« L'entreprise doit s'adapter au monde qu'elle change » Pascal Picq, paléoanthropologue

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Ne plus gérer mais faire s'exprimer les talents. Pour Pascal Picq, la mutation des métiers et le besoin d'apprendre à travailler avec des machines intelligentes et collaboratives obligent les fonctions RH à inventer des outils pour évaluer, susciter et reconnaître les nouvelles compétences.
Ne plus "gérer" mais faire s'exprimer les talents. Pour Pascal Picq, la mutation des métiers et le besoin d'apprendre à travailler avec des machines intelligentes et collaboratives obligent les fonctions RH à inventer des outils pour évaluer, susciter et reconnaître les nouvelles compétences. (Crédits : DRFP/LEEMAGE/AFP)
Les travaux du paléoanthropologue Pascal Picq, projetés sur l'état de la planète contemporaine en témoignent : il est « vital » de bâtir un nouvel humanisme, et à cette oeuvre monumentale l'entreprise doit fournir une contribution fondamentale. Mais « quelle » entreprise ? Ce fidèle disciple de Darwin en révèle les attributs dans Une époque formidable (Éd. de L'Aube, en partenariat avec La Tribune), véritable mode d'emploi pour tout aspirant à exercer une responsabilité... responsable. Extraits.

LA TRIBUNE - Du haut de la science paléoanthropologique et éthologique, quel moment de la Grande Histoire de l'économie et de l'entreprise traverse-t-on ?

PASCAL PICQ - Nous sommes au cœur d'une intense phase évolutive, provoquée par le réchauffement climatique, l'effondrement des biodiversités naturelles et domestiques (le cauchemar de Darwin), l'érosion des diversités culturelles (le cauchemar de Lévi-Strauss), les bouleversements démographiques (le cauchemar de Malthus), une économie et des entreprises confrontées à des décisions politiques et sociétales qui s'évertuent à préserver les acquis d'une société déjà dépassée au risque d'étouffer les innovations nécessaires (le cauchemar de Schumpeter), et tout cela poussé par l'impact des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives, stimulées par les intelligences artificielles, le cauchemar d'Ellul) et de l'intelligence artificielle (le cauchemar de Dawkins et de Musk), au risque d'en perdre notre humanité (le cauchemar de Heidegger). Mais nous, les hommes, sommes les acteurs de ces changements.

Ce dont nous ne sommes pas toujours conscients, encore moins lorsque notre responsabilité présente est mise en perspective avec les enjeux des générations qui nous succéderont...

Absolument. Et à ce titre, nous avons deux leçons à retenir de Darwin : d'une part nous vivons sur des adaptations du passé ; d'autre part ce qui a fait notre succès ne suffit pas pour s'adapter au monde que nous avons contribué à bouleverser, et ce que nous entreprenons aujourd'hui contraint les possibilités des générations futures à édifier leur propre idée du progrès. L'évolution, c'est la « descendance avec modification », disait Darwin. Nous continuons donc, comme les autres espèces, à co-évoluer avec les autres organismes vivants, notamment les plus infimes. À cette coévolution s'en ajoute une autre, propre à l'évolution humaine : la coévolution entre, d'un côté, nos innovations techniques et culturelles et, de l'autre, notre biologie et nos capacités cognitives. Cette deuxième coévolution signifie que l'évolution ne procède pas de façon régulière et graduelle, mais par la succession de périodes de relative stabilité, voire d'évolution progressive, entrecoupées de périodes de changements rapides. J'ai identifié une dizaine de telles périodes, qui se rapprochent avec une accélération impressionnante....

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Commentaires
a écrit le 09/10/2019 à 14:49 :
L'entreprise s'adapte forcement pour pouvoir exister seul la recherche de "la rente" la freine!
a écrit le 09/10/2019 à 14:12 :
Bof...
L’humain a été dépassé par l’environnement qu’il a propulsé par son «  existence «  sur terre...
Solution trouvé : le transhumanisme ou la peur «  de mourir » de certains qui sont trop attachés à «  ce monde d’illusion ,de virtualité et de matérialisme volatile « 
a écrit le 09/10/2019 à 12:17 :
Le titre est beau mais le fait est que l'être humain s'adapte, l'entreprise impose.
Ce qui veut aussi dire quel e mythe de l'adaptation de l'entreprise existerait si elle n'était pas financé en partie par des politiques qui n'ont ni idée, ni connaissance de l'adaptation. Dans un pays administratif, oui elle s'adapte a l'état, mais jamais au grand jamais en rapport avec l'être humain.


Le chef ne s'adapte pas, le guide oui !

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