Made in France ou made in Monde ?

 |   |  839  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : le Parisien Magazine)
Le « made in France » peut-il tenir lieu de « redressement productif » des filières industrielles qu'Arnaud Montebourg, le ministre star de François Hollande, veut incarner, jusque dans son image personnelle?

Depuis qu'il a arboré fièrement une marinière et un mixer, le patriotisme économique est revenu à la mode. Comment être contre? Tous les pays le font, à commencer par les États-Unis avec leur Buy American Act et leur Small Business Act qui privilégie les PME nationales dans les appels d'ores.

Trois Français sur quatre se disent prêts à acheter un produit fabriqué en France même s'il faut pour cela le payer (un peu) plus cher. La conscience du consommateur, appelé à faire son « devoir », est donc là. Mais comment être sûr que l'acte citoyen ne fasse pas le lit de marchands d'illusions? Dans bien des cas, le produit n'est présenté comme français que grâce à la dernière étape de la chaîne d'assemblage.
Pour lutter contre ce danger, un effort de labellisation a été engagé pour assurer la traçabilité de la production et apporter une « Origine France Garantie » au consommateur patriote. Certains pays, comme le Royaume-Uni, vont jusqu'à publier sur le Net la liste des produits estampillés nationaux, une démarche qui pourrait tenter Arnaud Montebourg.

Un virus nationaliste et autarcique
Après tout, pourquoi pas... La marque France vaut bien une messe et, au pays de l'exception culturelle, elle constitue une arme de communication puissante pour affronter la concurrence mondiale. La diplomatie économique est aussi une affaire de soft power, et l'on n'a rien à perdre à communiquer sur la qualité de nos produits. Mais le danger que court notre ministre du Redressement productif dans ce combat légitime pour maintenir en France les emplois et les savoir-faire est de basculer vers le redressement contre-productif en inoculant dans l'opinion un virus nationaliste et autarcique.

Nous de vivons plus dans le vieux monde de la division internationale du travail et du commerce bilatéral, n'en déplaise aux chantres de la démondialisation. Certes, de nouvelles tendances, comme le prix de l'énergie, des matières premières et des transports ou la prise de conscience des risques environnementaux, poussent à relocaliser les usines près des lieux de consommation. Mais faire du « local » le contraire du « global » est un grave contresens dont il faut protéger notre Montebourg national... Pascal Lamy, futur ex-directeur général de l'OMC et peut-être futur (Premier) ministre de François Hollande s'y est employé en reprochant au bouillant Arnaud de piloter son action avec « un GPS détraqué ». L'immense majorité des produits que nous consommons sont devenus « made in monde ». Selon l'OMC, plus de 60% des échanges commerciaux concernent des composants et des pièces détachées. Quand on achète une Renault, quand on vole dans un Airbus, on ne roule pas ou on ne vole pas « français » à 100%, mais dans une machine à haute intensité technologique dont les composants viennent du monde entier. Et ce n'est pas un problème, c'est une solution.

Valeo innove en France, ce qui ne l'empêche pas d'avoir 16 usines en Chine
Car quoi qu'on en pense, les gens - qu'ils soient producteurs ou consommateurs - n'agissent pas la plupart du temps par devoir, mais par intérêt. Pour une entreprise française à la recherche de gains de compétitivité, il est rationnel, y compris pour protéger l'emploi en France, d'importer des pièces du monde entier. Ne pas le faire serait le plus sûr moyen de courir sinon à la faillite, du moins vers de graves difficultés.
Malgré un déficit commercial record, la France reste le cinquième exportateur mondial et n'a aucun intérêt à adopter une vision protectionniste, car c'est du monde que lui vient, et lui viendra, la croissance. Au concept un peu suranné de « fabriqué en France », on doit donc substituer celui plus moderne et plus productif de « conçu en France ». Un modèle incarné par Apple qui capte en Californie plus de 90% de la valeur de ses produits, pourtant fabriqués en Chine. Mais Apple n'est plus seul. Valeo, par exemple, innove en France, ce qui ne l'empêche pas d'avoir 16 usines en Chine. Pour mener une politique industrielle efficace, au service du site France, Arnaud Montebourg ferait donc bien d'être un peu plus architecte que démineur, afin de préparer la transition vers une « économie de la contribution », où l'essentiel de la valeur ajoutée résidera dans les brevets, le design, l'innovation, la recherche et le marketing. Car c'est là, dans cette « iconomie », que demeurent les gisements d'emplois de demain.
S'il est indispensable de garder un tissu industriel vivace, sain et compétitif, l'avenir c'est d'écrire « Designed in France, assembled everywhere ». C'est le plus sûr moyen de sortir de la malédiction du « fabless », l'entreprise sans usine décrite par Serge Tchuruk en 2001 et qui a sans doute en grande partie ruiné Alcatel. Heureusement, cela avance : selon l'Office européen des brevets, la France a été en 2012 numéro 2 en Europe, avec une activité considérable dans le domaine des transports, notamment l'automobile, et... d'Alcatel ! De quoi être optimiste pour le redressement productif.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/03/2013 à 0:42 :
Le vrai patron c'est le client. Les français font des beaux discours en tant que citoyen, vous donnent de belles leçons, mais quand ils deviennent des consommateurs, ils n'ont qu'une obsession le rapport qualité prix. Le made in France ils oublient.
a écrit le 14/03/2013 à 20:32 :
Bravo à nouveau pour ce commentaire, Philippe

« Designed in France, assembled everywhere » ...: encore une vérité fondée, que tous les clubs d?entrepreneurs des grandes écoles connaissent

Mais comment nos dirigeants vont ils faire le marketing de cette réalité vis à vis des Français, à l?heure où eux mêmes cherchent des capitaux pour Florange, Goodyear, Petroplus ..., et tandis que la Quatar décide maintenant de placer les fruits de sa rente pétrolière chez David Cameron, à moins de 40 kms de nos frontières ?

L?écosystème lyonnais se tourne vers les investisseurs d?au delà de notre proche Méditerranée (Rubicon de nos anciennes colonies...) depuis déjà des années

Ce pragmatisme atteindra t?il le cerveau de nos élites parisiennes, toujours en concurrence avec celles d?outre-Rhin ?
a écrit le 14/03/2013 à 20:32 :
Bravo à nouveau pour ce commentaire, Philippe

« Designed in France, assembled everywhere » ...: encore une vérité fondée, que tous les clubs d?entrepreneurs des grandes écoles connaissent

Mais comment nos dirigeants vont ils faire le marketing de cette réalité vis à vis des Français, à l?heure où eux mêmes cherchent des capitaux pour Florange, Goodyear, Petroplus ..., et tandis que la Quatar décide maintenant de placer les fruits de sa rente pétrolière chez David Cameron, à moins de 40 kms de nos frontières ?

L?écosystème lyonnais se tourne vers les investisseurs d?au delà de notre proche Méditerranée (Rubicon de nos anciennes colonies...) depuis déjà des années

Ce pragmatisme atteindra t?il le cerveau de nos élites parisiennes, toujours en concurrence avec celles d?outre-Rhin ?
a écrit le 14/03/2013 à 0:44 :
Le scandale des délocalisations d Eric Laurent, chez Plon (2010)
Ce livre révèle que le monde des affaires mène une véritable guerre contre l emploi. Des milliers de postes même hautement qualifiés, sont constamment détruits en France, en Europe, comme aux Etats-Unis, pour être transférés en Chine et en Inde. Une quête du profit à court terme où les salaires sont sacrifiés à l?avidité des actionnaires.
Le scandale des délocalisations entraîne le lecteur dans les coulisses d?une réalité, dont l?ampleur et la gravité sont soigneusement occultées par les dirigeants d?entreprises et les responsables politiques. Il découvrira comment un fond créé par Nicolas Sarkozy pour lutter contre la crise finance les délocalisations. Il apprendra comment l?Union Européenne, déjà impuissante à créer des emplois, s?empresse de détruire ceux qui existent.

En délocalisant massivement, les industriels occidentaux sont tombés dans un véritable piège, soigneusement tendu par l?Inde et la Chine, et les bénéfices de la mondialisation leur échappent désormais.
Au terme de cette enquête emplie de révélations, Le Scandale des délocalisations pose une question : un pays peut-il perdre ses emplois et continuer de prospérer ?

a écrit le 12/03/2013 à 16:22 :
Depuis 25 ans je ne fabrique et ne vends que du Made in France, certes sur une niche, mais cela fonctionne avec un peu plus d'énergie que de consulter sur Alibaba ce que les pauvres chinois peuvent nous donner (nous vendre à prix cassés?), au prix d'une pollution, et de conditions de travail inhumaines.
je m'insurge contre ces opinions qui affirment encore de nos jours qu'il suffira d'avoir la matière grise en France:design , brevet, innovation, recherche et marketing, pour apporter la nécessaire manne aux 70 000 000 de français, ce qui est vrai pour Apple, (quel beau modèle de développement équitable pour nos enfants) ...n'est pas applicable à tous les secteurs d'activité. il est nécessaire de conserver une industrie en Europe et en France, sans laquelle les services ne peuvent vivre. Le modèle proposé dans l'article est en place depuis les années 80-90, et on en mesure le succès aujourd'hui.
Défendons notre savoir faire par des achats locaux et arretons de rever .
a écrit le 12/03/2013 à 16:18 :
Moi je veux bien mais le problème est plus compliquer, comment expliquez-vous que mon devis insert (seul)de cheminée est proposé et vendu en France 4670? alors exactement le même insert en Allemagne est à 1650?.
Je voudrais qu'on m'explique...je ne vais plus acheter Français si cela continue car c'est deux, à trois fois, plus cher que les pays frontaliers faut pas pousser quand même. Ne parlons même pas des Artisans etc...c'est devenu impossible pour nous de suivre financièrement. Faut vous réveillez nous avons pas tous des salaires ou des retraites à 3000euros Hé-Ho ! Je suis jeune est j'ai vraiment peur pour mes petits dans un avenir proche.
a écrit le 12/03/2013 à 11:55 :
L'important c'est l'équilibre de la balance commerciale.Je propose qu'on informe chaque mois si possible les français de son évolution et de la necessité de reagir vite à sa dégradation.
sinon ça va devenir rapidement un gouffre.
Aprés c'est aux français de prendre leurs responsabilités dans leurs achats.
Eux et personne d'autre,inutile de s'en prendre à Hollande,Montebourg ou autre.
Inutile de chercher d'autres excuses.
Le français aime bien critiquer les hommes politiques,son pays,et ne rien faire d'autre.
a écrit le 12/03/2013 à 11:42 :
Pour avoir le label FRANCE dans l'industrie automobile il faut 1/assemblage du modèle toutes catégories en FRANCE2/ Plus de 50°/° des pièces doivent etre produites en FRANCE La TOYOTA YARIS possède
ce label LA PEUGEOT 208 ne le possède pas car une partie de sa production est produite en SLOVAQUIE- les modèles essence- quoi acheter?
Réponse de le 12/03/2013 à 13:37 :
Encore un qui connait pas grand chose à l'Automobile ou l'Industrie en général...
T'en fais quoi des milliers d'heures passés par nos dessinateurs- projeteurs, ingénieurs pour pondre ces véhicules dans les équipes projets, bureau d'études et méthodes, R&D, essais-prestations, sans compter tous les acheteurs qui pilotent les fournisseurs ?
Tu crois que la maquette numérique CAO de ta belle YARIS a été dessinée en France?
Réponse de le 12/03/2013 à 15:50 :
Mimosa, ça veut dire que plus de la moitié du prix d'une voiture est dû à la conception / ingénierie ? En clair, il nous faut des ingénieurs, et plus d'ouvriers ?
Réponse de le 12/03/2013 à 23:15 :
Je veux pointer qu'il y a aussi tromperie sur le "made in france" de la Yaris. Celle-ci est juste assemblée en France avec des pièces fabriquées d'un peu partout (comme les marques européennes) mais la forte valeur ajoutée (ingénierie) provient du Japon.
a écrit le 12/03/2013 à 7:43 :
Tiens,il est encore là celui-la?
a écrit le 12/03/2013 à 5:28 :
Montebourg c'est un produit 100 % " made in France " on pourra le faire le label de nos
produits à exporter avec 3-4 ministres du gouvernement.Les autres sont made in France
à 60-70 %
a écrit le 12/03/2013 à 0:34 :
Le "made in France" n'est pas opérationnel pour les produits exposés à la concurrence globale. Evidemment. Le "made in France" pourrait être une appellation d'origine contrôlée ou protégée. A l'échelon du monde, la France est une région. Ce qui importe est que ce qui est produit près de chez soi soit reconnaissable, de sorte que je puisse faire travailler de préférence mon voisin, développer ma région, son niveau de vie et mon cadre de vie. C'est le développement durable.
a écrit le 11/03/2013 à 20:37 :
Coquille : "Nous de vivons plus dans le vieux monde" ne vivons ?
a écrit le 11/03/2013 à 16:08 :
Et bien pour une fois je suis d'accord avec notre ministre.Il faudrait peu etre commencer tout simplement par notre alimentation!Si les Français sont pret à faire des efforts,et bien commençons par notre agriculture,par notre élevage!Si la plus part des produits que nous mettions dans nos assiettes étaient Français:produit,fabriquer,élaborer peu etre aurions nous la sécurité d'une meilleure alimentation tout en créant des emplois!
Réponse de le 11/03/2013 à 16:53 :
Plus de sécurité avec les produits alimentaires franco-français? A t'on une étude qui le confirme? Je me rappelle que le deuxième pays le plus touché par la vache folle c'est encore la France. Et l'ADN de cheval? On l'a trouvé dans les lasagnes Findus ou sur le corps d'islamistes au Mali?
a écrit le 11/03/2013 à 15:02 :
L interet de l etiquette Made in France est de sensibiliser les acheteurs sur des produits dont tout ou partie de la prod a eu lieu en FR. Le debat des 20% ou 100% on s en fiche, tant que de l emploi a été généré. Le vrai debat c est l arme de l achat public en faveur du produit fait en France. Arme que les USA manient a l inverse de notre grande naiveté. Et produire francais ne veut pas dire entreprise francaise... Mais emplois en Fr, nuance!
a écrit le 11/03/2013 à 14:27 :
Encore faudrait il s'assurer que l'étiquette made in France n'est pas dissuasive pour beaucoup de clients potentiels et de produits dans certains pays :-)
a écrit le 11/03/2013 à 13:23 :
Oui l'idée d'un "Designed in France, assembled everywhere" ma paraît bonne. On avait aussi évoqué pendant un temps la possibilité d'utiliser la valeur ajouté comme référence: un produit serait estampillé "Made in France" si la majorité de la valeur ajoutée est faite en France. Ca me paraît être la meilleure option SAUF si on en fait une usine à Gaz.
a écrit le 11/03/2013 à 12:58 :
je voudrais connaitre (ou avoir la liste) des produits 100 % " made in France " à part les
produits agricoles,parfums,froufrous,et baguette,rien ne justifie le label trés cher à Mon
tebourg.
Réponse de le 11/03/2013 à 13:25 :
Faux les produits agricoles contiennent tellement de pesticides Monsanto grace a la complicite de la FNSEA.....qu ils ont un gout US...et puis avec un guignol comme Montebourg bonjour l image de marque degagee...le reste de l europe rigole car ils en profitent...
Réponse de le 11/03/2013 à 13:36 :
sans compter qu'à ma connaissance, il n'existe plus aucun fabricant de tracteurs français. Même la parfumerie doit importer certaines matières premières (essence rare)
Réponse de le 11/03/2013 à 13:52 :
@cifra42 : vous pouvez trouver une telle liste sur ce site :
http://www.les-produits-made-in-france.fr/, par contre, je ne suis pas sur qu'on puisse faire un tri sur les produits dont la part de made in france est de 100% (mais on peut voir ou se situe la conception, la production, etc)
@sherpa : il y a Claas qui a encore une usine de tracteurs en France (je crois qu'on le trouve sur le site en question)
Réponse de le 11/03/2013 à 14:29 :
cela veut dire " assembler " et pas fabriquer ex novo.Les produits,plus ou moins je les
connais et c'est pas grande chose.Du 100 % français n'existe pas.70-80 % oui mais
jamais 100 %. Ca c'est l'idée d'un mal informé comme Montebourg (juriste....) qui ne
connaisse rien à l'industrie,etc.
Claas c'est une société allemande qui fabrique des machines agricoles y compris tracteurs.
Réponse de le 11/03/2013 à 14:36 :
produits made in France à 60-70 % je suis d'accords avec vous.100 % presque rien à part
les cochons,les vaches et certains produits agricoles.Il faut se rendre à l'evidence.Un mal
informé comme Montebourg dit le contraire.Il est juriste et l'industrie pour lui c'est zero.
Claas c'est une firma allemande et produits machines agricoles y compris tracteurs.
Réponse de le 11/03/2013 à 23:25 :
@cifra42: y a quand même les c... que les autres pays n'arrivent absolument pas à égaler :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :