillet, le groupe avait obtenu auprès de sept groupes bancaires un crédit revolving de 300 millions pour 5 ans pour faciliter la gestion de sa trésorerie.
Pour les entreprises de taille plus modeste ou ayant des besoins de financement moins élevés, la solution peut être de se regrouper pour émettre des obligations. La démarche reste cependant difficile à mener à bien, en raison notamment de l'hétérogénéité des sociétés, comme le montre l'expérience du fonds Micado (lire l'encadré ci-dessous).Aurait-il été plus simple pour Bonduelle de se faire noter et d'émettre sur les marchés? Pas si sûr. « Beaucoup de "mid caps" n'ont pas intérêt à se faire noter », affirme Clémence Berroeta. Coûteuse et contraignante, la méthodologie des agences de notation est en effet conçue pour les grandes entreprises. De plus, « cela supposerait d'émettre entre 300 et 500 millions d'euros. C'est au-delà de nos besoins aujourd'hui », estime Grégory Sanson. Toutefois, comme la perspective de se faire noter n'est pas exclue, la banque explique que le jour où Bonduelle publiera une notation de crédit de type investment grade (bonne qualité), alors les garanties (covenants financiers) accordées aux souscripteurs des obligations - qui font d'eux des créanciers privilégiés figurant dans le contrat de souscription - tomberont automatiquement. Une disposition intéressante pour les entreprises de taille intermédiaire à croissance soutenue.
Séverine Sollier
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