La mort de l'argent, tel que vous l'avez connu
Michel Santi

Photo d'illustration
DR
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Je l'annonce depuis plusieurs années : l'usage des espèces - du cash - est
en voie de disparition et le Coronavirus achèvera de creuser sa tombe. Il ne
set à rien de lutter contre un phénomène inéluctable car l'utilisation des
billets de banque aura plus ou moins disparu de nos économies intégrées - y
compris de Chine - dans 10 ans. Pour autant, l'avenir n'est pas sombre
uniquement pour la monnaie fiduciaire : il l'est également pour le monde de
la banque promis à un triste destin, et déclin. De fait, les banques s
uivront de près le cash dans les oubliettes de la finance, et ce n'est pas
l'évolution cataclysmique de leurs valorisations boursières qui me
contredira.
N'évoquons même pas la fermeture du nombre de branches d'une
multitude de banques à travers la planète, des licenciements progressifs au
profit de la digitalisation, et bien sûr des taux d'intérêt négatifs qui
donnent le coup de grâce à la banque de Papa.
Bref, la banque traditionnelle et le compte bancaire tel qu'on le connaît
encore aujourd'hui en 2020 auront également tous deux disparus à l'horizon
2030. Que les dubitatifs s'intéressent simplement aux capitalisations
dramatiques de Deutsche Bank ou de HSBC et qu'ils veuillent bien les
comparer à la plateforme digitale du futur par excellence, Revolut,
valorisée à près de 6 milliards de dollars.
Je vous laisse faire les
comparaisons chiffrées mais vous conseille vivement de vous asseoir
auparavant...
Le fait est que les percées technologiques signifient désormais que les
services financiers ne sont plus l'exclusivité des banques, ne sont même
plus favorables au maintien du système bancaire traditionnel. Les banques
centrales elles-mêmes, préoccupées de conserver leur contrôle sur le système
monétaire, tentent fébrilement de lancer leur propre monnaie digitale.
Car
l'avenir de l'argent consistera en des applications diverses et variées qui
seront programmées dans le sens de l'hyper personnalisation où les besoins
des consommateurs, leur solvabilité et leur épargne y seront intégrés. C'est
la représentation même de l'argent qui est - de manière imminente - sur le
point d'être bouleversée, chamboulée et retournée sens dessus-dessous car ce
terme d'"argent" est appelé à englober très prochainement tout ce qui est
susceptible d'être échangé pour une valeur quelconque...et même pour nulle
valeur directement palpable ou perceptible. Sinon, pourquoi croyez-vous que
Mark Zuckerberg se soit lancé dans l'introduction de Libra destinée à être
monnayée sur Facebook, sur WhatsApp et sur Instagram ?
Ma prédiction ? Que l'argent de demain ne servira plus seulement à payer
votre alimentation et votre essence, mais qu'il deviendra une créature
taillée sur mesure pour
ces réseaux - pour de multiples réseaux - autorisant les usagers à des transactions ou à de simples interactions pair-à-pair (peer-to-peer). Il est là, le changement, ou plutôt la volte-face du paradigme : l'argent est à présent indissociable de la technologie. L'argent est devenu une Data, et cette Data nous force à modifier du tout au tout notre compréhension et notre façon d'appréhender l'argent. Ce faisant, une autre révolution silencieuse - et majeure - est en train de poindre sous nos yeux et dont il est impératif de prendre conscience.L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Un des attributs fondamentaux d'un Etat est d'avoir le contrôle macroéconomique de la zone dont il est responsable et, à cet effet, sa monnaie fut à l'évidence l'instrument idéal pour exercer et maintenir jusque-là sa régulation et son emprise. C'est ainsi que le impôts, libellés dans la monnaie imprimée par l'Etat, représentent un outil formidable de légitimation de cet argent. Un combat de titan, et de dimension historique, se prépare donc entre l'Etat qui utilisera toute sa force de frappe pour conserver ses privilèges et ce monde nouveau qui ne peut prospérer que grâce à la décentralisation absolue.
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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin
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