Temps long
Philippe Boyer

Photo d'illustration
REUTERS FILE PHOTO
Philippe Boyer

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C'est en 1949 dans sa thèse sur La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l'époque de Philippe II que l'historien Fernand Braudel évoqua pour la première fois le concept de « temps long ». Cette notion pour signifier que la matière historique ne doit pas seulement s'appréhender au fil des évènements mais en prenant suffisamment de recul afin de déceler quelques lignes de fond qui, au final, éclairent tout le reste. Une sorte de « minute de raison » sur l'enchainement de faits conjoncturels.
Au cours de cette crise sanitaire que nous vivons, un événement chasse l'autre au point qu'il est forcément difficile de distinguer de quoi ce « temps long » sera constitué. Il reviendra aux futurs historiens de se pencher sur cette période de pandémie afin d'en repérer les influences et les tendances. Bref, de faire émerger ce qui permit à Fernand Braudel de comprendre, en son temps, comment la Grèce de Philippe de Macédoine se transforma grâce à l'activité économique et singulièrement l'ouverture de nouvelles routes commerciales terrestres et maritimes propices à une accélération des flux de marchandises. La mondialisation avant l'heure, en quelques sortes.
[1]
de cet accès au Web. Cet élan pour retrouver un nouveau sens collectif devra passer par un effort national de grande ampleur sur ce sujet-là[2]
.[3]
, la tentation pourrait être grande de trop vouloir se reposer sur les seuls « bienfaits » de la technologie au motif qu'elle est le parfait allié de l'action sanitaire et par extension de la préservation de l'Etat de droit. Si en Europe, le RGPD[4]
nous protège, il n'empêche que cette crise révèle également le poids croissant de ceux qui sont à l'origine de l'ensemble de ces outils numériques : les géants de l'internet, GAFAM et BATX[5]
réunis.[6]
, sont originaires de ces pays. Cette crise aura ainsi permis à ces acteurs de renforcer leur poids sur la connaissance millimétrée de nos vies. Pour finir de s'en convaincre, et même si l'essentiel des données sont censées être anonymisées, il n'empêche que Google, pour ne citer que lui, est aujourd'hui capable de montrer l'impact du confinement sur les commerces[7]
ou encore de publier des données de géolocalisation redoutablement précises pour mesurer les effets du confinement[8]
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» n'auront pas réussi à prémunir l'humanité contre un minuscule virus. Comme toujours, en matière d'Histoire, l'essentiel sera d'en tirer tous les enseignements.___
À lire également
[1]
https://www.latribune.fr/opinions/blogs/homo-numericus/l-illectronisme-cause-nationale-834988.html[2]
https://www.publicsenat.fr/article/politique/le-coronavirus-risque-d-accroitre-la-fracture-numerique-du-pays-181533[3]
https://www.latribune.fr/opinions/blogs/homo-numericus/un-monde-peut-en-cacher-un-autre-840670.html[4]
https://www.cnil.fr/fr/rgpd-par-ou-commencer[5]
https://www.franceculture.fr/numerique/lexpansion-des-batx-les-gafam-chinois[6]
https://www.maddyness.com/2018/09/17/teleconsultations-plateformes-a-decouvrir/[7]
https://www.presse-citron.net/google-nous-montre-limpact-du-confinement-sur-les-commerces/[8]
https://www.usine-digitale.fr/article/covid-19-google-publie-des-donnees-de-geolocalisation-pour-mesurer-les-effets-du-confinement.N949891[9]
https://www.fypeditions.com/resoudre-laberration-du-solutionnisme-technologique-evgeny-morozov/Philippe Boyer
OPINION. La France en quête d’énergie : « Quand l'Assemblée nationale refuse l'exploitation des ressources françaises dans les territoires d'outre-mer »
OPINION. « Remise en cause du marché de l’électricité : l’impossible débat »
OPINION. « Gestion de l'eau : ne fracturons pas le modèle français »
OPINION. « Et si les managers devenaient enfin les auteurs de leur propre transformation ? »