"L'empereur Obama et l'empereur Bonaparte : un point en commun"

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Pierre Lemieux est professeur associé à l'université du Québec en Outaouais et au-teur de "Une crise peut en cacher une autre" (Les Belles Lettres, 2010).

Barack Obama, le président démocrate sortant, semble partager l'opinion de Napoléon Bonaparte qui croyait que les spéculateurs sont des ennemis de l'État. Il a blâmé les spéculateurs pour l'augmentation des prix du pétrole. Il blâme Mitt Romney pour les activités d'achat et de revente d'entreprises effectuées par le fonds d'investissements qu'il dirigeait naguère.

M. Obama s'est bien gardé, par contre, de louer les spéculateurs pour le récent retour à la baisse des prix du pétrole. Et le jour même où sa campagne électorale attaquait Mitt Romney pour son ancienne carrière d'investisseur, Barack Obama participait à un dîner organisé par le président d'un autre fonds d'investissements et où les convives versaient une contribution de 35.800 dollars chacun à la caisse électorale démocrate. Les politiciens demeurent des marchands de tapis (sauf qu'ils vendent les tapis des contribuables, mais c'est une autre question).

De ce point de vue, Mitt Romney échappe au populisme de Napoléon et d'Obama. N'oublions pas toutefois qu'Obama ne fait que reprendre contre Romney les attaques populistes de Newt Gingrich et Rick Perry, candidats défaits à l'investiture républicaine. Même dans le Parti républicain, les tirades contre les spéculateurs ne sont pas inconnues. On se trompe souvent quand on imagine le Parti républicain comme radicalement différent du Parti démocrate.

Ron Paul, le seul candidat qui conteste encore l'investiture à Mitt Romney, ne tombe pas dans le piège des Bonapartes et Obamas. Le candidat libertarien est un défenseur des spéculateurs et de l'esprit d'entreprise bien plus convaincant et cohérent que Romney. Comme disait si bien Georges Ripert, "la spéculation est l'âme du commerce" : acheter à bas prix et vendre plus cher. Mais on sait que M. Paul est à peu près certain d'être défait, et il a annoncé la semaine dernière qu'il limiterait désormais ses activités de campagne auprès des délégués à la convention républicaine d'août.

Quand on demande l'opinion des électeurs sur les questions politiques fondamentales, l'Amérique apparaît, bien sûr, plus capitaliste que la France. Un sondage GlobeScan révélait l'an dernier que 59% des Américains croient que les marchés libres constituent le meilleur système pour l'avenir, beaucoup plus que la proportion de 31% des Français, mais moins que la proportion des Allemands (68%). Il faut quand même se méfier de ce genre de questions, qui prêtent à interprétation, qui dépendent de la morosité ou de l'optimisme ambiants (attribuables, par exemple, à la conjoncture économique), et sur lesquelles l'électeur moyen demeure de toute manière "rationellement ignorant", comme disent les économistes.

La campagne à l'investiture républicaine qui s'achève de même que la campagne présidentielle suggèrent que le populisme n'est pas aussi différent des deux côtés de l'Atlantique que certains ne le croient. L'empereur Obama et l'empereur Bonaparte ont des choses en commun. Mais il est vrai que la résistance aux idées reçues anticapitalistes est plus forte du côté de l'Amérique.

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Commentaires
a écrit le 22/05/2012 à 10:56 :
Comme vous le soulignez la spéculation au sens de "acheter pas cher pour revendre plus cher" est à la base du commerce et du capitalisme. Cependant la spéculation moderne elle est totalement différente dans la mesure ou cet acte d'achat et de vente se fait à de telles vitesses et est souvent automatisé qu'il ne répond plus à aucune rationalité, si j'achète une part de capital dans une entreprise afin de l'aider à se développer dans le but in fine de faire un profit, ça c'est une spéculation "saine" mais acheter un baril de pétrole pour le revendre 1ms plus tard parce que je PARIE que le cours du brut va augmenter, c'est totalement pervers et ca dénature le marché.
Réponse de le 23/05/2012 à 16:20 :
pas du tout, vousavez des anticipations différentes sur l'évolution du baril de pétrole que d'autres acteurs, et la totalité des acteurs rend plus fluide le marché du baril, ce qui est une bonne chose.

Toute spéculation est saine par nature, tant qu'elle n'est pas liée à un délit d'initié, cad tant qu'elle respecte la loi.
Réponse de le 24/05/2012 à 1:34 :
toute spéculation est saine tant qu'elle respecte la loi, déjà ça se discute, ensuite effectivement les lois peuvent être changé ou réajustées ce qui ne serait pas un luxe. Et je n'aime pas le terme "idées reçues anticapitalistes" on peut tout aussi bien parler d'"idée reçues capitalistes".

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