Laurent Stephan réinvente la télécommande

Frédéric Thual, à Nantes

Frédéric Thual, à Nantes
Son passage au magazine français du composant, Électronique International Hebdo, allait être un véritable tremplin pour Laurent Stephan, 46 ans, fondateur de 4 Mod Technology, en 2007, à Nantes, pour faire de la télécommande un passeur de témoin, design et connecté.
Sans grande conviction, mais avec une certaine aspiration pour la recherche, il opte pour une filière scientifique. Son stage de DEA lui permettra même de décrocher un prix pour une publication sur ses travaux :
Plus que ce prix qu'il n'est pas allé chercher, c'est son carnet d'adresses qui lui ouvre les portes. Celles du fabricant de composants japonais Alps Electronic (chiffre d'affaires de 6 milliards de dollars) qui, pour développer sa filiale européenne, a besoin d'un homme de marketing et communication connaissant du monde... Il s'initie au commercial au côté d'un ancien de Texas Instrument.
Laurent Stephan ira ainsi plusieurs fois au Japon :
Quatre ans plus tard, faute de pouvoir peser sur la stratégie japonaise, il préfère rejoindre Thomson, à la division « Tuner et Télécommande » en cours de construction.
Chargé de remettre de l'ordre dans le business interne, il va une fois encore parcourir le monde (Singapour, Chine, États-Unis) dans une démarche d'optimisation des coûts et des marges. Il rencontre toutes les sociétés du groupe. C'est là qu'il acquiert la culture « télécommande » et surtout s'approprie la relation client/fournisseur/sous-traitant/donneurs d'ordre. Il y passe six ans. Jusqu'à ce que l'envie de monter son propre projet remonte à la surface.
L'idée de reprendre la menuiserie familiale lui traversera l'esprit... un temps. Mais ce qu'il sait manier, lui, c'est la télécommande, pour laquelle chez Thomson, il travaillait dans les derniers temps à la création d'un programme d'interopérabilité entre médias. Si les fabricants de télévision ne prêtent, finalement, que peu de cas à cet engin, Laurent Stephan sent que les temps ont changé.
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En France, Canal Plus initie le mouvement avec la télécommande ronde Philips. Finalement, en 2006, Laurent Stephan quitte Thomson, part à la rencontre de partenaires potentiels pendant un an en Asie, et lance 4 Mod Technology, autour de l'idée que demain beaucoup plus de choses seront demandées à la télécommande.
Lancée timidement avec 100.000 euros et le concours du réseau Entreprendre, 4 Mod Technology décroche un premier contrat avec l'opérateur portugais TV Cabo :
Une tâche qu'il confie l'année suivante à son frère.
Il recrute des ingénieurs avec mission de penser autrement pour bousculer les codes. Le premier coup d'accélérateur vient en 2009 avec une commande de Free. Un dossier top secret tant la concurrence est rude. Ainsi naît le cube. Chaque face est tactile. Chaque face permet de changer d'environnement et d'usage. Une révolution et des sueurs froides.
L'entreprise nantaise réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires de 12 millions d'euros, dont 80 % à l'exportation, pour Foxconn Technology (Apple), Pégatron, Alpha networks, Netgem, Technicolor, Pace (GB), Humax (Corée) Sagem com, Irix TV (Norvège), BeIn sport et toujours Free, qui compte pour 40 % du C.A.
« L'enjeu aujourd'hui est de savoir comment nous allons pouvoir passer de 12 à 60 millions d'euros », explique Laurent Stephan, qui projette une prochaine levée de fonds de 5 à 7 millions d'euros pour accompagner le développement de filiales à Atlanta et à Singapour courant 2016, après une première implantation à Hong Kong en 2015, avec 4 Mod Apac Asia Pacific. Parallèlement, 4 Mod vient de monter une usine de télécommandes, en mars à Tunis, pour répondre au marché européen et rapatrier des productions de Chine.
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MODE D'EMPLOI
Où le rencontrer ? Le lundi soir sur un terrain de foot. À Nantes, au restaurant L'Atelier d'Alain ou au Bistrot des légendes. À la montagne, l'été, entre Grenoble et Gap. Au sein du réseau Entreprendre, à la Folle Journée de Nantes.
Comment l'aborder ? « Je ne suis pas farouche, j'aime beaucoup les gens. Je préfère que l'on vienne directement à l'entreprise, je reçois volontiers. »
À éviter ! « Je n'aime pas l'arrogance. Ceux qui savent tout et qui viennent vous le dire. Ce que je déteste, ce sont les gens intéressés. Dans les réseaux, on en rencontre souvent, c'est assez énervant. »
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