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Sarkozy, candidat d'une France affaiblie

Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction

Publié le 15 février 2012 à 17:59 - Mis à jour le 15 février 2012 à 18:01

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La bataille présidentielle est lancée : "La France forte" va affronter "Le changement, c'est maintenant". Travail, Responsabilité et Autorité, les trois mots clefs de Nicolas Sarkozy pour tenter de retrouver la confiance des Français.

@nicolassarkozy, qui a déjà plus de 47.000 followers sur son compte twitter ouvert dimanche (plus de 151.000 pour @fhollande) est donc candidat à sa propre succession. Passé l'effet de surprise (sic), que peut-on attendre de la campagne électorale qui va maintenant pouvoir se dérouler dans la clarté ? Le président sortant le sait, il ne peut guère compter sur son bilan pour rattraper le retard considérable qui le sépare, au premier, et surtout au second tour, de son rival socialiste. "Son bilan est son passif ", disait déjà François Mitterrand en 1981 à propos de Valéry Giscard d'Estaing qui, ironie de l'histoire, avait choisi le même slogan que Nicolas Sarkozy en 2012 : "la France forte", une drôle de formule, qui résonne avec Francfort, siège de la BCE, et la course-poursuite vers le modèle allemand. Quel meilleur aveu d'une France sinon faible, du moins affaiblie, parce qu'elle n'a pas su depuis dix ans affronter les réformes profondes indispensables pour garantir son modèle social.

La vraie faute du quinquennat

Bien sûr, beaucoup a été fait, depuis 2007, et tout n'a pas été inutile : la réforme des universités, le service minimum dans les transports, la nécessaire réforme des retraites, la gestion de la crise financière... sont à mettre à l'actif du chef de l'Etat qui a aussi déployé une énergie considérable, sur la scène internationale. Le G20, la crise de la zone euro, la Libye (après le retard au démarrage sur la Tunisie) ont montré un Nicolas Sarkozy pragmatique, capable d'esprit de décision et de volonté.
Mais les résultats, eux, ne sont pas au rendez-vous. La faute à la crise, dit-il. En partie mais pas seulement. Sur la dépense publique, sur le déficit public et commercial, sur les impôts, Nicolas Sarkozy a déçu même ses plus ardents soutiens. La vraie faute du quinquennat, c'est de n'avoir pas fait dés 2007 le bon diagnostic sur les maux de l'économie française. Il a voulu être le président du pouvoir d'achat sans voir que ce ne pouvait être que le résultat d'une bonne politique économique, et pas son préalable. Il n'a pas vu, ou en tout cas pas su agir dés le départ sur le levier de la compétitivité perdue de l'industrie française, déjà visible à l'époque.

La première élection du 21ème siècle

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Hyperprésident, Nicolas Sarkozy a bousculé tous les codes, jusqu'à provoquer un véritable rejet dans l'opinion. De son programme de 2007, il ne reste plus grand chose. Où sont passés le "travailler plus pour gagner plus", le bouclier fiscal, la France de propriétaires, la promesse de ne pas augmenter les prélèvements ? De la loi TEPA, fondatrice du quinquennat, il ne reste que la baisse des droits de succession et l'exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires... Quand aux impôts, ils sont repartis fortement à la hausse, qu'il s'agisse de la CSG sur les revenus du patrimoine, de l'impôt sur le revenu ou bien désormais de la TVA. Et jamais le sentiment d'injustice fiscale n'a été aussi fort.
Le président-candidat de 2012 est-il capable de retrouver du crédit dans un pays anxieux face à la montée du chômage et de risques de toute nature ? C'est la vraie inconnue de la période qui s'ouvre. Il reste deux mois à Nicolas Sarkozy "pour renverser la table", transformer l'hyperprésident en un hypercandidat. Dans son intervention hier soir sur TF1, il a avoué son "soulagement" de pouvoir enfin s'abstraire du protocole pour "aller à la rencontre des Français". Candidat oui, mais pour quoi faire ? Faire ce qu'il n'a pas su, pas pu ou pas voulu faire quand il en avait le pouvoir ? Les thèmes de campagne choisis, "Travail, Responsabilité et Autorité", sont dessinés pour séduire la droite et les classes populaires, tentés par le vote extrême. Les reconquérir sera le principal souci de Nicolas Sarkozy pour qui cette élection sera « la première du 21ème siècle », celle où une France affaiblie devra prendre, quel que soit le vainqueur, un nouveau départ.

[email protected]

Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction

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